Micron Technology affiche une capitalisation de 842,29 milliards d’euros et a verrouillé l’intégralité de sa production de mémoire HBM pour l’exercice 2026 par des contrats fermes. Pourtant, son action perd près de 32 % depuis son record du 25 juin – soit 25 % sur un seul mois – et le titre a clôturé vendredi à 746,30 euros. Le contraste entre le carnet de commandes et la trajectoire boursière n’a peut-être jamais été aussi flagrant.
Une correction sectorielle massive
Le repli ne se limite pas à Micron. Samsung, SK Hynix et l’ETF Roundhill Memory ont tous cédé plus de 20 % depuis leurs récents sommets, faisant basculer l’un des trades les plus suivis de 2026 en territoire baissier. Samsung a pourtant annoncé des bénéfices records dans la même période. L’ensemble du secteur des semi-conducteurs a perdu environ 1 500 milliards de dollars de valorisation depuis le 25 juin, dont près de 350 milliards imputables à Micron seul. Le Nasdaq Composite a reculé de 1,4 % sur la semaine, le S&P 500 de 1,6 %.
Des fondamentaux toujours au beau fixe
Au troisième trimestre fiscal, Micron a dégagé une marge brute de 84,9 %, inchangée par rapport au trimestre précédent. La demande en mémoire HBM – composant indispensable aux accélérateurs d’IA – reste si tendue que les analystes anticipent une pénurie jusqu’en 2027, voire 2028. Le management lui-même parle d’une offre « verrouillée » au-delà de 2027, une formulation inhabituellement claire dans une industrie cyclique. Micron a sécurisé seize contrats d’approvisionnement à long terme avec des clients hyperscale, et une partie significative de ses volumes DRAM et NAND est couverte par des accords irrévocables.
Morgan Stanley voit la mémoire comme le prochain goulot d’étranglement
Au cœur de la tempête boursière, Morgan Stanley a publié une analyse audacieuse : ce ne serait plus la puissance de calcul, mais la mémoire qui deviendrait le véritable goulot d’étranglement de l’industrie de l’IA. La banque estime que la part de la mémoire dans les dépenses d’infrastructure cloud passera de 12 % à 40 % d’ici 2030. Micron, qui a noué des contrats HBM de long terme avec des hyperscalers et étend sa production de DRAM optimisé pour l’IA, figure parmi les principaux bénéficiaires. À la différence des cycles passés (téléphones, PC), la demande IA promet des cycles plus longs et des prix plus stables. Reste que SK Hynix conserve une avance, avec plus de la moitié du marché du HBM avancé.
Des signaux d’alarme brouillés
Plusieurs facteurs ont alimenté la nervosité. L’annonce d’un relèvement du budget d’investissement de TSMC – de 52-56 milliards de dollars à 60-64 milliards pour 2026 – a suscité la crainte d’une compression des marges dans tout le secteur. Micron a perdu 3,2 % ce jour-là. Quelques jours plus tard, une nouvelle convention d’approvisionnement dans l’automobile, pourtant positive, s’est noyée dans le sell-off général : le titre a chuté de 5,7 %, la nouvelle sectorielle dominant toute information individuelle.
Par ailleurs, les ventes d’initiés chez Micron ont atteint leur plus haut niveau depuis 2010. Le directeur général Sanjay Mehrotra a cédé des actions dans le cadre d’un plan de trading 10b5-1 préétabli – une pratique routinière – mais l’ampleur des cessions alimente les interrogations.
Une consolidation technique dans un trend haussier intact
Techniquement, l’action se trouve en phase de respiration. Le RSI (14 jours) s’établit à 40,9, sans signal de survente, mais avec une marge de manœuvre dans les deux sens. Le cours se situe 9,74 % sous sa moyenne mobile à 50 jours. En revanche, il dépasse encore de 75,58 % sa moyenne à 200 jours (425,05 euros) – signe que la tendance longue reste intacte. La volatilité annualisée sur 30 jours atteint 102,88 %, un niveau que les habitués du titre connaissent bien.
Que disent les analystes ?
Le consensus des analystes reste à l’achat avec un objectif de cours moyen à 1 298,92 euros, soit un potentiel de hausse de 74 % par rapport au cours actuel. La prochaine publication trimestrielle de Micron n’aura pas lieu avant septembre. L’attention se tourne donc vers les résultats des hyperscalers, leurs commentaires sur les budgets d’investissement, et les données d’inflation de juin qui pourraient alléger les craintes de hausse des taux. La Fed (discours de Kevin Warsh) et le forum KeyBanc Capital Markets du 10 août – où le management de Micron doit intervenir – constituent les prochains rendez-vous susceptibles de faire bouger le titre. En attendant, le marché semble vouloir digérer une envolée de 196 % sur un an – une correction que beaucoup jugent mécanique, mais dont la durée dépendra de la confiance dans la soutenabilité de la demande d’IA.
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