DroneShield ne laisse pas les turbulences boursières dicter son agenda. Le spécialiste australien de la lutte anti-drones a annoncé deux avancées de front : l’arrivée d’une nouvelle directrice financière et la signature du tout premier contrat pour son système de reconnaissance RfRecon, adossé à l’intelligence artificielle.
Sur les places européennes, le titre a ouvert en hausse de 2,2 % à 1,07 euro avant de clôturer vendredi à 1,05 euro, en repli de 3,7 % sur la séance. Depuis le 1er janvier, la chute atteint 42 %.
Rebecca Lowde prend les commandes financières le 2 novembre
C’est une dirigeante rompue aux opérations de croissance qui rejoint le groupe. Rebecca Lowde, dont la prise de fonctions est fixée au 2 novembre, cumule plus de trente ans d’expérience dans des fonctions financières et de direction au sein du secteur technologique.
Elle arrive de MYOB, éditeur de logiciels rattaché à KKR, où elle supervisait les refinancements de dette et le développement de l’EBITDA. Auparavant, chez le prestataire de paiement Afterpay, elle avait piloté une augmentation de capital de 1,5 milliard de dollars en qualité de directrice financière et de directrice du personnel, avant de participer au rachat de l’entreprise par l’américain Block pour 39 milliards de dollars.
Chez DroneShield, elle aura la charge de la transformation, de la gestion du capital, des fusions-acquisitions et de la surveillance des risques. Elle succède à Carla Balanco, qui quitte le groupe après plus de huit années. Entrée en 2018, cette dernière avait accédé au poste de directrice financière dès 2019, mettant en place les structures de contrôle financier, de trésorerie et de conformité qui ont accompagné la mue de la jeune pousse en acteur international de la défense.
RfRecon décroche sa première référence européenne
En parallèle, le groupe franchit un cap industriel dans sa branche capteurs. DroneShield a décroché la première commande de RfRecon, son nouveau système de reconnaissance fondé sur l’intelligence artificielle. Le client est un militaire d’Europe de l’Ouest déjà présent au portefeuille. Le matériel doit être livré avant la fin de l’année 2026.
Le montant de la commande reste modeste, mais l’essentiel est ailleurs : cette référence valide, aux yeux du secteur européen de la défense, la capacité opérationnelle de la prochaine génération de produits.
Un carnet de commandes garni, des comptes encore dans le rouge
Le contexte d’exploitation demeure porteur. Pour l’exercice 2027 et au-delà, 46 millions de dollars de revenus sont déjà contractualisés. La trésorerie affiche 180 millions de dollars, pour une situation totalement exempte de dette, de quoi financer sans difficulté le renforcement des capacités de production et de livraison. La capitalisation boursière ressort à 989,50 millions d’euros.
Les dépenses liées à l’expansion internationale pèsent toutefois sur la rentabilité. Publiée il y a une bonne vingtaine de jours, la copie du premier semestre 2026 fait apparaître un chiffre d’affaires record de 125,8 millions d’AUD, en progression de 74 % sur un an. L’activité récurrente de logiciels et de services bondit de 229 % à 11,5 millions d’AUD, portée par 4 100 appareils compatibles logiciels installés à travers le monde.
La contrepartie est sévère : la perte opérationnelle ajustée avant intérêts, impôts et amortissements (EBITDA) atteint 12,4 millions d’AUD, et le déficit statutaire s’élève à 32,2 millions d’AUD. L’évolution du mix produit et des dépréciations exceptionnelles ont creusé ce trou. La direction promet un redressement de la marge brute à 65 % au second semestre et confirme son objectif de chiffre d’affaires annuel 2026, dans une fourchette de 250 à 270 millions d’AUD.
Le dossier ASIC et des avis d’analystes divergents
Un élément continue d’inciter à la prudence : DroneShield coopère toujours avec l’Autorité australienne des marchés financiers (ASIC), qui enquête sur des communications boursières et des transactions remontant à novembre 2025. Le groupe indique ignorer quelles suites pourraient en découler.
Les bureaux d’analyse, eux, ne parlent pas d’une seule voix. Bell Potter a maintenu fin août sa recommandation d’achat après la publication semestrielle, en ramenant son objectif de cours à 12 mois de 2,50 à 2,40 AUD, en s’appuyant sur l’objectif de chiffre d’affaires confirmé. Ord Minnett reste à l’inverse sur la réserve, avec un objectif abaissé de 1,60 à 1,50 AUD et une recommandation de vente maintenue.
Cette défiance se lit dans les positions à découvert : mardi dernier, elles représentaient 15,46 % des actions émises, hissant DroneShield au deuxième rang des valeurs les plus vendues à découvert de la Bourse australienne. Tant que la preuve de l’inflexion des marges au second semestre n’est pas apportée, les vendeurs à découvert continueront d’exploiter l’incertitude.
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