Un contrat de sous-traitance qui dérape, des serveurs bourrés d’accélérateurs dernier cri détournés vers la Chine, et une question qui taraude la communauté financière : combien reste-t-il vraiment, dans les caisses de Nvidia, pour récompenser les actionnaires ? Voilà les deux dossiers qui occupent le devant de la scène autour du géant des puces.
Sur le front judiciaire, un prestataire a plaidé coupable aux États-Unis dans le cadre d’une procédure fédérale. Il lui est reproché d’avoir participé à une conspiration visant à exporter illégalement vers la Chine des serveurs équipés de processeurs Nvidia de très haute volée. L’acte d’accusation, relayé hier par l’agence Reuters, mentionne nommément des accélérateurs B200, H100 et H200. L’affaire illustre la difficulté persistante des autorités américaines à faire respecter les restrictions à l’exportation sur les technologies de pointe, alors que Washington surveille de près les transferts de puissance de calcul destinée à l’intelligence artificielle. Que des machines embarquant des architectures aussi avancées se retrouvent au cœur d’un aveu de culpabilité dit assez l’appétit mondial pour ces composants.
Le marché hausse les épaules
La Bourse, elle, n’a pas bronché. Vendredi, le titre a terminé la séance européenne sur un repli anecdotique de 0,4 %, à 204,80 euros. Le cours évolue ainsi à quelque 5,2 % sous son plus haut historique de 216,10 euros, touché mardi. Les investisseurs semblent donc regarder ailleurs — et notamment du côté des partenariats industriels.
Les affaires continuent en effet de tourner à plein régime. Selon des informations de presse, SpaceX chercherait à lever un financement préliminaire de 40 milliards de dollars pour s’offrir des puces Nvidia. Le montage reposerait sur environ 10 milliards de dollars de crédits bancaires et près de 30 milliards de dollars d’obligations notées investment grade, sans garantie que l’opération aboutisse. En parallèle, Microsoft a dévoilé mercredi son Surface Laptop Ultra, bâti autour des puces RTX Spark de Nvidia, dont la commercialisation est annoncée pour le 16 octobre. Et jeudi, le groupe a promis 1 milliard de dollars étalés sur cinq ans à la recherche scientifique américaine, en particulier dans le quantique, la santé et la sécurité énergétique.
Le débat qui fâche : 69,9 ou 21,7 milliards ?
C’est pourtant une autre équation qui agite les analystes. Nvidia a relevé son autorisation de rachat d’actions, mettant en avant les retours aux actionnaires après déduction des « usages stratégiques ». Une nuance de taille : le groupe distingue le cash-flow libre affiché des sommes réellement mobilisables une fois les autres arbitrages d’investissement effectués. Le montant du programme de rachat, à lui seul, ne dit donc rien du financement.
Sur le premier semestre considéré, les rapports font état d’un cash-flow libre officiel de 69,9 milliards de dollars. En intégrant des postes supplémentaires, le montant recalculé tombe à environ 21,7 milliards de dollars — soit une contraction d’à peu près 69 % selon cette lecture alternative. Il ne s’agit pas d’un nouvel indicateur publié par l’entreprise, mais d’un éclairage différent sur la marge de manœuvre disponible pour les restitutions aux actionnaires.
Parmi les éléments retenus figurent 35,2 milliards de dollars de sorties nettes liées aux participations, 4,5 milliards de dollars de taxes sur les actions attribuées aux salariés, et environ 9 milliards de dollars de rachats destinés à compenser la rémunération en titres. Ces postes n’ont pas la même nature : les prises de participation immobilisent des fonds hors du métier courant, tandis que les rachats anti-dilution visent à neutraliser l’effet des attributions d’actions — ils ne réduisent donc pas le nombre de titres en circulation comme le ferait un rachat classique. Qui juge l’ensemble des retours aux actionnaires doit garder cette distinction en tête.
À cela s’ajoute un élément de financement : sur la même période, Nvidia a levé 24,9 milliards de dollars de dette à long terme. Cela ne signifie pas pour autant que le programme de rachat soit intégralement financé par l’emprunt. Tout est affaire d’articulation entre les liquidités dégagées par l’exploitation, les investissements stratégiques et les restitutions de capital.
Le mur des attentes
Wall Street, de son côté, table sur un cash-flow libre supérieur à 330 milliards de dollars pour l’exercice 2028 de Nvidia. Une projection, pas un acquis. La poursuite des investissements stratégiques pourrait encore rogner la part effectivement disponible pour les actionnaires. Le point de vigilance ne se limite donc pas à la croissance du cash-flow affiché : il porte aussi sur ce qui subsiste après les dépenses stratégiques, et sur la portion de rachats qui ne fait que compenser la dilution. Le vaste programme annoncé traduit une volonté de restitution, sans pour autant garantir qu’il sera mené à son terme ni que l’ensemble des fonds proviendra de l’activité courante.
Publicité
Actions Nvidia: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Nvidia et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Nvidia entièrement gratuite : En savoir plus ici !

