La journée de mercredi s’achève sur une note contrastée pour Nvidia. Le titre a terminé à 201,50 euros, portant sa progression depuis le 1er janvier à 26 %. La veille, il avait cédé 0,7 %, une baisse que l’agence Associated Press n’a rattachée à aucun événement propre au fabricant de semi-conducteurs, mais à la tension sur les rendements des obligations d’État américaines, qui pesait sur l’ensemble des places internationales.
Sur le front commercial, CoreWeave a mis en ligne mercredi les systèmes Vera Rubin NVL72 de Nvidia sur sa plateforme cloud. Cognition, éditeur de logiciels, est le premier client commercial à exploiter ces ressources, après avoir entamé les travaux pratiques sur cette architecture début septembre, selon les indications du fournisseur d’infrastructures. L’offre est désormais accessible aux entreprises souhaitant déployer des applications sur ces machines.
Netlist dépose une plainte visant un embargo douanier
L’actualité juridique est nettement plus lourde. Reuters rapporte que Netlist a déposé mardi une plainte formelle destinée à faire bloquer par voie de justice l’importation de certains produits technologiques et composants de mémoire. La procédure cible les puces mémoire de Micron ainsi que des produits de Google, Broadcom et Nvidia, accusés de s’appuyer sur des technologies contrefaisantes.
Dans sa requête, Netlist invoque la violation de deux brevets couvrant des droits de propriété intellectuelle dans le domaine de la mémoire à haut débit (High-Bandwidth Memory). Si elle aboutissait, cette démarche entraînerait une interdiction administrative d’importation frappant non seulement les semi-conducteurs de Micron et les produits des autres groupes visés, mais aussi des articles de Nvidia.
La Chine entre ouverture esquissée et statu quo réglementaire
Le dossier chinois, lui, reste en suspens. Dimanche, Reuters, citant The Information, a fait état de signaux envoyés par Pékin en faveur d’une autorisation d’achat des puces RTX PRO 5500 de Nvidia par ByteDance et Alibaba. Pour l’activité en Asie, l’ouverture aurait son poids après des mois d’accès fortement restreint au matériel de pointe.
L’embellie a toutefois fait long feu. Nvidia a lui-même précisé que les contrôles à l’exportation américains et les restrictions chinoises à l’importation continuaient de limiter l’entrée de technologie américaine. Même avec une demande client intacte et des signaux politiques ponctuels d’apaisement, les ventes réelles demeurent suspendues à des autorisations administratives : le marché mondial des puces ne répond plus aux seules lois de l’offre et de la demande.
Jensen Huang refuse tout régime d’exception
La position du groupe transparaît aussi dans les prises de parole de sa direction. Le 23 septembre, dans un entretien podcast, le patron de Nvidia a écarté l’idée que les acteurs de l’intelligence artificielle puissent revendiquer des passe-droits, que ce soit en matière de droit de la concurrence ou de responsabilité. Une posture singulière pour le dirigeant d’une entreprise dont la puissance de marché est scrutée partout dans le monde : plutôt que de réclamer un vide réglementaire, Jensen Huang inscrit son secteur dans l’ordre juridique existant.
En parallèle, Nvidia s’attaque aux risques au niveau système. Lundi, la société a publié OpenShell et Sentry, deux outils de sécurité dédiés aux agents IA autonomes. Le premier borne les champs d’action des assistants numériques, le second peut intervenir et couper des systèmes qui franchissent les garde-fous définis. Le logiciel de contrôle des risques s’installe ainsi au cœur de la stratégie de l’entreprise.
Un actionnaire qui investit et rachète massivement
L’articulation avec les champs d’application porteurs se poursuit. Iambic Therapeutics a déposé le 21 septembre les documents en vue d’une introduction en Bourse aux États-Unis ; aux côtés de la Qatar Investment Authority, Nvidia figure parmi les soutiens de ce spécialiste de la recherche de médicaments assistée par IA. Ce type de participation assure une influence précoce dans des secteurs appelés à consommer d’importantes capacités de calcul.
Cette trajectoire s’appuie sur une trésorerie colossale. Le conseil d’administration a approuvé lundi une enveloppe supplémentaire de 150 milliards de dollars pour les rachats d’actions. Additionnée aux moyens existants, elle porte le volume autorisé à 235 milliards de dollars, mobilisables jusqu’à l’exercice 2028. En Bourse, le titre se négocie à 203,50 euros, à seulement 0,9 % sous son plus haut de 52 semaines de 205,25 euros.
Le cours traduit la confiance des investisseurs, mais la nature des défis change. Le management affronte ouvertement les débats sur la responsabilité, la sécurité et les frontières à l’exportation. Pour les actionnaires, l’équation ne se résume plus aux volumes de ventes : elle dépendra surtout de l’habileté du groupe à tenir la ligne de crête entre expansion technologique et encadrement politique.
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