Du 16 au 21 mars, le secteur de l’intelligence artificielle a été secoué par une série d’événements majeurs, dessinant un paysage boursier étonnamment contrasté. D’un côté, les fournisseurs d’infrastructure enregistrent des performances historiques ; de l’autre, les éditeurs de logiciels et acteurs du cloud font face à des vents contraires persistants.
Micron : des résultats stratosphériques suivis de prises de bénéfices
C’est Micron qui a marqué les esprits avec la publication, le 18 mars, de chiffres trimestriels exceptionnels pour l’industrie des semi-conducteurs. Le fabricant de mémoire a affiché une santé financière spectaculaire :
- Chiffre d’affaires : 23,86 milliards de dollars américains, en hausse de 196 % sur un an.
- Marge brute : 74,4 %, plus du double du taux de 36,8 % enregistré précédemment.
- Bénéfice net : 13,8 milliards de dollars, soit une progression de 771 %.
- Marge opérationnelle : 67,6 %, un niveau jamais atteint, selon les données disponibles, même par Nvidia.
Sanjay Mehrotra, le PDG, prévoit pour le troisième trimestre un chiffre d’affaires d’environ 33,5 milliards de dollars et une marge brute de 81 %. La pénurie persistante de puces DRAM et NAND, devenue un goulot d’étranglement stratégique avec l’essor de l’IA, profite massivement à Micron. Malgré ces records, l’action a cédé plus de 5 % vendredi pour clôturer à 365,10 EUR. Elle affiche néanmoins une hausse d’environ 36 % depuis janvier et de plus de 268 % sur douze mois. Son ratio cours/bénéfice, environ six fois les estimations pour 2026, reste inférieur à sa moyenne historique. La recommandation consensus de 32 analystes est « Achat Fort ».
Nvidia : entre ambitions trillionnaires et ombre d’un scandale
La semaine de Nvidia a débuté en fanfare lors de la conférence annuelle des développeurs (GTC). Jensen Huang, son dirigeant, a annoncé des commandes anticipées pour les plateformes Blackwell et Vera Rubin évaluées à mille milliards de dollars d’ici 2027, doublant ainsi les prévisions antérieures. Onze trimestres consécutifs de croissance du chiffre d’affaires dépassant 55 % étayent cette ambition.
Toutefois, la dynamique a été ternie jeudi par des révélations judiciaires. Le cofondateur de Super Micro Computer (SMCI) et deux autres personnes ont été inculpés pour avoir contourné les contrôles à l’exportation, détournant vers la Chine des serveurs équipés de puces IA de Nvidia d’une valeur de 2,5 milliards de dollars. L’action SMCI a plongé de 28 %, et Nvidia a perdu 4,8 % en une seule séance. L’action a clôturé la semaine à 150,44 EUR, en baisse de près de 5 % sur la période et environ 16 % sous son plus haut de l’année.
Bien que Nvidia ne soit pas nommément mise en cause dans l’inculpation, cette affaire soulève des questions sur la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement face aux risques géopolitiques. Des analystes de Wall Street, comme ceux de Wedbush, maintiennent que les annonces de Jensen Huang confirment la position de Nvidia « au sommet de la courbe de demande d’IA pour 2026 et au-delà ».
SAP : Le double fardeau du retard cloud et d’une enquête antitrust
Pour SAP, la semaine a été particulièrement difficile. Son titre a touché un nouveau plus bas annuel vendredi à 152,80 EUR. Il a perdu près d’un quart depuis le début de l’année et environ 39 % sur douze mois.
Un rapport publié jeudi a révélé que la stratégie de migration vers le cloud accusait un retard significatif, estimé à deux milliards d’euros, soit 24 % des objectifs. Les revenus de support pour les solutions « on-premise » se sont élevés à 10,5 milliards d’euros pour l’exercice 2025, bien au-dessus des 8,5 milliards visés, signe que de nombreux clients existants hésitent à effectuer la transition coûteuse vers S/4HANA Cloud.
Une enquête formelle de l’UE sur des pratiques commerciales potentiellement anticoncurrentielles concernant les options de service client vient aggraver la situation. Barclays a abaissé son objectif de cours de 348 à 283 dollars, et BMO Capital de 320 à 245 dollars, tout en maintenant leurs recommandations positives. Le prochain test important interviendra le 23 avril avec la publication des résultats du premier trimestre.
Oracle : Patch critique et compression de valorisation
Oracle navigue également en eaux troubles. Son action a clôturé vendredi à 129,46 EUR, en recul de plus de 53 % par rapport à son plus haut de septembre 2025. Parmi les dix plus grandes capitalisations technologiques américaines, Oracle est la valeur qui a le plus reculé depuis janvier, avec -22 %.
Cette semaine, l’entreprise a dû publier un correctif de sécurité urgent pour une vulnérabilité critique (CVE-2026-21992, score CVSS 9,8) affectant Identity Manager et Web Services Manager. Cette faille, facile à exploiter, permet une exécution de code à distance sans authentification, représentant un risque réputationnel important.
Sur le plan opérationnel, les signaux restent solides : l’activité cloud a progressé de 41 % au dernier trimestre, et les revenus d’infrastructure IA ont bondi de 243 %. Les engagements contractuels restant à exécuter ont atteint 553 milliards de dollars. J.P. Morgan a récemment relevé sa recommandation de Neutre à Surpondérer, avec un objectif de cours de 210 dollars, jugeant le profil risque/rendement nettement amélioré après la correction d’environ 55 %.
IBM : Percée quantique sans écho boursier
Le 21 mars, les chercheurs d’IBM ont réalisé une première en interconnectant en temps réel deux processeurs quantiques pour former un système modulaire de 142 qubits. Cette avancée, utilisant des circuits dynamiques et des portes virtuelles, constitue une étape concrète vers l’informatique quantique scalable. Le prochain jalon sur la feuille de route est le processeur « Kookaburra ».
Le marché n’a pourtant pas réagi. BMO Capital a abaissé son objectif de cours de 350 à 290 dollars (recommandation « Market Perform » maintenue), et J.P. Morgan l’a réduit de 317 à 283 dollars. L’action a clôturé la semaine à 209,60 EUR.
La croissance du groupe repose davantage sur l’IA : la plateforme watsonx a généré des engagements pour de l’IA générative dépassant 12 milliards de dollars, contribuant à la plus forte croissance du chiffre d’affaires depuis plus de dix ans. Les analystes anticipent des hausses annuelles du chiffre d’affaires et des bénéfices de 5 % et 7 % respectivement jusqu’en 2028. Avec un P/E de 23, la valorisation semble modérée. Le consensus de 13 analystes est « Acheter », avec un objectif moyen avoisinant 319 dollars.
Conclusion : Une divergence sectorielle qui s’accentue
Cette séquence boursière a mis en lumière une fracture grandissante au sein de l’écosystème de l’IA. D’un côté, les bénéficiaires de l’infrastructure, comme Micron et Nvidia, surfent sur une demande explosive. De l’autre, les géants du logiciel et des services cloud, SAP et Oracle, sont aux prises avec des défis de migration, de sécurité et de confiance des investisseurs.
IBM, quant à lui, trace sa propre voie, alliant une feuille de route crédible en calcul quantique à une activité de conseil en IA solide, sans atteindre les taux de croissance hyperboliques des fondeurs ni subir les revers des éditeurs.
L’affaire de contournement des contrôles à l’exportation impliquant SMCI pose une question plus large sur la résilience des chaînes logistiques du secteur. Les prochains mois, marqués par des débats sur les régulations, rappellent que si les profits dans l’IA peuvent être historiques, les risques le sont tout autant.
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