À 4 506 dollars l’once, l’or navigue en territoire incertain. Le métal précieux a gagné près de 1 % jeudi, porté par un dollar affaibli et le reflux des rendements obligataires, mais il reste sous la menace d’un resserrement monétaire américain. En une semaine, le repli atteint 1,40 % ; sur un mois, 3,76 %.
Les marchés du travail et des services livrent des signaux contradictoires qui placent la Réserve fédérale face à un dilemme. D’un côté, le rapport ADP a fait état de 122 000 créations d’emplois dans le secteur privé en mai, un chiffre supérieur aux 109 000 d’avril et légèrement au-dessus du consensus de 118 000. De l’autre, les inscriptions hebdomadaires au chômage ont bondi à 225 000, contre 215 000 attendues, suggérant un certain ralentissement. Le rapport officiel de vendredi est très attendu : le marché table sur 85 000 nouvelles embauches et un taux de chômage stable à 4,3 %.
Ce flou entretient les anticipations de taux. Selon l’outil CME FedWatch, la probabilité d’une hausse des taux directeurs en décembre s’élève désormais à 42 %. Un scénario renforcé par l’enquête ISM sur les services, qui montre que les prix payés par les prestataires américains ont grimpé à leur plus haut niveau depuis 2022, tirés par le coût des produits pétroliers et des matières premières. Pour l’or, qui ne génère aucun revenu courant, la perspective de rendements plus élevés alourdit le coût d’opportunité de la détention.
Pourtant, plusieurs vents contraires viennent alléger cette pression. La diplomatie au Proche-Orient a pris un tour inattendu : des rapports font état d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban, tandis que la Chambre des représentants américaine a adopté une résolution contre la poursuite de la guerre avec l’Iran. Ces signes d’apaisement ont affaibli le dollar – bonnes nouvelles pour les acheteurs hors zone dollar – et fait plonger les cours du pétrole de plus de 3 %, sur fond d’espoir d’une réouverture du détroit d’Ormuz. La fragilité persiste toutefois : le Hezbollah rejette pour l’instant les conditions de la trêve.
Sous la surface, la demande structurelle des banques centrales continue d’ancrer le marché. Au premier trimestre, les achats nets mondiaux ont atteint 244 tonnes, selon le World Gold Council. En avril, la Chine a ajouté environ 8 tonnes à ses réserves, portant à 18 mois sa séquence d’acquisitions – le plus fort volume mensuel depuis décembre 2024. Au total, les banques centrales ont acheté 17 tonnes nettes le mois dernier, emmenées par la Pologne et la Chine. La raison profonde ? Le gel d’environ 300 milliards de dollars d’avoirs russes en 2022 a convaincu nombre d’États que l’or physique, hors de portée des sanctions, est un rempart souverain.
Les analystes de Goldman Sachs prévoient que ces achats s’accélèrent, atteignant en moyenne 60 tonnes par mois, et maintiennent leur objectif de cours à 5 400 dollars pour fin 2026. Metals Focus se montre plus prudent, anticipant une baisse de 2 % de la demande globale cette année, principalement en raison des faiblesses du secteur bijoutier et des achats officiels. Mais le cabinet table néanmoins sur un marché haussier au second semestre.
Techniquement, l’once évolue à environ 20 % sous son record du 29 janvier 2026 à 5 626,80 dollars. Elle reste sous sa moyenne mobile à 50 jours, fixée à 4 640,59 dollars, tandis que le RSI, à 43,9, indique une faiblesse mais pas de survente. Le prochain catalyseur sera le rapport officiel sur l’emploi américain : un marché du travail vigoureux prolongerait la pression haussière sur les taux ; un chiffre décevant pourrait ouvrir la voie à un franchissement des 4 640 dollars. En attendant, les banques centrales continuent d’offrir un plancher bien réel.
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