Le dossier Carbios se joue désormais sur un fil : celui du bouclage financier de son usine de Longlaville. Sur le plan technique, la société a de quoi pavoiser — la preuve industrielle dans le textile est faite. Mais tant que le montage financier de la première unité de production à grande échelle ne sera pas scellé, la valorisation boursière restera suspendue à cette échéance. Vendredi, le titre a terminé la séance à 5,48 euros, ce qui porte la capitalisation du spécialiste du recyclage enzymatique à 96,50 millions d’euros.
Le compte à rebours du financement
La reprise des travaux à Longlaville est conditionnée à la réunion de l’ensemble des briques du financement de projet. Plusieurs jalons ont déjà été franchis. Les comités de crédit d’une majorité des prêteurs du projet ont donné leur accord au niveau de leurs instances. En parallèle, les examens menés par les agences de crédit à l’exportation et par les candidats au tour de table en fonds propres se poursuivent.
Pour convaincre prêteurs et investisseurs, Carbios mise sur la sécurisation commerciale du site. Le groupe finalise un accord avec un acteur de premier plan du secteur des boissons, destiné à porter les préventes de l’usine à 60 % de la capacité nominale de production. Des contrats d’enlèvement fermes constituent en effet un prérequis pour les bailleurs de fonds : ils réduisent le risque commercial avant même que la phase principale de construction ne redémarre.
Une trésorerie qui laisse du champ
Côté coûts, la publication semestrielle dévoilée il y a une bonne semaine a apporté un peu d’air. Sur les six premiers mois, les dépenses d’exploitation ont reculé de 19 % pour s’établir à 14,4 millions d’euros. La perte nette a, dans le même mouvement, été ramenée à 9,4 millions d’euros, tandis que la perte opérationnelle s’est élevée à 11,8 millions d’euros.
Au 30 juin, la trésorerie disponible atteignait 48 millions d’euros. De quoi offrir au management une marge de manœuvre confortable pour mener à bien les négociations en cours. Pour un projet à ce stade de maturité, l’horizon de liquidité constitue la variable critique : tant que les redevances de licence ou les grandes unités en propre ne génèrent pas de revenus récurrents, c’est elle que les investisseurs scrutent, en surveillant l’efficacité avec laquelle les fonds sont employés.
Le textile, laboratoire grandeur réelle
La démonstration industrielle, elle, est désormais acquise dans le textile. Au sein du consortium Fiber-to-Fiber, Carbios a produit des T-shirts à partir de déchets textiles et plastiques complexes, aux côtés de partenaires tels que Patagonia, PUMA et Salomon. Les lignes de fabrication européennes ont été mobilisées pour l’occasion, et plus d’une tonne de matière enzymatique EnzyTex en est sortie.
Les fibres obtenues se sont révélées pleinement compatibles avec les procédés de production conventionnels et affichent, selon la société, des performances équivalentes à celles du polyester vierge issu du pétrole. Ce test valide la faisabilité du procédé biosourcé pour le secteur textile, un enjeu de taille alors que l’industrie du sport et de la mode recherche de plus en plus d’alternatives circulaires pour les fibres synthétiques difficiles à séparer.
Le marché attend le dernier verrou
Malgré ces avancées opérationnelles, la prudence reste de mise sur les marchés. Depuis le début de l’année, le titre accuse un repli de 52 %. Seule la signature définitive du paquet financier de Longlaville devrait dire si la technologie franchit durablement le cap de l’exploitation à grande échelle.
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