L’action Nvidia a poursuivi son ascension ces derniers jours, portée par une annonce ambitieuse de son patron Jensen Huang. Le titre a gagné 2,7 % lors de la séance précédente pour s’établir à 198,36 €, avant de grappiller encore 1,7 % le jour suivant, à 196,32 €. La valeur évolue ainsi à 2,0 % puis 3,1 % sous son plus haut sur douze mois, fixé à 202,50 €.
À l’origine de cet élan, une déclaration de Jensen Huang en marge d’une rencontre avec le roi Charles III en Écosse : le groupe entend livrer l’an prochain deux fois plus de semi-conducteurs que cette année. Cette projection surpasse l’estimation avancée le mois précédent, qui tablait encore sur une progression de 70 % pour l’exercice clos en janvier 2028.
Un écosystème qui dépasse le seul silicium
La confiance affichée par la direction ne repose pas uniquement sur la demande en capacités de calcul. Nvidia étoffe méthodiquement son offre, du matériel aux logiciels en passant par les infrastructures physiques.
La plateforme Vera Rubin NVL72 a signé ses débuts en fanfare lors du benchmark MLPerf Inference v6.1, décrochant des scores de premier plan. En parallèle, l’entreprise a enrichi mi-septembre sa plateforme open source CUDA-Q d’un module baptisé CUDA-Q Logical, une couche de pilotage destinée aux calculateurs quantiques tolérants aux fautes, pensée pour rendre plus accessibles les systèmes hybrides mêlant accélérateurs classiques et processeurs quantiques.
L’expansion ne s’arrête pas là. Aux côtés de Google et d’Emerald AI, le groupe a lancé jeudi l’AI Energy Management Alliance, une initiative visant à mieux intégrer les centres de données dans les réseaux électriques. En Australie, des partenariats noués devraient, selon Reuters, plus que doubler la charge de calcul locale des data centers. S’y ajoute une collaboration avec Palantir Technologies autour de l’IA souveraine appliquée aux chaînes d’approvisionnement, signe de l’ancrage croissant du groupe dans des infrastructures critiques.
Des résultats qui soutiennent l’ambition
Les chiffres d’activité confortent ces objectifs. Au deuxième trimestre de l’exercice 2027, Nvidia a enregistré un chiffre d’affaires de 96,2 milliards de dollars, en hausse de 18 % sur un trimestre et de 106 % sur un an. Pour le troisième trimestre, le management vise 108,0 milliards de dollars, avec une fourchette de variation de deux points. La solidité de la trésorerie se reflète aussi dans le dividende trimestriel de 0,25 dollar par action, prévu pour les actionnaires inscrits au 10 septembre.
Les dirigeants allègent leurs positions
Malgré cet optimisme opérationnel, plusieurs membres de la direction ont profité des niveaux élevés pour céder des titres. La directrice financière Colette Kress a vendu 34 918 actions ordinaires pour un montant total d’environ 7,65 millions de dollars, selon les déclarations réglementaires. Quelques jours plus tard, Jensen Huang et quatre autres cadres supérieurs ont déclaré des transactions supplémentaires, portant à près de 150 000 le nombre de titres cédés par ces cinq responsables. Aux États-Unis, ces ventes s’effectuent souvent via des plans de trading prédéfinis, mais elles restent scrutées de près par les observateurs du marché.
Régulation et concurrence : les contre-feux s’allument
Le succès de Nvidia attire inévitablement les regards des autorités. Selon Reuters, le département américain de la Justice examine un accord de licence conclu entre le groupe et la start-up de puces IA Groq. La suspicion porte sur la structuration de la transaction, qui aurait été conçue pour contourner les contrôles antitrust. Un signal sérieux, alors que les régulateurs américains semblent désormais éplucher jusqu’aux accords de licence en apparence les plus anodins.
À l’étranger, la concurrence technologique s’organise. Huawei a annoncé jeudi son intention de commercialiser en 2027 les accélérateurs IA Ascend 960DT et 960PR. Fait notable, la technologie UnifiedBus se présente comme une alternative directe à NVLink, l’architecture de connexion propriétaire de Nvidia. Si les marchés occidentaux demeurent largement fermés au géant chinois, cette offensive témoigne d’une résistance déterminée dans la zone asiatique.
Nvidia se retrouve ainsi à la croisée des chemins, entre une mécanique opérationnelle qui tourne à plein régime et un terrain politique et concurrentiel qui se durcit sensiblement. Les investisseurs présents aux niveaux actuels misent sur la réussite de ces vastes objectifs de montée en puissance, sans que les autorités de régulation ni les rivaux émergents ne viennent entraver durablement la trajectoire du leader mondial.
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