Le marché de l’or vit un curieux paradoxe. Alors que le métal jaune se maintient au-dessus des 4 000 dollars l’once, deux mondes s’opposent frontalement sur la direction à venir. D’un côté, les particuliers affichent un optimisme débordant ; de l’autre, les experts de Wall Street restent résolument prudents. Cette fracture pourrait bien annoncer une volatilité accrue dans les séances à venir.
Lundi, l’once s’échangeait aux alentours de 4 053,7 dollars, après une clôture vendredi à 4 055,70 dollars — un gain modeste de 0,08 % sur la journée. Sur la semaine, la progression atteint 1,09 %, mais le repli mensuel reste marqué avec une baisse de 1,17 %. Depuis le début de l’année, le bilan est encore plus lourd : le métal jaune accuse un recul de 6,40 %.
Une semaine agitée avant la décision de la Fed
La semaine précédente a été marquée par des oscillations violentes. L’once a ouvert à 4 015,83 dollars, plongé brièvement à 3 982,32 dollars avant de rebondir jusqu’à un sommet hebdomadaire de 4 165,71 dollars. Une embellie de courte durée, puisque le vendredi n’a fait que stabiliser les cours après un net repli la veille.
Cette volatilité intervient alors que tous les regards se tournent vers la Réserve fédérale américaine. La décision de politique monétaire est attendue mercredi 29 juillet à 20 heures, heure de Paris. Les marchés n’anticipent guère de changement de taux : la probabilité d’un statu quo est estimée à 59 %, contre 41 % pour un relèvement de 25 points de base. Le taux directeur évolue dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 % depuis décembre 2025, la Fed ayant observé quatre statu quo consécutifs, le dernier en date le 17 juin sous la présidence de Kevin Warsh.
Le véritable enjeu réside dans la conférence de presse qui suivra l’annonce. Les investisseurs guetteront la moindre inflexion dans le discours de Warsh sur l’équilibre entre une inflation persistante et un marché de l’emploi qui donne des signes de faiblesse. La dernière projection du FOMC avait déjà surpris : pour la première fois depuis le début du cycle d’assouplissement, le point médian des anticipations des membres penchait vers un resserrement plutôt qu’un assouplissement. Neuf des dix-huit participants voyaient au moins une hausse d’ici la fin de l’année, huit n’en attendaient aucune, et un seul tablait sur une baisse.
Le pétrole et les taux pèsent sur l’or
La flambée des cours du pétrole, alimentée par les tensions au Moyen-Orient et les craintes de perturbations des approvisionnements dans le Golfe, complique encore la donne. Elle ravive les craintes inflationnistes et renforce l’argument d’une politique monétaire plus restrictive — une mauvaise nouvelle pour l’or, actif sans rendement. Les marchés évaluent désormais à 34 % la probabilité d’une hausse des taux la semaine prochaine, et à plus de 81 % pour le mois de septembre.
Le RSI, à 44,7, n’indique ni surachat ni survente, signe que le marché cherche encore sa direction. Le seuil psychologique des 4 000 dollars reste le niveau de référence à surveiller.
Le fossé entre professionnels et particuliers
Le sondage hebdomadaire mené auprès de dix-huit experts de Wall Street est sans appel : sept d’entre eux (39 %) anticipent une baisse des cours la semaine prochaine, et sept autres misent sur une stagnation. Seule une minorité croit à une hausse.
À l’inverse, l’enquête en ligne auprès de 249 investisseurs particuliers révèle un enthousiasme débordant : 147 personnes, soit 59 %, s’attendent à une poursuite de la hausse. Seulement 48 participants (19 %) prévoient un repli, et 22 % tablent sur une stabilisation. Ce décalage est d’autant plus remarquable que, par le passé, une telle configuration a souvent précédé une volatilité accrue à court terme.
Banques centrales et ETF tirent dans des directions opposées
La demande physique raconte une histoire à deux vitesses. Les banques centrales ont acheté net 244 tonnes d’or au premier trimestre 2026, soit le rythme le plus élevé depuis plus d’un an et au-dessus de la moyenne quinquennale. La Chine a même porté sa séquence d’achats à dix-neuf mois consécutifs.
Mais du côté des investisseurs occidentaux, le discours est tout autre. Les ETF aurifères enregistrent des sorties nettes, signe que les institutionnels préfèrent alléger leurs positions. En Asie, les signaux sont contrastés : l’Inde a vu ses décotes sur l’or atteindre un plus haut de sept semaines, les prix élevés freinant la demande, tandis que la Chine a vu l’intérêt acheteur reprendre, soutenu par la légère baisse des cours.
Malgré ces tensions, les grandes banques restent confiantes sur le moyen terme. JP Morgan table sur un cours de 4 500 dollars au quatrième trimestre, et Goldman Sachs vise 4 900 dollars d’ici la fin de l’année.
Le support technique sous pression
Sur le plan chartiste, l’or évolue dans un coin baissier en données journalières. La borne inférieure se situe près du plus bas sur 52 semaines, à 3 901,30 dollars — juste en dessous du niveau actuel. Un discours hawkish de la Fed mercredi pourrait fragiliser cette consolidation et ouvrir la voie vers la zone des 3 700 dollars.
À plus long terme, la tendance haussière reste intacte depuis le plancher de 1 614 dollars touché en 2022. Chaque correction a jusqu’ici débouché sur de nouveaux sommets. Mais à court terme, trois catalyseurs vont dicter la direction : la décision de la Fed mercredi, le rapport sur l’emploi américain, et l’évolution de la situation au Moyen-Orient. Une escalade relancerait la demande de valeurs refuges ; une désescalade accentuerait la pression sur le métal jaune. La sortie de la consolidation se jouera vraisemblablement mercredi soir.
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