Les Journées Particulières battent leur plein. Quarante-cinq maisons du groupe accueillent le public sur 71 sites répartis dans 13 pays, une opération de charme qui se poursuit jusqu’au 18 octobre. Sur le papier, l’événement illustre le rayonnement international du numéro un mondial du luxe. Dans les salles de marché, c’est pourtant une tout autre actualité qui retient l’attention : la publication, lundi, d’un chiffre d’affaires trimestriel dont le détail a de quoi refroidir les ardeurs.
Le vernis de la vitrine
Car l’ouverture au public ne dit rien de l’état de la demande. Un salon visité n’est pas une pièce vendue, et la fréquentation des ateliers ne saurait tenir lieu de baromètre commercial. Il faut donc séparer deux registres : celui de l’image, que le groupe cultive avec soin, et celui des ventes, où les chiffres racontent une histoire nettement moins flatteuse. Cette distinction prend tout son sens au lendemain des résultats dévoilés par le groupe.
Un chiffre d’affaires à deux vitesses
Sur les trois mois clos fin septembre 2026, les facturations de LVMH ont progressé de 1 % en organique, à 18,5 milliards d’euros. Le consensus attendait 1,3 %. L’écart, modeste, n’aurait rien d’alarmant s’il ne cachait une réalité plus sombre du côté du pôle mode et maroquinerie, véritable moteur de rentabilité du groupe. Là, les revenus organiques ont reculé de 5 %, alors que les analystes tablaient sur un repli limité à 1,8 %. Le contraste est saisissant entre la timide croissance d’ensemble et la contraction de l’activité la plus rentable.
La tendance ne se dément pas sur l’ensemble de l’exercice. Sur les neuf premiers mois de 2026, LVMH a réalisé 57,1 milliards d’euros de ventes, pour une progression organique de 2 %. Une performance que la direction elle-même qualifie de peu dynamique sur le marché chinois, où la consommation des clients a perdu de sa vigueur. Reuters a d’ailleurs souligné mardi que cette mollesse de la demande en Chine constituait la principale source d’inquiétude pour les grandes marques du groupe.
Les bureaux d’analyse ajustent leurs cibles
Le marché n’a pas tardé à réagir. Mardi, Chiara Battistini, chez JPMorgan, a ramené son objectif de cours de 525 à 500 euros, sans toucher à sa recommandation, maintenue à « Neutre ». Une révision prudente, qui traduit un abaissement des attentes sans changement de cap sur le dossier. La veille, James Grzinic, de Jefferies, avait déjà réduit sa cible de 440 à 415 euros, en conservant un avis « Conserver ».
Les positions restent pourtant loin d’être homogènes. Jeudi, Luca Solca, chez Bernstein, a au contraire confirmé sa recommandation d’achat, avec un objectif fixé à 480 euros. Un niveau inférieur à celui de JPMorgan, mais assorti d’un avis nettement plus favorable : la hauteur de la cible ne dit rien, à elle seule, de l’optimisme d’un analyste. Chaque maison ajuste ses hypothèses selon sa propre lecture du dossier.
Ce que les Journées Particulières ne disent pas
Reste une question de fond, que l’effervescence des visites ne permet pas de trancher : la demande va-t-elle se redresser ? L’événement, qui met les maisons en contact direct avec le public, relève de la démonstration de savoir-faire. Il ne fournit aucun élément sur l’évolution des carnets de commandes, ni sur la fréquentation des boutiques à l’international. Pour les investisseurs, le point de vigilance demeure donc entier : la faible croissance du groupe ne suffit pas à acter une reprise franche, tant que le pôle mode et maroquinerie reste à la peine et que la Chine continue de peser sur la trajectoire commerciale.
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