Les chiffres du troisième trimestre 2026 sont tombés le 12 octobre, et c’est peu dire qu’ils ont refroidi les investisseurs. Si le chiffre d’affaires du groupe a atteint 18,5 milliards d’euros sur la période, la croissance organique n’a pas dépassé 1 %, là où le consensus attendait 1,3 %. Un écart mince en apparence, mais qui masque une fracture bien plus profonde entre les différentes activités du géant du luxe.
Car c’est du côté de la mode et de la maroquinerie que le bât blesse. Le pôle a vu ses ventes organiques reculer de 5 %, alors que les analystes tablaient sur un repli limité à 1,8 %. Un trou d’air que Reuters attribue à la dégradation du moral des consommateurs chinois, qui pèse directement sur Louis Vuitton et Dior. La direction, de son côté, parle d’un environnement « moins dynamique » en Chine, tout en soulignant une bonne tenue des affaires aux États-Unis, en Europe et au Japon. Des trajectoires régionales qui divergent, donc.
Les métiers périphériques sauvent la mise
Face à ce trou d’air, les autres divisions font office de amortisseurs. L’horlogerie et la joaillerie ont progressé de 6 % en organique, tandis que la distribution sélective a enregistré une hausse de 8 %. Sur l’ensemble des neuf premiers mois, le groupe affiche un chiffre d’affaires de 57,1 milliards d’euros. Autant de contributions positives qui n’effacent toutefois pas la contre-performance du cœur de métier historique du groupe.
La réaction des bureaux d’analyse ne s’est pas fait attendre. Dès le 13 octobre, JPMorgan a lu dans ce raté sur la mode un signal de pression persistante sur l’ensemble du secteur du luxe, en pointant du doigt la faiblesse de la demande chinoise. Citi, de son côté, a abaissé son objectif de cours de 568 à 530 euros il y a une quinzaine de jours, sans pour autant renoncer à sa recommandation d’achat. Une manière de réviser la valorisation tout en maintenant la confiance dans le titre.
Une actualité qui ne dit rien de la demande
Pendant que les marchés digéraient ces chiffres, LVMH a déposé le 13 octobre auprès de l’AMF une déclaration relative à ses rachats d’actions propres, portant sur la période du 13 au 16 octobre. Un document réglementaire qui n’a évidemment aucun lien avec la conjoncture commerciale, mais qu’il convient de ne pas confondre avec les résultats : les mouvements sur le capital et la demande pour les produits du groupe répondent à des logiques distinctes.
Autre actualité parallèle, plus préoccupante sur le terrain : selon les informations du Monde publiées lundi, les vitrines de la boutique Louis Vuitton de l’avenue Montaigne ont dû être sécurisées après avoir été brisées lors de débordements liés à des manifestations. Le magasin Celine, lui, a été entièrement pillé. Des dégâts matériels concrets dans le réseau de détail, dont le coût financier pour le groupe reste impossible à chiffrer.
Sur un tout autre registre, LVMH a achevé la sixième édition de ses Journées Particulières, trois jours durant lesquels les maisons du groupe ont ouvert leurs portes au public. D’après les médias, 45 maisons réparties sur 71 sites dans 13 pays y ont participé. Le groupe a mis en avant, à l’issue de l’événement, la qualité des échanges avec les visiteurs et leur curiosité pour les savoir-faire artisanaux. Une opération d’image et de fidélisation qui contraste avec la tonalité des résultats publiés quelques jours plus tôt — sans pour autant constituer le moindre indice d’une reprise des ventes.
Pour les investisseurs, l’équation reste donc simple à énoncer mais délicate à trancher : le dynamisme commercial du groupe et la faiblesse de la demande en maroquinerie constituent deux signaux qu’il faut continuer d’évaluer séparément. La valorisation des marques et la mise en valeur de leurs ateliers ne remplacent pas un redressement des ventes là où elles ont déçu.
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