Le titre LVMH gagne 2,0 % ce lundi, mais l’embellie boursière ne doit rien à un signal acheteur fraîchement délivré par la place. C’est même l’inverse : TD Cowen a initié samedi la couverture du dossier avec un avis « conserver », sans appel du pied aux acheteurs. La maison de courtage n’a d’ailleurs livré aucun élément laissant penser qu’elle anticipe une amélioration de fond des affaires. Et il serait hasardeux de voir dans cette recommandation l’origine de la hausse du jour : aucun lien de cause à effet n’est établi entre la nouvelle évaluation et le mouvement du cours.
Un troisième trimestre solide en apparence
Sur le plan des comptes, le groupe a dévoilé pour le troisième trimestre 2026 un chiffre d’affaires de 18,5 milliards d’euros, assorti d’une croissance organique de 1 %. Un chiffre qui masque toutefois de forts contrastes entre les métiers. La mode et la maroquinerie ont vu leurs ventes reculer de 5 % en organique, et la pression sur la demande de luxe en provenance de Chine, documentée par les médias, continue de peser. Le jugement de TD Cowen colle à cette réalité en demi-teinte : la progression d’ensemble du groupe constitue un point positif, mais elle n’efface pas la faiblesse du pôle mode-maroquinerie, et l’on ne saurait en déduire un redressement généralisé.
À ce tableau s’ajoute un feuilleton judiciaire qui refait surface. Selon les révélations du Monde parues jeudi, les enquêteurs français se penchent sur le rôle éventuel du groupe dans un présumé détournement d’actions Hermès. Le dossier gravite autour des titres détenus par Nicolas Puech, héritier de la maison Hermès. Le magistrat instructeur compétent envisagerait de convoquer Bernard Arnault — une convocation à venir, à ne pas confondre avec une audition déjà tenue. LVMH, qui s’est refusé à tout commentaire sur une procédure en cours, conteste toute implication dans une fraude. La nuance est de taille : le quotidien décrit l’examen d’un rôle possible, non une décision de justice établissant une responsabilité. Les accusations méritent d’être prises au sérieux, sans pour autant être tenues pour des faits avérés ; à l’inverse, le démenti du groupe ne clôt pas l’instruction, et la convocation annoncée ne préjuge en rien de son issue.
Armani, Muelas et Zenith : trois chantiers distincts
L’actualité ne s’arrête pas là. Un article publié samedi évoque Giorgio Armani SpA : les héritiers de la maison italienne étudieraient LVMH, L’Oréal et EssilorLuxottica comme acquéreurs potentiels d’une participation de 15 %. Pour le groupe français, il s’agit à ce stade d’une piste, pas d’une opération actée — aucune cession n’a été annoncée. Gardons-nous donc d’y voir une expansion décidée ou un relais de croissance garanti.
Côté organisation, LVMH a annoncé mercredi un remaniement chez Louis Vuitton : Hector Muelas a été nommé Chief Brand Creative Officer avec effet à la date de dimanche. Ses attributions couvrent les campagnes de la marque, leur déclinaison créative et la production de contenus. Une décision qui touche à l’image extérieure de la maison, donc à l’opérationnel, sans constituer la preuve d’une amélioration déjà acquise de l’activité.
Enfin, chez Zenith, la réflexion porte sur un éventuel plan de réduction d’effectifs lié à un repositionnement stratégique. Reuters rapportait le 23 octobre la proposition de miser davantage sur l’horlogerie haut de gamme. Jusqu’à 100 postes seraient concernés au site du Locle, auxquels s’ajouteraient environ 100 fonctions internationales. Aucune décision ne pourra être prise avant la fin de la consultation des salariés, fixée au 12 novembre : le projet reste donc une hypothèse, non un plan arrêté.
Pour l’investisseur, la ligne de partage est nette : la recommandation de TD Cowen est un fait acquis, une éventuelle entrée au capital d’Armani demeure une possibilité ouverte, et la procédure judiciaire suit son cours indépendamment des ajustements internes. La hausse du jour ne modifie ni cette hiérarchie, ni les trajectoires divergentes des différents métiers du groupe.
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