Un bond de 17 % en une séance, et pourtant l’action reste à 31 % de son sommet historique. Le paradoxe Micron résume à lui seul l’état d’incertitude qui règne sur le marché de la mémoire. Le titre, qui s’échangeait à 761,10 euros après la clôture de jeudi, a mis fin à quatre séances de chute consécutives qui lui avaient coûté près d’un quart de sa valeur. Mais ce rebond spectaculaire, aussi violent que la chute qui l’a précédé, ne dissipe pas les doutes fondamentaux qui pèsent sur le secteur.
L’élément déclencheur vient de Séoul. Samsung Electronics a publié des résultats records pour le deuxième trimestre 2026, avec un chiffre d’affaires de 171,5 billions de wons et un bénéfice opérationnel de 89,5 billions de wons — une multiplication par 18 par rapport à l’année précédente. Plus important encore pour les investisseurs de Micron : le géant sud-coréen a averti que le déséquilibre entre l’offre et la demande de puces mémoire devrait se creuser en 2027 et persister au moins jusqu’en 2028. Un signal de pricing power durable qui a immédiatement profité à l’ensemble du secteur, SanDisk, Western Digital et Seagate grimpant également en Bourse.
Ce mouvement haussier a été amplifié par Microsoft. Le groupe de Redmond a publié des résultats montrant une croissance de 43 % d’Azure, tandis que son budget d’investissement s’est révélé inférieur aux craintes du marché. De quoi apaiser les inquiétudes d’un ralentissement des dépenses des grands fournisseurs de cloud, clientèle clé de Micron.
Une volatilité à 116 % annualisée
La nervosité du titre est devenue structurelle. Avec une volatilité annualisée sur 30 jours de 116 %, l’action Micron réagit désormais au moindre signal, qu’il vienne des prix spot de la mémoire, des décisions de la Fed ou des mouvements de la concurrence chinoise. Le RSI, à 45,9, indique que le marché digère encore la chute de 16,86 % enregistrée sur les trente derniers jours, malgré le rebond récent.
La baisse des quatre séances précédentes avait été provoquée par deux facteurs principaux. D’une part, l’introduction en Bourse du fabricant chinois CXMT à Shanghai, dont l’action a bondi de plus de 500 % le jour de ses débuts, a ravivé les craintes d’une concurrence accrue sur le marché DRAM. La société a levé environ 8,5 milliards de dollars lors de cette opération. D’autre part, la décision de la Réserve fédérale de maintenir ses taux inchangés, malgré trois voix dissidentes, a pesé sur les valeurs technologiques sensibles aux taux d’intérêt.
L’analyste Alastair Pinder, chez HSBC, estime que la volatilité récente s’explique principalement par la crainte que les grands fournisseurs de cloud n’investissent trop dans l’IA — un scénario qui, paradoxalement, profite à Micron en tant que fournisseur. La concurrence chinoise ne représenterait qu’une part minoritaire des fluctuations.
22 milliards de dollars de contrats verrouillés
Malgré les secousses, les fondamentaux industriels restent solides. Micron a conclu 16 accords clients à long terme représentant un volume total d’environ 22 milliards de dollars. Les générations HBM3E et HBM4 sont déjà entièrement allouées jusqu’en 2027. Les livraisons de HBM4 pour la plateforme Vera-Rubin de Nvidia ont débuté en mars 2026, avec un rythme deux fois supérieur à celui du HBM3E 12-High et des rendements supérieurs aux attentes.
Le management prévoit une augmentation significative des investissements pour l’exercice 2027, avec des dépenses liées à la construction en hausse de plus de 10 milliards de dollars par rapport à l’année précédente, afin d’augmenter les capacités HBM et DRAM. Le campus de New York, l’expansion de SK Hynix et la reprise de Samsung devraient ajouter des capacités quasi simultanément entre 2027 et 2028.
C’est précisément ce risque de surcapacité qui alimente le scénario baissier. Si l’efficacité des modèles d’IA s’améliore plus vite que la demande de puissance de calcul ne croît, la faiblesse de la demande pourrait coïncider avec le pic de l’offre nouvelle. L’histoire du marché est éloquente : deux mois consécutifs de baisse des prix contractuels du DDR5 ont historiquement précédé des corrections de 40 à 60 % sur les valeurs de la mémoire. Les rapports de prix de TrendForce deviennent ainsi le signal le plus surveillé par les analystes.
Un consensus optimiste mais prudent
Le cours de clôture de 761,10 euros reste nettement inférieur à la moyenne mobile à 50 jours, située à 852,10 euros, signe que la reprise n’a que partiellement comblé le vide laissé par la chute récente. Le consensus des analystes table sur un objectif de cours moyen de 1 307,96 euros, soit un potentiel de hausse de 72,3 %. Bank of America a même inscrit Micron sur sa liste d’actions américaines préférées.
L’investisseur JR Research a relevé sa recommandation de Conserver à Acheter après la baisse, invoquant une opportunité d’entrée attractive et des prix DRAM en hausse d’environ 30 % sur un trimestre. La cession d’actions par le PDG Sanjay Mehrotra le 24 juillet, pour un montant de 37,3 millions de dollars, a été jugée sans incidence par les analystes, puisqu’elle s’inscrivait dans le cadre d’un plan de vente automatisé mis en place en janvier.
La prochaine échéance cruciale sera la présentation détaillée du plan d’investissement 2027 par la direction de Micron, accompagnée de nouvelles informations sur l’allocation HBM4E. La confrontation entre ces annonces et les tendances réelles des prix sur le marché physique de la mémoire, telles que mesurées par TrendForce, déterminera si le rebond actuel est le début d’un nouveau cycle haussier ou une simple pause dans une correction plus profonde. La moyenne mobile à 200 jours, à 452,75 euros, reste en tout cas le repère baissier que les investisseurs gardent en mémoire.
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