Le géant français du luxe s’apprête à livrer son premier vrai verdict de l’année. Lundi 12 octobre, après la clôture du marché parisien, LVMH dévoilera ses ventes du troisième trimestre, un rendez-vous que les investisseurs attendent avec d’autant plus d’impatience que le titre a perdu 40 % depuis le 1er janvier. Vendredi, l’action a terminé à 383,55 euros, soit à peine 1,8 % au-dessus de son plancher de 52 semaines établi à 376,80 euros. La capitalisation boursière du groupe est retombée à 187,77 milliards d’euros, et le conglomérat a cédé au mois de septembre son statut de première capitalisation de la place parisienne au profit de L’Oréal.
Un seuil de 18,5 milliards d’euros devenu ligne de crête
Toute l’attention se concentre sur une seule donnée : le chiffre d’affaires trimestriel. Le consensus compilé par Reuters table sur 18,5 milliards d’euros, ce qui ne représenterait qu’une progression de 1 % sur un an. Autant dire que la marge de manœuvre est mince. Un chiffre inférieur à cette barre déjà abaissée validerait l’hypothèse d’une stagnation installée, alors que le premier semestre avait déjà montré un recul global des ventes de 4 %, plombé notamment par une division parfums et cosmétiques à l’activité organique atone.
Les regards se tourneront donc vers l’Asie, où les consommateurs chinois réalisent environ un cinquième des achats mondiaux de produits de luxe, et vers la résistance des métiers phares que sont la mode et la maroquinerie, principaux pourvoyeurs de marges du groupe.
Deux scénarios dos à dos
Dans l’hypothèse favorable, LVMH atteint l’objectif de 18,5 milliards et laisse entrevoir une stabilisation de la demande. Si Louis Vuitton et Christian Dior parviennent à défendre leurs revenus en Asie-Pacifique à contre-courant, la récente vague de ventes pourrait avoir été excessive. Les arguments ne manquent pas : la décote du groupe par rapport au reste du secteur du luxe et au distributeur espagnol Inditex a atteint un niveau record de 30 %. Les analystes de Goldman Sachs anticipent un point d’inflexion en 2027, avec un retour à une croissance organique modérée, tandis qu’UBS range la faiblesse actuelle dans la catégorie des phénomènes cycliques. De quoi permettre au titre de rebondir rapidement depuis son plus bas annuel si la direction parvient à matérialiser ce plancher dans les comptes.
Le scénario inverse s’appuie sur une double pression, réglementaire en Chine et consumériste aux États-Unis. Les autorités chinoises ont durci fin juillet la fiscalité des trusts offshore, avec un taux de 20 % et une échéance fixée au 22 octobre pour régulariser les situations antérieures. Les observateurs redoutent que les acheteurs fortunés d’Extrême-Orient ne diffèrent massivement leurs acquisitions de montres, bijoux et sacs à main avant cette date butoir. Les relevés du cabinet Bernstein montrent déjà un plongeon de 12 % sur un an des ventes des centres commerciaux de Chine continentale en juillet. En parallèle, le second pilier du marché mondial vacille : selon les données de la banque américaine Citi, les dépenses de luxe réglées par carte bancaire aux États-Unis ont reculé de 6 % en septembre sur un an, après un juillet et un août déjà négatifs. Chez Morgan Stanley, on ne voit guère de marge de progression des multiples de valorisation du secteur à douze mois. Un manquement aux attentes au troisième trimestre ouvrirait la voie à une nouvelle révision des estimations de bénéfices.
Goldman Sachs à l’achat, la holding Arnault se réorganise
Signe que certains professionnels y voient une opportunité, Goldman Sachs a initié le 5 octobre la couverture du dossier avec une recommandation d’achat et un objectif de cours de 500 euros, selon les informations relayées par les médias. En parallèle, la galaxie Arnault poursuit la simplification de son architecture. La holding Christian Dior SE a nommé mercredi Tony Estanguet et Xavier Musca administrateurs indépendants, une étape qui s’inscrit dans un projet de restructuration destiné à déclencher une offre publique obligatoire sur les actions Christian Dior.
Sur le front opérationnel, le groupe ne reste pas inactif. Jeudi, LVMH et son concurrent Kering ont convenu de renforcer leur charte commune de protection des mannequins : à compter de la Fashion Week de Paris 2027, un âge minimum de 18 ans sera exigé pour représenter des adultes, assorti de mesures élargies contre le harcèlement. La branche vins et spiritueux Moët Hennessy a par ailleurs annoncé mercredi un partenariat avec Analog Devices et l’université UC Davis, visant à détecter précocement les risques de qualité des vins grâce à des signatures chimiques et à l’apprentissage automatique.
Le vrai test commence lundi soir
Pour les opérateurs, tout se jouera sur la réaction du cours en début de semaine. Tant que la zone des 376,80 euros tient et que l’objectif de 18,5 milliards n’est pas nettement manqué, l’espoir d’une stabilisation reste permis. Mais si les ventes basculent plus franchement en territoire négatif et que la direction confirme des freins persistants en Asie, le plus bas annuel pourrait céder sans délai. Le calendrier est posé : LVMH publiera ses comptes lundi 12 octobre après la fermeture de la Bourse de Paris, avant que Kering et Hermès ne livrent leurs propres chiffres le 22 octobre, et ne disent si la langueur du luxe a gagné l’ensemble du secteur.
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