L’anticipation d’une échéance inévitable pèse plus lourd, aux yeux des investisseurs, qu’une signature stratégique. En élargissant son alliance avec l’américain Regeneron, Sanofi a certes sécurisé quatre programmes d’anticorps expérimentaux, mais la facture annoncée a refroidi la place parisienne : le titre a cédé 3,5 % vendredi, pour clôturer à 70,65 €, à quelques centimes de son plus bas sur douze mois (70,35 €).
Une dépendance qui fixe le calendrier
Le raisonnement des opérateurs tient en une date : 2031. C’est cette année-là que Dupixent perdra la protection de son brevet aux États-Unis. Or l’anticorps représente plus d’un tiers des revenus totaux du groupe, avec 5,2 milliards d’euros encaissés sur un seul trimestre. L’enjeu n’est donc pas théorique. Il s’est même aggravé depuis que Sanofi a dû renoncer au développement d’Amlitelimab, son candidat le plus prometteur, ce qui accroît la pression sur une pipeline censée couvrir les maladies inflammatoires de type 2 et les pathologies immuno-médiées.
C’est dans ce contexte que le laboratoire tricolore a choisi de renforcer ses liens avec Regeneron. Le montage prévoit un versement initial d’un milliard de dollars, auquel pourront s’ajouter jusqu’à sept milliards de dollars de paiements conditionnés à l’atteinte de jalons. Développement et commercialisation seront financés à parts égales, comme les profits futurs. La recherche reste pilotée par le partenaire américain, tandis que Sanofi se charge de la diffusion mondiale des traitements.
Quatre programmes, un seul déjà en essais
Le portefeuille concerné réunit quatre anticorps à action prolongée ciblant des voies de signalisation immunologiques. Un seul, le REGN20423 dirigé contre la dermatite atopique, a atteint la phase 1 des essais cliniques. Les trois autres, qui visent l’IL-4 et le récepteur alpha de l’IL-4, demeurent au stade préclinique, avec un lancement des études sur l’homme envisagé pour 2027. Une option permettrait en outre d’intégrer Lunsekimig, le propre candidat de Sanofi, une fois achevée la phase 3 consacrée à la BPCO.
Cette orientation suscite des avis partagés. Les analystes saluent le renforcement du partenariat, mais certains investisseurs s’interrogent sur l’ampleur du chèque signé pour des molécules encore si loin de la pharmacie. Le passif entre les deux groupes nourrit également la prudence : Regeneron avait poursuivi Sanofi en 2024, en raison d’un différend portant sur la transmission d’informations commerciales liées à Dupixent. Que Belén Garijo, la directrice générale du groupe français, ait malgré tout choisi d’accélérer ce rapprochement dit assez l’urgence de bâtir une nouvelle génération de traitements.
Un contexte de marché défavorable
La défiance ne s’explique pas uniquement par le dossier Regeneron. Vendredi, l’ensemble de la cote française a souffert, plombée par la remontée des rendements obligataires et les inquiétudes entourant les finances publiques. L’engouement initial provoqué par l’annonce s’est donc très vite dissipé : après un gain modeste en début de séance, la tendance s’est inversée, les intervenants jugeant finalement le poids des dépenses de R&D supérieur aux perspectives stratégiques.
Reste que, pour nombre d’observateurs, l’opération constitue une étape indispensable. Elle met un terme aux contentieux antérieurs et lève une part d’incertitude juridique entre les deux sociétés. Le prix à payer, lui, reste considérable — un arbitrage qui explique la réserve des acheteurs.
L’agenda européen en toile de fond
Ce mouvement s’inscrit dans une préoccupation plus large. Le 22 septembre, les dirigeants de neuf laboratoires européens, Sanofi compris, avaient signé une lettre ouverte commune pour alerter sur le décrochage du Vieux Continent en matière d’investissements pharmaceutiques. Ils y appelaient les pouvoirs publics à améliorer les conditions-cadres du secteur. L’extension coûteuse de l’alliance avec le développeur américain illustre, en creux, les moyens que les groupes européens doivent mobiliser pour s’offrir des candidats prometteurs.
Les prochaines publications financières devraient fournir de nouveaux repères aux investisseurs. Le 30 octobre, Sanofi dévoilera ses résultats du troisième trimestre 2026, présentés en direct lors d’une conférence avec la communauté financière. La manière dont la direction compte concilier ces engagements de paiement avec la rentabilité de l’exercice en cours constituera le point central des discussions.
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