Le paysage automobile mondial est le théâtre de manœuvres stratégiques radicalement différentes, alors que les constructeurs font face à des pressions concurrentielles, tarifaires et économiques sans précédent. De l’Alabama à la Chine en passant par le Japon, les réponses apportées par Mercedes-Benz, BYD, Porsche, Daimler Truck et Ferrari illustrent un secteur à la croisée des chemins.
BYD : La course aux exportations pour compenser un marché domestique essoufflé
Le constructeur chinois BYD subit un tournant. Pour la première fois depuis 2021, son bénéfice net annuel a reculé, affichant une baisse de 19% pour s’établir à 32,62 milliards de CNY en 2025. La croissance du chiffre d’affaires, elle, est tombée à 3,46%, son niveau le plus faible depuis six ans, tandis que la marge brute glissait à 17,74%, un plus bas sur trois ans.
Face à cette érosion de la rentabilité sur son marché intérieur, où la marge par véhicule ne serait que de 5 000 CNY, BYD mise désormais résolument sur l’international. La stratégie est claire : les exportations, notamment vers l’Europe et le Brésil, généreraient une marge d’environ 20 000 CNY par unité. En mars, les livraisons à l’étranger ont bondi de 65% sur un an, atteignant 120 083 véhicules. En interne, le groupe tablerait sur 1,5 million d’exportations cette année, dépassant son objectif officiel de 15%. Parallèlement, BYD a investi 9,2 milliards de dollars en R&D et déploie un réseau de 5 000 stations de recharge rapide dans 297 villes.
Les analystes restent partagés. Si Daiwa et BOCOM International maintiennent une recommandation d’achat, la Bank of China conserve un avis de vente.
Mercedes-Benz : Un pari de sept milliards de dollars pour sécuriser le marché américain
Dans un contexte de tensions commerciales, Mercedes-Benz renforce massivement son ancrage aux États-Unis. Le constructeur a dévoilé un investissement global de plus de sept milliards de dollars sur ses sites américains, dont quatre milliards sont destinés à l’usine de Tuscaloosa County, en Alabama, d’ici 2030. Cette usine, qui vient de produire son cinq millionième véhicule (les nouveaux GLE et GLS), commencera à assembler le GLC à partir de fin 2026, un modèle jusqu’ici importé.
La logique est économique : environ 60% de la production du site est exportée. Produire localement permet de contourner les droits de douane potentiels. Sur les marchés financiers, l’action Mercedes-Benz cote 53,27 euros, en baisse d’environ 14% depuis janvier. Citigroup a récemment relevé son objectif de cours de 52 à 58 euros. Le groupe poursuit par ailleurs un programme de rachat d’actions, ayant acquis 80 000 titres entre le 23 et le 27 mars, portant le total à plus de 13,2 millions depuis novembre 2025.
Porsche AG : Une restructuration douloureuse sous nouvelle direction
La situation financière de Porsche AG a connu un revirement spectaculaire. Son résultat opérationnel s’est effondré à 413 millions d’euros en 2025, contre 5,64 milliards l’année précédente. Cette chute est imputable à des charges exceptionnelles d’environ 3,9 milliards d’euros liées à la refonte de la stratégie produit, aux activités batteries et aux tarifs douaniers américains. La dividende sur les actions privilégiées a été réduite de 2,31 à 1,01 euro.
Le nouveau PDG, le Dr Michael Leiters, prône une stratégie « Value over Volume ». Un pilier concret : le réseau de concessionnaires en Chine sera réduit de moitié, passant de 150 à environ 80 sites d’ici fin d’année, après un recul de 26% des livraisons dans la région. Pour 2026, le groupe vise une marge opérationnelle entre 5,5% et 7,5% sur un chiffre d’affaires de 35 à 36 milliards d’euros. L’action, cotée à 39,41 euros, est en baisse de près de 19% par rapport à son plus haut sur un an. Les analystes de Deutsche Bank et de JPMorgan maintiennent des recommandations positives. La première conférence téléphonique de Leiters avec les analystes, prévue le 29 avril avec la publication des résultats du T1, sera scrutée avec attention.
Daimler Truck : La nouvelle entité ARCHION fait ses débuts à Tokyo
Daimler Truck a franchi une étape majeure le 1er avril avec la finalisation de la fusion de Mitsubishi Fuso et Hino Motors au sein de la nouvelle holding ARCHION Corporation. Celle-ci est désormais cotée au Prime Market de la Bourse de Tokyo. L’objectif est de créer une plateforme intégrée pour les véhicules utilitaires lourds, moyens et légers, tout en préservant l’identité des marques.
En parallèle, en Europe, le groupe avance son plan d’économies « Cost down Europe » et investit dans une nouvelle usine d’assemblage à Cheb, en République tchèque. Ce site devrait produire jusqu’à 25 000 camions par an et créer 1 000 emplois d’ici la fin de la décennie. L’action Daimler Truck, à 42,27 euros, affiche une progression d’environ 12,5% depuis le début de l’année. Sa rentabilité dividendes est de 4,7%. Jefferies et Deutsche Bank recommandent l’achat, tandis qu’UBS conseille de conserver le titre.
Ferrari : Optimisation technique pendant la trêve en Formule 1
Profitant d’une pause de cinq semaines dans le calendrier de la Formule 1, Ferrari a engagé un marathon de tests en avril. Après une session à Mugello avec la SF-25 de la saison précédente, une autre est prévue le 21 avril à Monza. Ce circuit, « temple de la vitesse », a été choisi pour évaluer efficacement la récupération d’énergie dans le cadre des 200 kilomètres autorisés lors d’un « Filming Day ».
Sur le plan financier, les indicateurs restent solides : une marge opérationnelle de 28,3%, une croissance trimestrielle du chiffre d’affaires de 7,4% et un programme de rachat d’actions en cours de 3,5 milliards d’euros jusqu’en 2030. En janvier seulement, 84 500 actions ont été rachetées pour 26,6 millions d’euros. L’action se négocie à 296,30 euros. Le sentiment des analystes est globalement positif, avec des objectifs de cours médians autour de 475,20 dollars, portés par des avis « Acheter » de Jefferies, JPMorgan et Evercore ISI.
Conclusion : Un secteur fragmenté face à l’adversité
Ces cinq récits dessinent les contours d’une industrie fragmentée. Tandis que Mercedes-Benz et Daimler Truck diversifient leur empreinte géographique pour se protéger des tarifs douaniers, BYD est contraint de se tourner vers l’export pour sauver ses marges, son marché domestique étant devenu hyperconcurrentiel. Porsche, marque de luxe, paie le prix fort d’une transition coûteuse et d’un ralentissement en Chine. Ferrari, à l’inverse, démontre la résilience d’un modèle fondé sur l’exclusivité et le pouvoir de fixation des prix.
Les prochaines semaines seront déterminantes. Les publications trimestrielles de Porsche et Mercedes-Benz le 29 avril, les résultats du T1 de BYD sur son marché intérieur, et les performances de Ferrari sur la piste à Miami le 3 mai apporteront des indications cruciales sur la capacité de ces stratégies divergentes à porter leurs fruits.
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