La maison mère du numéro un mondial du luxe traverse une séquence où les questions de gouvernance familiale se mêlent à un climat d’affaires nettement moins porteur. Alors que les regards se tournaient jeudi vers Bernard et Alexandre Arnault, tous deux comptés parmi les invités du banquet d’État réunissant Donald Trump et Xi Jinping, le groupe doit surtout composer avec une demande internationale qui tarde à se raffermir, en particulier aux États-Unis et en Asie.
Sur le front de la cote, l’action a terminé la séance de vendredi à 400,10 euros, pour une progression symbolique de 0,06 % sur la journée. Un sursaut modeste au regard du mouvement de fond : depuis le début de l’année, le titre abandonne 37 % de sa valeur. Le plancher annuel a d’ailleurs été touché mercredi, à 395,05 euros, un plus bas de 52 semaines.
Un avertissement sectoriel qui pèse sur la tendance
Le coup de froid ne date pas d’hier. Il y a un peu plus de trois semaines, le bureau d’analyse Bernstein a revu à la baisse ses prévisions pour l’ensemble du secteur du luxe. Depuis cette révision, LVMH a cédé 7,7 %. Selon Reuters, le groupe affronte même une aggravation de la morosité à l’occasion des grands rendez-vous professionnels de Milan et de Paris. À la langueur générale de la consommation s’ajoute le conflit au Proche-Orient, qui pèse sur le moral des acheteurs du segment premium à l’échelle planétaire.
Cette défiance s’est traduite concrètement dans la hiérarchie boursière française. À la mi-janvier, LVMH a perdu son statut de première capitalisation de la place de Paris, cédant la place à L’Oréal. Le mouvement illustre à lui seul le changement de régime pour un secteur longtemps porté par une croissance ininterrompue.
Les analystes ajustent leurs positions
Mardi, RBC Capital Markets a abaissé sa recommandation sur le dossier, passant de « Outperform » à « Sector Perform », avec un objectif de cours ramené à 475 euros. La banque invoque une demande de luxe moins vigoureuse et des pressions macroéconomiques persistantes. D’autres observateurs partagent cette prudence. L’analyste de Morningstar Jelena Sokolova souligne notamment que LVMH se fait désormais distancer par plusieurs concurrents dans le segment clé de la mode et de la maroquinerie.
Le contexte général n’aide en rien : tensions géopolitiques au Moyen-Orient, renchérissement du pétrole, inflation tenace et nette réserve des clientèles chinoises. Ce marché, longtemps moteur fiable de la croissance du luxe, reste englué dans une phase de refroidissement.
Réorganisation de la holding familiale
Pendant que la Bourse s’interroge, la famille fondatrice avance ses pions. Mercredi, les Arnault ont annoncé la fusion de leur holding Agache avec Christian Dior. L’opération doit aboutir à une nouvelle entité Agache détenant directement 49,76 % du capital de LVMH et 65,55 % des droits de vote. La finalisation est visée pour décembre, avec à la clé une offre publique visant les 2,44 % résiduels de Christian Dior.
En parallèle, un dossier ancien refait surface. D’après Reuters, LVMH aurait conclu en 2002 un accord portant sur l’achat de titres détenus par Nicolas Puech, héritier de la famille Hermès. Une version qui contredit un document judiciaire de juin, dans lequel le groupe affirmait n’avoir jamais cherché à acquérir ce bloc d’actions. Toujours selon Reuters, au moins 20 millions de dollars de frais et commissions auraient été versés entre 2001 et 2009 à la société du gestionnaire de patrimoine de Nicolas Puech. Par ailleurs, le groupe a déposé mardi auprès de l’Autorité des marchés financiers une déclaration relative à des transactions sur titres réalisées la semaine précédente.
Le dernier trimestre en ligne de mire
Pour les investisseurs, l’équation reste simple à énoncer mais difficile à trancher : la reprise de la consommation en Asie conditionne largement le retour des groupes européens du luxe à leurs rythmes de croissance d’antan. Sans impulsion nouvelle sur ces marchés clés, la prudence devrait continuer de dominer, et les interrogations sur le niveau futur des marges du secteur restent entières.
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