Le géant franco-italien de l’optique avance sur deux fronts que tout semble opposer. D’un côté, des résultats cliniques encourageants pour des verres correcteurs destinés à freiner la myopie chez l’enfant. De l’autre, une enquête judiciaire française qui vient assombrir le segment des lunettes connectées. Entre les deux, un titre en chute libre depuis janvier.
Un effet thérapeutique mesuré à six mois
Mardi, EssilorLuxottica a dévoilé les données intermédiaires de son programme Essilor Stellest 2.0. Ces verres ont été conçus pour ralentir la progression de la myopie chez les jeunes patients. L’étude, menée en Chine selon un protocole randomisé et en double aveugle, est toujours en cours.
Au bout de six mois, l’écart avec des verres unifocaux classiques s’avère net. La progression de la myopie diminue en moyenne de 0,51 dioptrie, tandis que l’allongement axial de l’œil recule de 0,21 millimètre en moyenne. Pour le groupe, ce créneau répond à un enjeu de santé publique : protéger les enfants myopes des complications oculaires qui surviennent plus tard dans la vie. Le management entend ainsi consolider une base de revenus stable, à l’abri des caprices des cycles de mode.
Smart Glasses : le parquet et la Cnil s’en mêlent
Sur l’autre versant de son activité, la pression monte. Selon l’agence Reuters, le parquet français ainsi que l’autorité de protection des données se sont saisis du dossier. Des plaintes pour suspicion de harcèlement sexuel liées aux lunettes intelligentes sont à l’origine de ces vérifications. Elles portent sur l’ensemble de la catégorie, y compris les modèles développés avec Meta Platforms.
Ces investigations n’ont pas ralenti les ambitions matérielles des deux partenaires. En marge de la conférence Meta Connect, ils ont présenté la troisième génération de la Ray-Ban Meta ainsi qu’une nouvelle ligne, la Ray-Ban Meta Audio. Objectif affiché : dépasser les 100 variantes de style d’ici la fin de l’année. Pour les États-Unis, une fonction d’amélioration auditive pour adultes, soumise à autorisation réglementaire, doit être lancée ultérieurement.
Le mariage entre lunetterie et intelligence artificielle demeure un pilier prestigieux pour le groupe. Mais les remous judiciaires français rappellent combien l’intrusion de caméras et de microphones dans la vie quotidienne reste un sujet sensible dans l’opinion.
Des nouveautés techniques et des objectifs revus à la baisse
La vitrine technologique s’est étoffée lors de Meta Connect, les mercredi et jeudi. Le fleuron Ray-Ban Meta Gen 3 mise sur une monture affinée et une meilleure autonomie. Vingt-sept combinaisons de coloris et de verres sont proposées, dont les classiques Aviator et Wayfarer, pour un prix de lancement de 449 dollars. Les deux groupes, qui coopèrent depuis plusieurs années, qualifiaient déjà l’été dernier le modèle précédent de lunette IA la plus vendue au monde. L’ajout de nouvelles déclinaisons vise à fondre plus discrètement cette technologie dans l’offre optique traditionnelle.
La Ray-Ban Meta Audio, plus légère et dépourvue de caméra, complète le dispositif. Sa commercialisation est prévue le 13 octobre à 349 dollars. Meta compte par ailleurs étendre son assistant IA Muse à toute la gamme.
Les analystes, eux, restent circonspects. Luca Solca, de Bernstein Research, maintient sa recommandation « Market Perform » tout en abaissant son objectif de cours à 185 euros. Il pointe une concurrence menaçante de Google et d’Apple pour 2027 et 2028, et note que la direction a incité le marché à revoir ses attentes de chiffre d’affaires à la baisse. Goldman Sachs confirme pour sa part sa note « Neutre » et ramène sa cible à 165 euros, invoquant les incertitudes de croissance, la pression tarifaire et la faiblesse des secteurs du luxe et de la technologie médicale. Le commerce de lunettes correctrices classiques dépend, lui, directement de la propension des classes moyennes à dépenser — un moteur qui tourne au ralenti sur plusieurs marchés clés.
Rachat d’actions sous les 140 euros
Face à la dégradation du cours, le groupe a racheté ses propres titres le 18 septembre. Sur la base d’une autorisation de l’assemblée générale, 287 000 actions ont été acquises à un prix moyen pondéré par les volumes de 139,2931 euros. Un geste qui traduit la confiance de la direction dans la valeur de long terme de l’entreprise, même si le signal reste ambigu pour les investisseurs, ces derniers attendant surtout des relais opérationnels tangibles.
La Bourse, elle, affiche les stigmates d’un environnement difficile. Vendredi, le titre a clôturé à 144,80 euros, non loin de son plus bas sur douze mois, établi à 138,00 euros. Depuis le 1er janvier, la valeur abandonne 47 %.
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