Nvidia ne se contente plus de vendre des puces : le groupe de Santa Clara orchestre désormais une stratégie à plusieurs étages, mêlant rémunération massive des actionnaires, investissements dans les infrastructures énergétiques et conquête de nouveaux territoires technologiques, jusqu’en orbite terrestre.
Le conseil d’administration a approuvé une enveloppe supplémentaire de 150 milliards de dollars pour le programme de rachat d’actions existant. Le volume autorisé restant grimpe ainsi à 235 milliards de dollars, que la direction entend déployer au fil des exercices, jusqu’à l’exercice 2028 inclus. Cette décision traduit la solidité financière du spécialiste des semi-conducteurs et la confiance du management dans sa capacité bénéficiaire. Pour les investisseurs, un programme de cette ampleur ne se limite pas à soutenir la demande pour le titre : il réduit mécaniquement le nombre de actions en circulation, ce qui peut doper le bénéfice par action.
Le titre porté par l’annonce
Les marchés ont accueilli favorablement cette communication. L’action gagne 2,8 % pour s’établir à 203,25 €, revenant à 1,0 % de son plus haut sur 52 semaines, établi à 205,25 €. À l’inverse, en début de séance, le titre n’avait guère réagi à une autre actualité : il cotait 196,80 € en préouverture, en repli de 0,5 %, soit 2,8 % sous son sommet annuel.
Cap sur l’orbite
Nvidia élargit en effet le champ d’application de ses processeurs au-delà des centres de données terrestres. Selon Reuters, la société spatiale TakeMe2Space prévoit le lancement d’un satellite dédié à l’informatique orbitale, équipé de puces Orin-NX de Nvidia. La mission du satellite MOI-1A doit décoller le 1er octobre à bord du vol Transporter-18 de SpaceX. Ce projet illustre la volonté du groupe de pénétrer des niches spécialisées : traiter les données directement dans l’espace permettrait de ménager des capacités de transmission limitées.
1,5 milliard de dollars de plus chez SB Energy
En parallèle, le groupe poursuit ses partenariats industriels. D’après Bloomberg, Nvidia a conclu le 21 septembre l’acquisition de titres sans droit de vote supplémentaires de SB Energy pour 1,5 milliard de dollars. L’engagement financier total dans l’exploitant de centres de données atteint ainsi 3 milliards de dollars. Le prix d’achat convenu correspond à 90 % du prix d’introduction en bourse de SB Energy. Cette opération souligne l’importance stratégique des partenaires d’infrastructure spécialisés, indispensables à l’alimentation énergétique et à l’exploitation des capacités modernes de calcul.
Jensen Huang vise un doublement en 2027
Sur le cœur de métier, les ambitions sont d’une tout autre échelle. Le 17 septembre, le patron Jensen Huang a déclaré anticiper un doublement des volumes de puces vendues en 2027 par rapport à 2026, porté par la demande continue d’applications d’intelligence artificielle. Deux jours plus tôt, il avait estimé que le secteur n’avait pas besoin de nouvelles réglementations, les forces du marché étant selon lui garantes d’innovations sûres.
Tous les observateurs ne partagent pas cet optimisme. Jeudi, l’analyste Jay Goldberg, de Seaport, a affiché une position prudente, ne voyant qu’un potentiel de hausse limité pour le titre. Il invoque les goulets d’étranglement de production chez le sous-traitant TSMC et un environnement concurrentiel plus rude.
La couverture du risque de crédit s’épaissit
Du côté des marchés de dérivés, la protection contre les défauts de paiement s’est renforcée. Mercredi, Nicholas Godec, cadre chez S&P Dow Jones Indices, a cité des chiffres du dépositaire DTCC : le volume notionnel des assurances contre le risque de crédit sur les titres de créance de Nvidia a atteint 6,9 milliards de dollars sur six mois.
Partenariat avec Palantir et signaux chinois
Nvidia a par ailleurs annoncé une collaboration avec Palantir Technologies visant à intégrer une intelligence artificielle souveraine dans les chaînes d’approvisionnement critiques. Le dispositif démarre au sein même des opérations du fabricant de puces, les deux groupes cherchant à rendre les processus plus résilients face aux perturbations externes.
Enfin, un rapport faisait état lundi d’un signal de Pékin autorisant les géants technologiques ByteDance et Alibaba à acquérir des puces de station de travail RTX PRO 5500 de Nvidia. Reuters a toutefois précisé ne pas être en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante. L’approvisionnement des grands clients technologiques demeure un pilier essentiel : la capacité du groupe à tenir son rythme d’expansion dépendra aussi de la disponibilité des capacités chez des partenaires de fabrication comme TSMC.
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