La preuve par l’exemple. Carbios a annoncé hier la fabrication de T-shirts en polyester recyclé sur des lignes de production européennes, à une échelle industrielle. L’opération, menée avec les membres du consortium Fiber-to-Fiber — les marques de sport et d’outdoor Patagonia, PUMA et Salomon —, valide l’utilisation de déchets textiles et plastiques complexes comme matière première pour un vêtement portable intégré au processus de fabrication classique.
Les fibres obtenues se sont révélées compatibles avec la confection textile conventionnelle. Selon la société, leurs caractéristiques de performance équivalent à celles d’un polyester vierge. Un point loin d’être anecdotique : jusqu’ici, les textiles usagés finissent le plus souvent en décharge ou incinérés, les mélanges de fibres et les matières contaminées résistant mal aux procédés mécaniques de tri et de régénération. C’est précisément ce verrou que la technologie enzymatique de Carbios entend faire sauter.
Pour les enseignes partenaires, la démonstration d’une production à grande échelle constitue un préalable indispensable avant d’intégrer durablement des fibres circulaires dans leurs chaînes d’approvisionnement existantes.
La Bourse salue la nouvelle
Le marché a réservé un accueil favorable à cette annonce opérationnelle. Le titre Carbios a gagné 13 % hier, clôturant à 6,15 euros.
Cette avancée technique intervient au moment où le groupe resserre ses dépenses. Au premier semestre 2026, la perte d’exploitation a été ramenée à 11,8 millions d’euros, soit une amélioration de 3,9 millions d’euros sur un an, tandis que la perte nette s’établissait à 9,4 millions d’euros. Les charges opérationnelles ont reculé de 19 % sur la période, une réduction qui représente 3,4 millions d’euros d’économies. L’objectif affiché : allonger la visibilité financière et réduire la dépendance à de nouvelles levées de fonds, alors que le déploiement de capacités industrielles mobilise des moyens considérables.
À fin juin 2026, la trésorerie atteignait 48 millions d’euros. De l’avis de la direction, cette réserve couvre les dépenses d’exploitation au-delà des douze prochains mois. Le rapport semestriel complet doit paraître au plus tard ce mercredi.
Longlaville : financement en cours, calendrier décalé
En parallèle, Carbios poursuit la commercialisation de son futur site industriel de Longlaville, dans l’est de la France. Le groupe négocie actuellement un accord commercial avec un acteur de premier plan du secteur des boissons, qui porterait le niveau de prévente de l’installation à 60 % de sa capacité nominale.
Côté financement, les comités de crédit d’une majorité des prêteurs du projet ont donné leur feu vert durant l’été. Les examens menés par les agences de crédit à l’exportation et les partenaires en fonds propres se poursuivent. Reste que début août, Carbios a prévenu que la boucle financière ne serait pas bouclée à la date initialement visée du 30 septembre 2026, repoussant d’autant le démarrage de la production.
Le succès de fabrication dévoilé hier apporte en tout cas aux partenaires la démonstration attendue : le procédé tient la route, y compris dans des conditions industrielles.
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