La perspective d’un tour de vis fiscal sur les concessionnaires d’infrastructures de transport fait vaciller l’ensemble du secteur tricolore. En tête des valeurs malmenées, Vinci a vu son cours céder du terrain deux séances de suite, les investisseurs intégrant à marche forcée l’hypothèse d’un prélèvement alourdi dès 2027.
Hier, l’action a lâché 2,5 % pour clôturer à 109,55 euros, non sans avoir touché en séance un plancher de 105,05 euros, soit un nouveau point bas sur douze mois. La pression ne s’est pas relâchée ce mercredi : le titre abandonne encore 2,6 % pour revenir à 106,65 euros. Eiffage et ADP figurent sur la même liste de ventes, signe que la défiance dépasse le seul dossier du géant du BTP.
Une taxe sectorielle qui passerait de 4,6 % à 12,2 %
À l’origine de cette fébrilité, le projet de budget pour 2027 dévoilé par l’exécutif français. Il prévoit de relever sensiblement la contribution spéciale acquittée par les exploitants d’infrastructures de transport de longue distance. Selon les informations du quotidien Le Monde, le taux passerait de 4,6 % actuellement à 12,2 %. Les autoroutes et les grands aéroports sont directement dans le viseur du ministère des Finances.
L’Association des sociétés françaises d’autoroutes (ASFA) n’a pas tardé à dénoncer un coup porté au financement des réseaux. Ses calculs font état d’une envolée de la facture annuelle du secteur, qui bondirait de 600 millions d’euros en 2026 à 1,4 milliard d’euros en 2027. Les professionnels agitent la menace d’un coup d’arrêt aux investissements dans les infrastructures routières.
Chez Morgan Stanley, on a mis des chiffres précis sur ce scénario dès la journée de mardi. La banque américaine estime que la hausse de la fiscalité amputerait d’environ 9 % le résultat net de Vinci. Pour l’ensemble du secteur concerné, la contraction du bénéfice annuel 2027 est évaluée entre 9 % et 12 %. Un tel régime pèserait d’autant plus lourd que les concessions autoroutières et aéroportuaires mobilisent des capitaux immobilisés sur longue période et évoluent dans un cadre fortement réglementé, deux caractéristiques qui rendent les investisseurs particulièrement sensibles à toute modification de l’équation fiscale.
Vinci Energies décroche un contrat pluriannuel en Suède
Pendant que la place parisienne s’interroge sur l’issue des arbitrages budgétaires, le groupe poursuit son développement opérationnel. Le 16 septembre, sa branche Vinci Energies a remporté un marché pluriannuel en Suède. Elle assurera pour le compte du fournisseur d’énergie Vattenfall la maintenance, la réparation, le raccordement et la transformation du réseau de distribution électrique dans le sud de Stockholm.
Le contrat représente un volume d’environ 30 millions d’euros par an. Il a été conclu pour une durée initiale de quatre ans, assortie d’une option de prolongation de quatre années supplémentaires. De quoi conforter la position de la filiale dans la gestion des réseaux nordiques, même si des contrats de cette ampleur ne suffisent pas à compenser le climat morose qui entoure actuellement le pôle concessions.
Deux shuttles autonomes bouclent 40 000 kilomètres sur l’A10
L’actualité du groupe ne se limite pas à la fiscalité. Lundi, Vinci Autoroutes a rendu compte des résultats concluants d’une expérimentation menée sur l’autoroute A10 : deux navettes autonomes électriques y ont parcouru plus de 40 000 kilomètres en phase de test sans le moindre incident. L’essai grandeur nature permet au concessionnaire d’explorer de nouveaux concepts de mobilité pour le réseau routier interurbain.
En parallèle, la branche énergie multiplie les initiatives stratégiques. Elle a engagé il y a une bonne vingtaine de jours le rachat d’All for One, puis a investi voici une quinzaine de jours dans le déploiement de bornes de recharge, autant de manoeuvres destinées à élargir son périmètre au-delà de l’exploitation autoroutière classique. Le 17 septembre, Vinci Autoroutes et Vinci Airports ont par ailleurs publié leurs statistiques de trafic pour le mois d’août 2026.
Reste que tant que les modalités précises de la ponction prévue pour 2027 ne seront pas arrêtées, le dossier Vinci devrait rester suspendu aux tractations politiques parisiennes. Les opérateurs suivent de près l’évolution du texte, conscient que l’issue des débats déterminera en grande partie la trajectoire boursière du groupe.
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