Les marchés des matières premières ont vécu une journée de folle volatilité, oscillant au gré des annonces depuis Washington. Une allocution télévisée du président Trump sur la crise iranienne a suffi à anéantir les espoirs d’un apaisement rapide, propulsant le baril de pétrole au-dessus des 100 dollars et influençant profondément la dynamique des métaux précieux. Dans ce contexte, l’argent, bien que soutenu par des fondamentaux solides, subit de plein fouet les conséquences de la politique monétaire restrictive.
L’argent subit une pression historique
Le cours de l’argent, actuellement autour de 74 dollars l’once, traverse une phase difficile. Le mois de mars a été particulièrement brutal, avec une chute de plus de 20%, représentant le repli mensuel le plus marqué depuis septembre 2011. Ce recul est d’autant plus frappant que le métal avait atteint un record historique à 121,64 dollars en janvier, perdant ainsi près de 40% de sa valeur en quelques semaines.
La cause principale de cette baisse ne réside pas dans le marché physique, mais dans le durcissement des perspectives monétaires. La Réserve fédérale américaine (Fed) n’a évoqué qu’une seule baisse de taux potentielle pour 2026 lors de sa dernière réunion, décevant les attentes du marché qui en escomptait deux. La crise géopolitique, en faisant grimper le prix du pétrole, ravive les craintes inflationnistes et rend toute anticipation de détente monétaire improbable. Cette dynamique renforce le dollar américain, asphyxiant les actifs non rémunérateurs comme l’argent.
Pourtant, les fondamentaux à long terme restent extrêmement favorables :
– Le marché de l’argent est confronté à son cinquième déficit annuel consécutif, avec un déficit cumulé de 820 millions d’onces depuis 2021.
– La demande industrielle représente plus de la moitié de la consommation totale.
– À elle seule, la production de panneaux solaires absorbe 230 millions d’onces par an.
Les analystes de BNP Paribas estiment que le prix de l’argent évoluera en 2026 dans une fourchette de 65 à 75 dollars. Le niveau actuel se rapproche donc de la moyenne anticipée. À court terme, cependant, l’absence de catalyseur et l’environnement monétaire restrictif continuent de peser sur toute tentative de reprise.
L’or enregistre sa pire performance mensuelle depuis 2008
De son côté, l’or se négocie aux alentours de 4 807 dollars l’once, affichant un léger rebond par rapport à ses récents plus bas. Néanmoins, la chute depuis le sommet historique de 5 595 dollars fin janvier a été sévère, avec une perte d’environ 14,6% en mars. Il s’agit du recul mensuel le plus important depuis octobre 2008, en pleine crise financière, où le métal avait alors perdu 16,8%.
La situation semble paradoxale : un conflit au Moyen-Orient, des risques géopolitiques élevés, et pourtant l’or baisse. Le mécanisme est le suivant : la flambée des prix du pétrole, induite par la guerre, attise l’inflation. Cela retarde les escomptes de baisse des taux d’intérêt et soutient le dollar, une combinaison néfaste pour un actif sans rendement comme l’or.
D’un point de vue technique, la situation reste constructive tant que l’or défend la zone de support comprise entre 4 000 et 4 200 dollars. Une consolidation dans cette fourchette pourrait servir de tremplin pour un nouvel assaut vers les sommets. Une rupture de ce support signalerait en revanche un changement de tendance plus profond. L’indicateur RSI, à 49,8, ne signale actuellement ni sur-achat ni sur-vente, indiquant un marché dans l’expectative.
Le pétrole en dents de scie
Aucune matière première n’a réagi avec autant de violence aux déclarations de Trump que le pétrole Brent. Après être tombé sous les 100 dollars mardi après-midi suite à des rumeurs d’apaisement, le baril a bondi de 3,24% à 104,44 dollars dans la soirée après le discours du président. Depuis le début du conflit, les cours ont augmenté de près de 60%.
L’épicentre de la tension reste le détroit d’Hormuz, par lequel transite environ 100 millions de barils par semaine. La menace persistante d’une perturbation du trafic dans ce passage stratégique maintient une prime de risque géopolitique dans les cours. L’Agence d’Information sur l’Énergie (EIA) prévoit que le Brent restera au-dessus de 95 dollars ces deux prochains mois, avant de retomber sous 80 dollars au troisième trimestre et de se stabiliser autour de 70 dollars fin d’année.
Aux États-Unis, le West Texas Intermediate (WTI) a suivi la même trajectoire erratique, clôturant mercredi à 102,36 dollars après un rebond post-discours. Cette volatilité se répercute directement à la pompe, où le prix moyen de l’essence a atteint 4 dollars le gallon, son niveau le plus élevé depuis 2022.
L’uranium, un enjeu stratégique silencieux
Contrairement au pétrole, le prix de l’uranium affiche une stabilité remarquable, avec un cours spot inchangé à 83,9 dollars la livre au 1er avril. Les acheteurs adoptent une attitude attentiste, ce qui crée une impasse sur le marché des contrats à long terme.
Pourtant, l’uranium est au cœur des enjeux stratégiques du conflit. L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) estime que l’Iran détenait, avant les hostilités, environ 440 kg d’uranium enrichi à 60%, une quantité suffisante pour produire une dizaine de bombes nucléaires après enrichissement supplémentaire. La possibilité d’une opération militaire pour sécuriser ce stock a été évoquée, bien que Trump ait par la suite minimisé l’urgence de la situation.
La demande structurelle pour l’uranium reste intacte, portée par des plans de relance du nucléaire civil. Le gouvernement américain a débloqué jusqu’à 80 milliards de dollars de financements pour de nouveaux réacteurs. La capacité nucléaire mondiale, actuellement de 398 gigawatts, pourrait presque doubler d’ici 2040, atteignant potentiellement 746 GWe, voire 966 GWe dans un scénario de développement accéléré. La demande électrique croissante des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle renforce encore cette tendance.
Une échéance cruciale dans les deux à trois semaines
Le délai de « deux à trois semaines » évoqué par Trump pour frapper l’Iran en l’absence d’accord impose un horizon temporel précis à l’ensemble des marchés. L’issue des négociations déterminera la trajectoire des prix : un échec prolongerait l’ère du pétrole à trois chiffres et des tensions inflationnistes, tandis qu’un accord pourrait soulager les marchés. Pour les métaux précieux, le paysage reste scindé entre des perspectives long terme favorables et un environnement monétaire à court terme contraignant. L’argent, à la fois actif refuge et métal industriel, pourrait bénéficier d’un retournement du cycle des taux. Cinq actifs, un seul calendrier : celui de la diplomatie de crise.
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