Le titre Eutelsat a terminé la séance de vendredi à 1,39 euro, tout près de son plancher annuel de 1,36 euro touché en cours de journée. Sur trente jours, la dérive atteint 26 %, et sur douze mois, la chute avoisine 54 %. Un décrochage boursier qui traduit moins un rejet du dossier qu’une accumulation de signaux contraires autour de son déploiement dans l’orbite basse.
L’Inde, verrou réglementaire du réseau OneWeb
C’est du côté de New Delhi que vient l’essentiel de la pression. Le responsable de la conformité réglementaire chez Bharti Airtel, partenaire d’Eutelsat, a indiqué que les démonstrations de sécurité étaient désormais achevées et que la balle se trouvait dans le camp du gouvernement indien, en attente des autorisations définitives. Le ministre indien des Communications a de son côté rappelé que les opérateurs titulaires d’une licence doivent satisfaire à l’intégralité des exigences de sécurité avant tout lancement commercial. Ce blocage administratif retarde l’accès à l’un des marchés les plus prometteurs pour la connectivité par satellite.
SpaceX bouscule l’échiquier européen
La donne concurrentielle s’est par ailleurs durcie vendredi. L’annonce par SpaceX du rachat du portefeuille national de fréquences 800 MHz détenu par Grain Management a ravivé les craintes d’un affrontement accru entre opérateurs satellitaires et réseaux mobiles traditionnels. Selon plusieurs médias, cette opération a semé le trouble parmi les valeurs télécoms européennes, sans que la réaction d’Eutelsat puisse être directement rattachée à cette transaction.
Sur le front réglementaire, la CNMC espagnole avait déjà sonné l’alarme le 5 octobre. Le gendarme de la concurrence ibérique redoute une dépendance excessive à un petit nombre de constellations mondiales et souligne l’avantage compétitif des acteurs verticalement intégrés. Il a cité nommément les partenariats noués par Orange et MasOrange, qui travaillent à la fois avec Eutelsat OneWeb et avec son rival Starlink.
Une flotte en construction, des contrats qui tiennent
Face à ces vents contraires, Eutelsat poursuit l’édification de son infrastructure. Airbus Defence and Space a achevé il y a une dizaine de jours les 32 premiers satellites OneWeb de nouvelle génération, sur une flotte appelée à compter 669 unités. Les engins sont en préparation pour leur transport, avant un lancement prévu à bord d’une fusée SpaceX. Ce réseau en orbite terrestre basse constitue la réponse technologique de l’opérateur aux offres de ses concurrents américains.
Le socle commercial reste, lui, solide. Eutelsat a reconduit mercredi sa longue collaboration avec Télédiffusion d’Algérie : le satellite EUTELSAT 7 West A continuera de diffuser les chaînes algériennes sur l’ensemble de la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord. Les conditions financières de cet accord n’ont pas été communiquées, selon Reuters.
En Afrique australe, le fournisseur de services télécoms Paratus Namibia a lancé jeudi son offre commerciale adossée à Eutelsat OneWeb. Ce contrat pluriannuel ouvre les services en orbite basse aux clients particuliers et professionnels namibiens, un jalon de plus dans la monétisation de la couverture mondiale du réseau.
Rendez-vous financier fin octobre
Les investisseurs seront fixés sur la trajectoire économique du groupe à la fin du mois. Eutelsat a programmé la publication de son chiffre d’affaires du premier trimestre de l’exercice 2026/27 au 29 octobre 2026. Ce sera l’occasion de mesurer si la stratégie combinant satellites géostationnaires et constellation en orbite basse commence à produire des revenus tangibles, et si l’activité historique résiste. D’ici là, la capacité du groupe à solder les autorisations indiennes restantes déterminera en partie la vitesse de décollage commercial de OneWeb.
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