L’action EssilorLuxottica a clôturé en hausse de 3,6 % à 150,00 euros, portée par les annonces de son partenaire Meta à l’occasion de la conférence développeurs Connect, ouverte ce mercredi à Menlo Park. Ce rebond de 8,7 % par rapport au plus bas de 52 semaines ne suffit toutefois pas à effacer les pertes : depuis le 1er janvier, le titre abandonne encore 45 %.
Le fabricant de montures, propriétaire de Ray-Ban et Oakley, a profité de l’événement pour dévoiler une gamme élargie de lunettes intelligentes. La principale nouveauté tient à la Ray-Ban Meta Audio, un modèle d’entrée de gamme dépourvu de caméra comme d’écran. Pesant 43 grammes, il sera commercialisé à partir de 349 dollars et s’appuiera sur l’assistant IA Muse. Décliné notamment dans les styles Clubmaster et Burbank, l’appareil cible l’écoute audio, la traduction et les appels téléphoniques.
En parallèle, les deux partenaires ont présenté la troisième génération de la Ray-Ban Meta classique, dotée d’un capteur photo de 12 mégapixels et d’une fonction vidéo 3K UHD. Cette mouture embarque six microphones, une autonomie prolongée et un bouton d’action personnalisable. La collection débute avec 27 combinaisons de couleurs et de verres, avant de dépasser les 100 styles de lunettes dopées à l’IA d’ici fin 2026.
Un débouché médical et une expansion géographique
Au-delà du divertissement, le binôme ouvre la voie à des applications thérapeutiques. Une fonction d’amélioration auditive destinée aux pertes légères à modérées a décroché le feu vert de l’autorité sanitaire américaine, la FDA. Elle sera lancée dans le courant de l’année sur le marché américain, avec un paiement unique ou un abonnement au choix.
Le réseau de distribution s’élargit lui aussi. Les prochains mois verront l’arrivée des produits en Pologne, au Portugal, en Afrique du Sud, en Israël et en Nouvelle-Zélande. Quant au modèle à écran, après ses débuts au Canada et au Royaume-Uni, il entre progressivement en précommande en Allemagne, en France et en Italie.
Sept millions d’unités écoulées, mais des vents contraires
Cette montée en puissance commerciale s’appuie sur une année faste. Après environ deux millions d’unités en 2023 et 2024, les partenaires ont écoulé plus de sept millions de Smart Glasses en 2025. Selon le cabinet Counterpoint, EssilorLuxottica s’est ainsi octroyé près de 84 % du segment des lunettes intelligentes. Les deux groupes ont même envisagé par moments de porter leur capacité de production annuelle à 20 millions d’appareils.
Le succès attire néanmoins son lot de critiques. Outre-Manche, certains établissements de restauration et lieux événementiels ont restreint l’usage des lunettes à caméra. Le projet commun fait par ailleurs l’objet d’une plainte collective proposée en Californie, relayée par Reuters, qui met en cause Luxottica of America et Meta : des examinateurs humains auraient annoté des images intimes. Meta conteste ces accusations et invoque des garde-fous, à commencer par une LED d’enregistrement dont l’occultation désactive automatiquement la caméra.
La concurrence s’organise de son côté. Google et Samsung préparent leurs propres offensives pour l’automne, ce qui ajoute à la pression réglementaire.
Des comptes solides et une cible revue à la baisse
Les chiffres d’activité confirment pourtant la vigueur de la demande. Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d’affaires a progressé de 7,2 % pour atteindre 7,692 milliards d’euros. La division dédiée aux solutions contre la myopie a crû de 24 %, tandis que les recettes des lunettes assistées par IA ont presque doublé sur la période. Sur l’ensemble du premier semestre 2026, le groupe a dégagé un free cashflow de 1,07 milliard d’euros, et le résultat opérationnel ajusté a augmenté de 15 % à changes constants, les effets de change défavorables ayant toutefois pesé sur le résultat publié. Le management a par ailleurs racheté pour 1,2 milliard d’euros de ses propres actions sur douze mois.
Les analystes de RBC ont révisé leurs attentes la veille, ramenant leur objectif de cours de 230 à 190 euros tout en maintenant leur recommandation « Outperform ». Ce nouveau seuil laisse entrevoir un potentiel de redressement d’environ 30 % par rapport au niveau actuel. Le 16 septembre, le groupe avait profité de l’UBS Luxury Conference pour présenter son portefeuille aux investisseurs institutionnels, mettant en avant les traitements ophtalmologiques spécialisés soutenus par les tendances démographiques.
La valorisation se situe désormais dans la moyenne du secteur européen des technologies médicales, à 26,7, nettement en deçà du comparatif sectoriel élargi de 34,8. La capacité du titre à combler cet écart dépendra largement de l’accueil réservé par le marché aux nouvelles générations d’appareils.
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