Air Liquide a enclenché vendredi la première phase de son programme de rachat d’actions, quelques heures après avoir dévoilé des ventes trimestrielles supérieures au consensus. Le groupe gazier a signé un mandat portant sur un montant plafond de 1 milliard d’euros, première brique d’un dispositif global annoncé le 5 octobre et dont l’enveloppe totale atteint 4 milliards d’euros. Le conseil d’administration en a fixé les modalités mercredi.
Un cadre d’exécution strictement borné
Le mandat, rapporté par Les Echos, court jusqu’au 15 décembre, avec un prix d’achat maximal de 300 euros par titre. Sur la base du cours de la veille, le volume concerné représenterait au plus 0,88 % du capital social. Les actions rachetées seront annulées, ce qui distingue l’opération d’un rachat destiné à constituer un portefeuille d’autocontrôle : l’objectif est bien de réduire le nombre de titres en circulation. Il s’agit d’un cadre d’exécution encadré par des plafonds, et non d’un état des achats déjà réalisés.
Le marché salue les chiffres, les analystes restent divisés
La publication des comptes du troisième trimestre 2026 a précédé de peu ce démarrage. Air Liquide a enregistré sur la période un chiffre d’affaires de 7,26 milliards d’euros, là où le consensus établi par Vara tablait sur 7,16 milliards. En comparable, la croissance ressort à 3 %, et à 4,3 % en neutralisant les effets de change et d’énergie — deux mesures que le groupe présente distinctement.
L’électronique reste le moteur : le pôle a progressé de 12 % en comparable, porté par la demande soutenue de semi-conducteurs destinés aux applications d’intelligence artificielle. L’Industrial Merchant a suivi avec une hausse de 5,3 %. Le groupe a par ailleurs confirmé, à l’occasion de ces résultats, sa prévision de marge pour 2026 comme pour 2027. L’action a réagi favorablement, gagnant 1,7 % pour clôturer à 177,32 euros.
Berenberg plus offensif, JPMorgan toujours prudent
Les bureaux d’analyse ont livré des verdicts contrastés. Berenberg a relevé son objectif de cours à 210 euros et rehaussé de 2 % sa prévision de bénéfice par action pour 2027, puis de 5 % pour 2028. La maison ne s’appuie pas uniquement sur la réduction du capital : elle entrevoit une marge de progression des résultats et s’appuie sur la mise à jour du chiffre d’affaires. Elle évoque aussi une possible évolution de la fiscalité française sur les rachats d’actions après l’élection présidentielle de 2027.
JPMorgan, de son côté, a porté son objectif de 166 à 172 euros tout en maintenant sa recommandation à neutre. À 179,80 euros, le titre évolue au-dessus de cette cible. Chetan Udeshi justifie sa réserve par un décalage persistant : l’action s’est nettement appréciée sur deux ans alors que les anticipations de résultats reculaient. L’accélération de la croissance déjà intégrée dans les cours se fait toujours attendre, selon lui. Le relèvement de l’objectif ne traduit donc pas un revirement d’humeur — la critique porte moins sur le rachat lui-même que sur le niveau d’exigence que le marché applique déjà aux activités du groupe.
Reste une question centrale pour la valorisation : la vigueur de l’électronique parviendra-t-elle à se diffuser à l’ensemble du portefeuille ? C’est précisément sur ce point que se séparent les hypothèses bénéficiaires plus généreuses de Berenberg et la circonspection de JPMorgan.
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