À Agordo, berceau historique du groupe, Leonardo Maria Del Vecchio a laissé entendre que le climat se détendait entre les actionnaires de la holding familiale Delfin. Un apaisement bienvenu, alors que le titre EssilorLuxottica traverse une année boursière éprouvante et que le groupe multiplie les lancements de produits technologiques.
Un dialogue renoué chez Delfin
L’héritier du fondateur évoque des signaux encourageants après quatre années de blocage. Selon lui, les conditions d’un nouveau départ sont désormais réunies. Son départ d’EssilorLuxottica il y a environ un mois — période durant laquelle l’action a cédé 9,6 % — aurait contribué à restaurer la confiance entre les associés. Une prochaine réunion des propriétaires de Delfin est attendue d’ici octobre, plusieurs décisions importantes étant sur la table.
Leonardo Maria Del Vecchio a par ailleurs tenu à préciser le rôle de Francesco Milleri : ce dernier est avant tout directeur général d’EssilorLuxottica, et c’est là que doivent se concentrer ses efforts. Il s’est en revanche montré discret sur les contacts qu’entretiendraient le conseil d’administration de Delfin et les actionnaires au sujet de l’engagement bancaire du groupe, indiquant ne pas avoir connaissance de discussions directes en ce sens. La holding, a-t-il ajouté, doit privilégier l’option offrant le maximum de flexibilité et de création de valeur. Le transfert de sa participation dans Delfin vers le véhicule Lmdv Fin devrait être finalisé d’ici la fin de l’année, une opération actuellement menée par l’ensemble des associés.
Le marché sceptique sur la trajectoire stratégique
La place parisienne continue d’intégrer une certaine opacité sur la position stratégique future du groupe. La pression boursière ne s’est pas relâchée : le titre a clôturé à 145,45 euros, portant sa perte depuis le début de l’année à 46 %. La capitalisation boursière ressort à 66,29 milliards d’euros.
Les avis des analystes restent partagés. Mardi, RBC Capital Markets a ramené son objectif de cours de 230 à 190 euros, tout en maintenant sa recommandation « Outperform », invoquant la perspective d’une croissance du chiffre d’affaires normalisée au troisième trimestre. Le même jour, Jefferies a de son côté réaffirmé sa recommandation « Buy » avec un objectif de 250 euros, après des entretiens avec l’ophtalmologue parisienne Aurore Muselier-Mathieu.
Nuance Audio Plus et Ray-Ban Meta : deux relais de croissance
Sur le front produit, EssilorLuxottica a dévoilé jeudi la lunette auditive Nuance Audio Plus, destinée aux personnes ayant des besoins auditifs. Le modèle offre, selon le groupe, une acoustique améliorée, une autonomie prolongée et un choix élargi de montures. Sa commercialisation débutera le 30 septembre au Canada, à partir de 1 149 dollars canadiens (prix conseillé).
En parallèle, le partenariat avec Meta Platforms s’étoffe. Les deux partenaires ont présenté la Ray-Ban Meta Gen 3 ainsi que la Ray-Ban Meta Audio, une version sans caméra. La palette s’enrichit de nouveaux designs et de déclinaisons plus abordables. La troisième génération s’affiche à partir de 449 dollars, tandis que le modèle audio sans caméra sera lancé le 13 octobre, à partir de 349 dollars. Federico Battiston, directeur du numérique chez EssilorLuxottica, souligne que les clients réclament avant tout des lunettes de premier ordre et que l’innovation passe parfois par la simplification.
Expansion géographique et perspectives chiffrées
Le déploiement international s’accélère. Selon les médias, la distribution des lunettes dopées à l’IA s’étendra à dix nouveaux pays : Pologne, Portugal, Israël, Afrique du Sud, ainsi que plusieurs marchés asiatiques comme l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, les Philippines et Hong Kong. D’ici la fin de l’année, la gamme devrait dépasser les 100 variantes de montures.
Ces initiatives visent deux relais de croissance : l’intégration de fonctions auditives et d’IA dans des montures classiques, susceptible de séduire des publics qui évitent les appareils médicaux traditionnels ou recherchent une assistance numérique au quotidien. Les estimations les plus prudentes tablent, à l’horizon 2029, sur un chiffre d’affaires de 35,9 milliards d’euros et un bénéfice de 3,5 milliards d’euros. Atteindre ces objectifs dépendra autant de l’adoption des nouvelles catégories de produits que de la stabilité de la gouvernance du côté des actionnaires familiaux.
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