Deux dossiers sans rapport apparent occupent Nvidia cette semaine. D’un côté, Melius Research a ramené son objectif de cours de 420 à 315 dollars, soit une réduction de 25 %, sans pour autant abandonner sa recommandation d’achat. De l’autre, Pékin a qualifié de « diffamation sans fondement » un article évoquant une présumée opération d’espionnage visant Jensen Huang, le patron du groupe.
Le financement de l’IA, nouvelle variable d’ajustement
Ce que sanctionne Melius n’est pas la trajectoire commerciale de Nvidia, mais le prix que l’investisseur doit consentir pour y participer. Le cabinet continue de voir une opportunité d’achat ; il abaisse simplement son référentiel de valorisation. Carl Quintanilla, animateur sur CNBC, a relayé sur X l’argument central du broker : une vague d’émissions de titres à venir. Au moins cinq sociétés capitalisant chacune plus d’un billion de dollars devraient lever des centaines de milliards de dollars. Cette offre massive constitue, aux yeux de Melius, le principal risque.
La préoccupation dépasse donc le cadre des publications trimestrielles. Pour Nvidia, la question est de savoir si les grands opérateurs d’infrastructures d’IA peuvent financer leur déploiement et poursuivre leurs investissements programmés. Une recommandation positive n’exclut pas ce type d’aléa. La révision ne concerne d’ailleurs pas le seul fabricant de puces : Melius a également abaissé ses objectifs sur plusieurs autres valeurs des semi-conducteurs et de l’infrastructure, signe d’une réévaluation plus large du cycle d’investissement dans l’IA plutôt que de réserves propres à l’entreprise.
Des dépenses élevées, atout et fardeau
Le titre a déjà perdu 11 % sur les trente derniers jours, ce qui traduit un regard plus circonspect du marché. La baisse des flux de trésorerie disponibles chez les grands groupes technologiques a renforcé l’interrogation sur la durée pendant laquelle ceux-ci pourront soutenir un déploiement aussi coûteux. Pour Nvidia, le risque est immédiat : un coup de frein sur les capex des grands fournisseurs de cloud pèserait sur les commandes de processeurs. Des dépenses élevées alimentent la demande, mais accroissent dans le même temps les besoins de financement des clients.
Tous les bureaux d’analyse ne partagent pas ce pessimisme. UBS continue de considérer les investissements dans l’IA comme un moteur positif des rendements boursiers mondiaux l’an prochain, tout en anticipant une volatilité durable. À l’approche prudente de Melius répond donc une confiance maintenue dans le cycle.
Le 17 novembre comme juge de paix
Le prochain test concret tombera le 17 novembre, après la clôture. Nvidia vise pour son troisième trimestre un chiffre d’affaires de 108 milliards de dollars, avec une marge d’incertitude de ±2 %. Les analystes tablent, selon un rapport de Yahoo Finance, sur environ 109 milliards pour la période concernée, et sur près de 124 milliards pour le trimestre de janvier suivant. La barre reste haute : au-delà de l’atteinte de ses propres prévisions, c’est la visibilité offerte sur la suite qui sera scrutée, à l’aune des inquiétudes de financement.
Pékin et Singapour contestent les récits d’enquête
En parallèle, la distinction entre soupçons de renseignement, investigations en cours et faits établis devient essentielle pour les investisseurs. Aucune preuve publique d’une implication de Jensen Huang n’existe à ce stade. Selon le New York Times, les services de renseignement américains soupçonnaient Alice Huang, ancienne dirigeante de Megaspeed, d’avoir collecté des informations sur Nvidia pour le compte de la Chine. Elle aurait entretenu des liens étroits avec Jensen Huang — les deux ne sont pas apparentés. Les éléments rapportés n’établissent ni que le patron de Nvidia en était informé, ni qu’il ait transmis des informations sensibles.
Nvidia qualifie ces contacts de conversations commerciales ordinaires, les clients cloud régionaux n’ayant reçu que des informations générales sur l’activité. Un examen interne n’a par ailleurs révélé aucun transfert illégal de processeurs d’IA vers la Chine par Megaspeed, affirme le groupe. L’enjeu économique est loin d’être anecdotique : une société sœur malaisienne de Megaspeed a acquis, entre juin 2024 et février 2026, au moins 4,8 milliards de dollars d’équipements d’IA intégrant de la technologie Nvidia, toujours selon le quotidien américain. Ces achats ne prouvent pas en soi une réexpédition prohibée.
Singapour a de son côté démenti un article du Wall Street Journal : ni le gouvernement ni les autorités n’ont enquêté sur Alice Huang pour des liens présumés avec des services chinois, et aucune inquiétude de ce type n’a été exprimée. Le démenti ne signifie pas l’absence totale d’investigations : la police avait confirmé vendredi des enquêtes en cours autour de Megaspeed, sans autre précision. La cité-État rappelle qu’elle n’applique pas les contrôles à l’exportation étrangers unilatéraux, tout en assurant ne pas tolérer leur contournement.
Pression politique et prudence de mise
Sur le front politique, la sénatrice américaine Elizabeth Warren a demandé à Jensen Huang et au conseil d’administration de Nvidia de s’exprimer devant le Congrès — une requête qui ne vaut pas audition confirmée. Donald Trump souhaite examiner les accusations de près et conserver Huang au sein du conseil présidentiel pour la science et la technologie, sauf éléments contraires. Pour les actionnaires, le risque réside pour l’instant dans l’incertitude politique et réglementaire : les démentis ne dissipent pas les zones d’ombre, mais les soupçons rapportés ne permettent pas davantage de tenir une complicité de Huang ou des transferts illégaux de puces pour acquis.
Publicité
Actions Nvidia: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Nvidia et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Nvidia entièrement gratuite : En savoir plus ici !

