Le géant du luxe avance sur deux tableaux simultanément. D’un côté, il renforce ses capacités de production en Italie et soutient ses fournisseurs français ; de l’autre, la famille fondatrice réorganise en profondeur la détention de son capital. Le tout dans un contexte boursier qui reste franchement morose.
Un nouveau pôle de tricotage pour Loro Piana
C’est à Ghemme, dans le Piémont italien, que la maison Loro Piana a inauguré le 29 septembre un centre dédié à la maille. Le site s’étend sur 8 000 mètres carrés et réunit sous un même toit plusieurs étapes de fabrication, assorties de programmes de formation aux métiers artisanaux traditionnels. Objectif affiché : préserver et transmettre des savoir-faire menacés, tout en sécurisant la chaîne de production sur le long terme.
Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de consolidation du réseau d’approvisionnement. Le 21 septembre, LVMH a ainsi scellé un partenariat avec Bpifrance. Baptisé « LIFE 360 Business Partners », le programme vise à accompagner les petites et moyennes entreprises françaises du secteur dans leur adaptation au changement climatique. Huit jours plus tard, le groupe déposait auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) une déclaration relative à des opérations sur ses propres actions, sans toutefois en préciser les montants.
Agache et Dior : une fusion attendue pour décembre
Sur le front capitalistique, le dossier est autrement plus structurant. Selon Reuters, la holding Agache doit fusionner avec Christian Dior, donnant naissance à une nouvelle entité Agache qui détiendra 49,76 % du capital de LVMH. La même structure concentrera 65,55 % des droits de vote. L’opération prévoit par ailleurs une offre publique portant sur les 2,44 % du capital de Christian Dior encore hors du giron d’Agache. La finalisation est espérée pour le mois de décembre.
Ce remaniement vise à clarifier l’architecture de contrôle de la famille Arnault, en regroupant ses leviers entre les mains d’une seule structure. Il intervient alors que le groupe multiplie les rachats d’actions : une première déclaration à l’AMF avait été déposée pour la semaine de bourse précédente, une seconde, le mardi suivant, couvrant la semaine écoulée.
RBC abaisse sa recommandation, le titre sous pression
Le climat général n’incite guère à l’optimisme. Reuters évoque des vents contraires sectoriels, parmi lesquels les répercussions du conflit au Proche-Orient. Le 22 septembre, RBC Capital Markets a dégradé le titre de « Outperform » à « Sector Perform », ramenant son objectif de cours à 475 euros. Les analystes invoquent une conjoncture macroéconomique affaiblie et une demande de luxe atone, susceptible de peser sur la croissance jusqu’à l’exercice 2027.
La sanction boursière est tangible. Jeudi dernier, l’action LVMH a terminé la séance à 382,65 euros, en repli de 1,9 % sur la journée. Depuis le 1er janvier, la chute atteint 40 %. Le titre évolue par ailleurs tout près de son plus bas sur douze mois, établi à 377,35 euros, avec une dernière cotation relevée à 381,75 euros.
Deux lectures opposées d’un même dossier
Pour les partisans d’une reprise, la refonte de la holding constitue un point d’appui. Une mainmise familiale incontestée apporterait de la stabilité stratégique, tandis que les rachats d’actions réduisent le flottant et peuvent soutenir le bénéfice par action. Un bouclage sans accroc de la fusion en décembre renforcerait la confiance des investisseurs institutionnels et ouvrirait la voie à une réévaluation.
Les sceptiques y voient au contraire une manœuvre défensive, destinée avant tout à sanctuariser la prééminence familiale sans apporter d’élan opérationnel. Dans ce scénario, ni le regroupement des droits de vote ni les emplettes du groupe sur son propre titre ne suffiraient à enrayer l’érosion de la demande. Les investisseurs pourraient reléguer l’opération au rang de simple formalité, laissant la pression vendeuse intacte.
Le seuil des 377 euros, ligne de partage
Techniquement, la zone des 377,35 euros fait office de dernier rempart. Tant qu’elle tient, une stabilisation progressive demeure envisageable ; une rupture durable de ce plancher exposerait le titre à une poursuite immédiate de la dérive et raviverait la pression sur la direction comme sur l’actionnaire de référence. D’ici la finalisation de la fusion Agache-Dior en décembre, les investisseurs scruteront surtout les publications hebdomadaires de l’AMF sur les transactions sur actions propres, ainsi que d’éventuelles communications intermédiaires de la famille Arnault.
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