La scène a quelque chose de paradoxal. D’un côté, des chiffres trimestriels historiques, une prévision annuelle relevée et un blockbuster qui franchit un cap symbolique. De l’autre, un titre qui s’effondre de 9,33 % à 72,51 euros, frôlant son plus bas sur 52 semaines (72,36 euros, soit 0,21 % au-dessus). Jamais l’écart entre la performance opérationnelle de Sanofi et la perception qu’en ont les investisseurs n’a paru aussi large.
Une machine commerciale qui tourne à plein régime
Le deuxième trimestre 2026 restera dans les annales du groupe pharmaceutique français. Le chiffre d’affaires a progressé de 17,8 % à changes constants pour atteindre environ 11,60 milliards d’euros. Le bénéfice net ajusté par action a bondi de 33,3 % à 2,09 euros, porté par une stricte discipline des coûts et des effets ponctuels favorables.
Dupixent, le traitement vedette contre l’eczéma, a franchi pour la première fois la barre des 5 milliards d’euros de revenus sur un seul trimestre, soit une hausse de 37,6 %. Le management vise désormais 25 milliards d’euros de ventes annuelles pour ce médicament d’ici 2030, complétés par environ 10 milliards d’euros issus des nouveaux lancements.
Fort de cette dynamique, le groupe a relevé ses objectifs pour l’exercice : une croissance du chiffre d’affaires d’environ 10 % en données ajustées des changes, contre une hausse initialement attendue dans le haut de la fourchette à un chiffre. Le bénéfice ajusté par action devrait progresser à un rythme encore plus soutenu.
La pilule amère des dépréciations
Mais derrière ces chiffres flatteurs se cache une réalité comptable brutale. Selon les normes IFRS, le bénéfice par action s’est effondré de 91 % à 0,29 euro, tandis que le résultat net chutait de 91,3 % à 343 millions d’euros, contre près de 3,94 milliards un an plus tôt.
La cause ? Une dépréciation massive de 1,03 milliard d’euros, dont 952 millions liés à l’abandon du développement d’Amlitelimab, un candidat-médicament contre la dermatite atopique qui ne sera pas soumis à une autorisation mondiale. Les programmes Itepekimab et Balinatunfib ont également été rayés de la feuille de route.
Ces coupes claires dans la pipeline portent la marque de Belén Garijo, qui a pris les rênes du groupe au début de l’année. La nouvelle directrice générale a annoncé des critères plus stricts pour le passage en phase 3 des essais cliniques, avec une exigence accrue de rigueur scientifique et une responsabilisation plus nette. Elle a d’ailleurs reconnu que les récents échecs relevaient davantage de faiblesses dans la prise de décision que d’un manque de substance scientifique des programmes.
Une transition à hauts risques
Le marché ne se contente pas d’analyser le trimestre écoulé. Il anticipe les turbulences d’une refonte en profondeur de l’état-major. Dès septembre 2026, le comité exécutif sera entièrement recomposé, avec de nouveaux responsables pour la finance, la recherche, la médecine de spécialité, les vaccins, la médecine générale et la production. Une période d’incertitude que les investisseurs détestent par nature.
Les signaux techniques confirment cette nervosité. L’action évolue 4,31 % sous sa moyenne mobile à 50 jours et plus de 10 % sous celle à 200 jours, avec une volatilité annualisée de 34,43 %. L’indice RSI, à 39, suggère certes une situation de survente, mais le tableau d’ensemble reste celui d’un titre sous pression.
Les analystes peinent d’ailleurs à s’accorder. Chez UBS, on s’inquiète de la dépendance croissante à Dupixent et du vide qui se profile après l’expiration des brevets. Berenberg rappelle qu’une partie de la performance trimestrielle tient à des éléments non récurrents, dont une remise américaine de 200 millions d’euros. À l’inverse, Jefferies maintient sa recommandation d’achat avec un objectif de cours de 100 euros, saluant la robustesse opérationnelle du groupe.
Un passif juridique qui ne s’efface pas
Le dossier Zantac continue par ailleurs de peser sur la valorisation. Les procédures intentées contre Sanofi, mais aussi Boehringer Ingelheim et Pfizer, se poursuivent devant les tribunaux des États américains, en parallèle du recours collectif fédéral. Ce contentieux, resté en sommeil ces derniers mois, pourrait ressurgir à tout moment et capter l’attention du marché pendant la transition de gouvernance.
Septembre, premier test décisif
Deux scénarios se dessinent pour les prochains mois. Le premier, optimiste, repose sur une normalisation rapide : si le nouveau comité exécutif démontre dès septembre une discipline renforcée dans la recherche, sans nouvelle dépréciation, un rebond progressif vers la moyenne à 50 jours de 75,77 euros reste envisageable. Le second, plus sombre, anticipe un ralentissement de la croissance au second semestre plus marqué que prévu, conjugué à d’éventuelles nouvelles charges. Dans ce cas, le test du plancher de 72,36 euros deviendrait inévitable.
La direction a prévenu que le rythme de croissance ralentirait naturellement en seconde partie d’année. Reste à savoir si ce ralentissement sera maîtrisé ou s’il amplifiera la défiance. Les prochaines échéances sont connues : installation du nouveau comité exécutif en septembre, puis publication des résultats du troisième trimestre fin octobre. D’ici là, le marché observera, sceptique, les premiers pas de la nouvelle garde.
Publicité
Actions Sanofi: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Sanofi et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Sanofi entièrement gratuite : En savoir plus ici !

