L’écart entre la performance boursière et la réalité comptable n’a jamais été aussi flagrant chez Micron. Le titre du fabricant de mémoires a clôturé à 839,90 euros mercredi, en recul de 1,51 % sur la séance, après avoir pourtant bondi de 12,44 % sur une semaine. Ce contraste illustre la nervosité qui règne autour d’une valeur dont le cours reste 24 % sous son plus haut annuel de 1 103,80 euros atteint fin juin. Mais ceux qui ne regardent que le graphique passent à côté de l’essentiel : les fondamentaux n’ont jamais été aussi solides.
Un trimestre qui pulvérise tous les records
Les résultats du troisième trimestre de l’exercice 2026, clos le 28 mai, donnent le vertige. Micron a dégagé un chiffre d’affaires de 41,46 milliards de dollars, soit une progression de 345,8 % sur un an – l’autre source mentionne 346 %, une différence marginale qui ne change rien à l’ampleur du bond. Le bénéfice ajusté par action atteint 25,11 dollars, très au-dessus des 20 dollars attendus par les analystes. La marge brute ajustée a grimpé à 84,9 %, portée par une demande explosive en DRAM et NAND, dont les ventes ont respectivement bondi de 343 % et 361 %.
Le quatrième trimestre s’annonce encore plus flamboyant : Micron table sur un chiffre d’affaires d’environ 50 milliards de dollars, une marge brute de 86 % et un bénéfice par action de 31 dollars. Ces prévisions ont pris de court le consensus, d’autant que le groupe a révélé avoir signé 16 contrats d’approvisionnement à long terme avec des clauses « take-or-pay », représentant un volume total de 22 milliards de dollars. Dans l’industrie des semi-conducteurs, un tel niveau de visibilité sur les revenus est inédit.
Le HBM, moteur d’une transformation structurelle
Le cœur de cette mutation, c’est la mémoire à large bande passante (HBM). Micron assure que la montée en cadence de son HBM4 s’effectue deux fois plus vite que celle du HBM3E, et que l’intégralité de sa capacité HBM pour 2026 est déjà vendue. Les analystes de Bank of America, qui ont relevé leur objectif de cours à 1 550 dollars et inscrit le titre dans leur « US 1 List », estiment que le marché du HBM passera de 35 milliards de dollars en 2025 à 246 milliards en 2030, soit une multiplication par sept. KeyBanc est encore plus optimiste, avec une cible à 1 750 dollars, justifiée par une pénurie persistante de mémoires.
JPMorgan qualifie le récent repli du titre d’opportunité d’achat, tandis que Morgan Stanley, par la voix de Joseph Moore, y voit une chance dans un contexte où la mémoire constitue un goulot d’étranglement pour toute la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle. Le Roundhill Memory ETF, suivi par Moore, était brièvement entré en marché baissier avant de se redresser – un schéma qui semble se reproduire à plus petite échelle sur Micron.
Le signal d’alarme venu de TrendForce
La douche froide est venue du cabinet d’études TrendForce, qui a prévenu que les tensions d’approvisionnement en NAND Flash pourraient se résorber à partir du second semestre 2027. La normalisation de la demande liée à l’IA, combinée à la conversion des lignes de production vers des générations plus denses et à l’augmentation des capacités des fournisseurs chinois, devrait progressivement détendre le marché. Cette perspective a immédiatement pesé sur Micron et ses concurrents SanDisk, Western Digital, Seagate et SK Hynix.
À court terme, les prix spot du DRAM restent solides : le module DDR4-1Gx8 à 3 200 mégatransferts par seconde a progressé de 3,27 % à 41,1 dollars, soutenu par la demande de produits de marque. Mais l’alerte de TrendForce rappelle que le régime de pénurie actuel n’est pas éternel.
Un titre volatil, mais porté par des fondamentaux solides
Sur trente jours, l’action Micron a cédé près de 20 %, une baisse qui évoque la panique. Elle se relativise pourtant : le titre ne se situe qu’à 1,61 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 séances, établie à 835,73 euros – un niveau que les investisseurs institutionnels interprètent souvent comme un support. Sur douze mois, le gain atteint encore 813,71 %, et depuis le début de l’année, 236,85 %.
La volatilité annualisée à trente jours, de 104,70 %, témoigne de l’extrême nervosité du titre. Les investisseurs orientés revenus ont toutefois perçu un dividende trimestriel de 0,15 dollar par action le 6 juillet. Le consensus des analystes de Wall Street fixe un objectif de cours moyen équivalent à 1 307,26 euros, soit un potentiel de 53,9 % par rapport au cours actuel.
Reste une ombre au tableau : des initiés ont vendu pour plus de 100 millions de dollars d’actions au cours des vingt-quatre derniers mois, un signal que certains observateurs jugent préoccupant. Quant à l’éventualité d’un fractionnement du titre, évoquée dans des commentaires de marché, elle n’a à ce stade fait l’objet d’aucune confirmation officielle.
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