Le conflit ouvert avec l’Iran a introduit une divergence spectaculaire sur les marchés des matières premières. Alors que les tensions géopolitiques font habituellement monter l’ensemble des cours, la situation actuelle révèle un découplage inédit. Depuis les frappes conjointes américano-israéliennes fin février, les trajectoires des prix se sont radicalement opposées, créant un paysage où l’or perd son statut de valeur refuge face à la vigueur du dollar et où le pétrole profite seul des tensions.
Cette configuration paradoxale s’explique par l’entrelacement de la géopolitique et de la politique monétaire. Le blocage du détroit d’Hormuz a provoqué un choc d’offre réel sur l’énergie. Dans le même temps, les banques centrales ont revu à la hausse leurs prévisions d’inflation et indiqué leur intention de maintenir des taux directeurs élevés plus longtemps. Pour les actifs ne générant pas de rendement, comme l’or et l’argent, ce cocktail est devenu toxique.
Le pétrole Brent, seul grand bénéficiaire du conflit
L’énergie est le secteur qui tire pleinement profit de la crise. Suite aux représailles iraniennes sur le champ gazier de Ras Laffan au Qatar, le baril de Brent a brièvement franchi les 119 dollars avant de se stabiliser autour de 107 dollars. Cette référence internationale a presque doublé depuis janvier, enregistrant une hausse de près de 76%.
L’ampleur du choc est tangible. Le PDG de QatarEnergy a évalué la perte à 17% des capacités d’exportation de GNL du pays. Surtout, le détroit d’Hormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, reste largement bloqué. L’annonce du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’une aide pour rouvrir le passage n’a procuré qu’un répit de courte durée, l’engorgement fondamental persistant.
Face à cette tension, la Bank of America a relevé sa prévision annuelle moyenne pour le Brent à 77,50 dollars, anticipant un apaisement en seconde partie d’année. Le cours actuel reste bien au-dessus de ce niveau. Les marchés à terme escomptent déjà la plus forte correction en décennies, avec un prix qui passerait de 105 à environ 75 dollars dans les neuf prochains mois.
L’or, une valeur refuge éclipsée par le dollar
Contre toute attente, l’or traverse sa plus longue série de baisses depuis octobre 2023, affichant sept séances consécutives dans le rouge. L’once fine a clôturé hier à 4 612 dollars, en recul d’environ 15% par rapport au plus haut de l’année atteint en janvier. En une semaine, le métal précieux a perdu près de 9%.
Ce paradoxe apparent — un contexte de guerre sans envolée de l’or — s’explique par les taux d’intérêt. La posture restrictive de la Réserve fédérale américaine pèse doublement : elle rend les obligations plus attractives et soutient le dollar, dont la vigueur exerce une pression supplémentaire sur le cours. Les investisseurs ont choisi le billet vert comme protection de crise, délaissant le métal jaune.
Dans son rapport annuel, la Deutsche Bundesbank a indiqué que la valeur totale des réserves d’or allemandes avait atteint 395,2 milliards d’euros fin 2025, soit une augmentation d’environ 125 milliards sur un an. Sur un an, l’or affiche toujours une progression d’environ 6%, malgré la récente correction. La pérennité de cette performance dépendra largement des prochains signaux de la Fed.
L’argent, tiraillé entre ses fondamentaux et la politique monétaire
L’argent a été frappé avec une plus grande violence. Jeudi, son prix a chuté de plus de dix pour cent pour toucher 65 dollars l’once, son plus bas niveau depuis la mi-décembre. La combinaison des signaux restrictifs des banques centrales et de la volatilité guerrière a eu ici un effet particulièrement destructeur.
Quatre grandes institutions — la Fed, la BCE, la Banque du Japon et la Banque d’Angleterre — ont maintenu leurs taux tout en adoptant un ton plus agressif. Les responsables américains ont signalé qu’aucune baisse des taux n’était envisageable avant un net ralentissement de l’inflation. Pour un métal ne procurant pas de revenu, cette configuration agit comme un frein.
Structurellement, les arguments en faveur de l’argent restent solides. Le marché s’achemine vers sa cinquième année consécutive de déficit, avec un manque cumulé de 820 millions d’onces depuis 2021. Les restrictions à l’exportation d’argent raffiné de la Chine, en vigueur depuis janvier 2026, réduisent encore la disponibilité physique. Les prévisions sont très divergentes : J.P. Morgan table sur un prix moyen annuel de 81 dollars, tandis que la Bank of America évoque un scénario à 135 dollars.
L’uranium face à une réévaluation géopolitique
Le Premier ministre israélien a déclaré jeudi que l’Iran avait perdu, après vingt jours de frappes aériennes, sa capacité à enrichir de l’uranium et à produire des missiles balistiques. Aucune preuve n’a été présentée, mais les services de renseignement américains ont indirectement étayé cette thèse. Un document discuté en commission sénatoriale indique que Téhéran n’a tenté à ce jour aucune reconstruction des installations d’enrichissement détruites en juin 2025.
Pour le marché de l’uranium, cette évolution modifie fondamentalement la prime de risque géopolitique. Les risques de prolifération diminuent, tandis que l’accent se reporte sur la demande civile croissante. Les centres de données gourmands en énergie pour l’intelligence artificielle poussent les géants technologiques américains à signer des contrats pour des petits réacteurs modulaires. Les États-Unis ont par ailleurs assoupli la réglementation pour les convertisseurs et les enrichisseurs d’uranium.
Le prix spot mi-mars s’établissait à 85,70 dollars la livre, en baisse mensuelle de plus de 4%, mais en hausse de 35% sur un an. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que les investissements annuels dans le nucléaire pourraient atteindre environ 210 milliards de dollars d’ici le milieu des années 2030. L’inscription de l’uranium sur la liste finale des matières premières critiques de l’USGS souligne son importance stratégique.
Le cacao, un marché en chute libre sur fond de surplus
Le cacao vit une situation radicalement différente du reste du secteur. Indifférent au conflit iranien, son marché est en chute libre, entraîné par un surplus d’offre et un effondrement de la demande. Depuis son record d’avril 2024 à près de 12 220 dollars la tonne, le prix s’est effondré de 74%. Mercredi, la tonne se négociait à 3 234 dollars.
Les stocks de cacao ICE ont atteint un plus haut de 7,25 mois, à 2 273 550 sacs. Des récoltes en hausse en Afrique de l’Ouest et en Équateur rencontrent une industrie mondiale qui, après trois années de prix extrêmes, réduit ses achats. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, envisage une réforme de son système commercial pour mieux aligner les prix payés aux planteurs sur la baisse des cours internationaux.
Pour les consommateurs, le soulagement se fera attendre. Les opérations de couverture et les délais dans la chaîne d’approvisionnement font que les chutes des prix des matières premières ne se répercutent au détail que plusieurs mois plus tard, et souvent de manière partielle.
Bilan d’un marché fracturé
En ce mois de mars 2026, les cinq matières premières observées dessinent une cartographie claire :
- Le Brent bénéficie massivement d’un choc d’offre réel — une pénurie tangible due aux routes commerciales bloquées, et non une bulle spéculative.
- L’uranium est à l’aube d’une réévaluation structurelle. La baisse des risques de prolifération et la hausse de la demande civile pourraient façonner un marché vendeur.
- L’or recule malgré l’environnement de crise. La force du dollar et les attentes de taux élevés surpassent la demande de refuge.
- L’argent subit le choc le plus rude parmi les métaux précieux. Son déficit structurel d’offre est en contradiction avec la vente à court terme.
- Le cacao évolue en dehors du cadre géopolitique. Des problèmes fondamentaux de surplus pèsent sur le marché, indépendamment du conflit iranien.
Perspectives : entre prime de guerre et crainte des taux
Les prochaines semaines seront dictées par deux variables : l’évolution du conflit iranien et la trajectoire des taux d’intérêt. Un scénario où les flux énergétiques restent perturbés jusqu’au deuxième trimestre est, selon la Bank of America, aussi probable qu’un apaisement rapide. Le risque central pour le pétrole : la quasi-totalité des capacités de réserve de l’OPEP sont géographiquement situées dans le golfe Persique. Si le détroit reste bloqué, cette capacité excédentaire est physiquement indisponible.
Pour l’or et l’argent, toute correction des anticipations de taux pourrait déclencher un rebond rapide. Les marchés n’envisagent un assouplissement de la Fed qu’en 2027, et anticipent même deux hausses de taux de la BCE et de la Banque d’Angleterre. Pour l’uranium, la question centrale est la rapidité avec laquelle les fournisseurs occidentaux répondront à la demande croissante des infrastructures d’IA. Les nouvelles fourchettes de prix contractuels évoluent déjà entre 86 et 90 dollars la livre. Le cacao restera structurellement sous pression tant que la demande atone continuera de gonfler les stocks. Seule une baisse sensible des prix du chocolat au détail pourrait amorcer un renversement de tendance.
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