La semaine dernière restera comme un moment charnière pour LVMH, celui où deux grandes banques d’investissement ont pris des directions radicalement opposées sur le titre. HSBC a abaissé sa recommandation de « acheter » à « conserver », ramenant son objectif de cours de 600 à 490 euros. Le motif invoqué : des perspectives plus difficiles pour le secteur du luxe au second semestre 2026.
Le même jour, Grupo Santander a emprunté le chemin inverse, relevant sa note à « surperformance » contre « performance de marché », avec un objectif porté de 442 à 500 euros. Ce grand écart entre deux établissements de premier plan traduit l’incertitude qui entoure désormais l’évolution du segment luxe.
La Chine, nerf de la guerre
Derrière ce scepticisme persiste une question lancinante : la demande chinoise de produits de luxe, qui s’était déjà affaiblie il y a environ un mois. Reuters rapportait que les valeurs européennes du secteur subissaient un regain de prudence des investisseurs, LVMH touchant son plus bas niveau depuis 2020. Bernstein, de son côté, avertissait que les premières données du troisième trimestre suggéraient un nouvel essoufflement de la « douce » reprise des dépenses de luxe en Chine.
Le cours de Bourse reflète cette fébrilité. Après avoir inscrit un plus bas de six ans, le titre s’échangeait lundi à 418,15 euros, en hausse de 0,9 % sur la veille. Il demeure très loin de son sommet sur douze mois de 654,40 euros, atteint le 13 novembre 2025 — soit un écart de 36 % qui mesure l’ampleur de la chute depuis l’automne.
Bernstein coupe ses prévisions
L’établissement a revu à la baisse, le 3 septembre, ses attentes pour l’ensemble du secteur. Ses analystes ont réduit de 110 points de base leur prévision de croissance organique sectorielle au troisième trimestre, à 4,9 %, contre 6,3 % au deuxième trimestre.
Pour LVMH spécifiquement, Bernstein a abaissé ses estimations de croissance organique du chiffre d’affaires 2026 et 2027 de 66 points de base chacune. L’estimation du bénéfice par action recule de 1 % pour 2026 et de 6,1 % pour 2027. Malgré cette révision en baisse, la maison d’analyse maintient sa recommandation à « surperformance » avec un objectif de cours de 570 euros.
Cette correction s’inscrit dans une série de signaux faibles. La structure même du groupe révèle où la pression est la plus forte : la division Mode et Maroquinerie représente 47 % du chiffre d’affaires et 72 % du résultat opérationnel — chaque ralentissement dans ce périmètre pèse donc lourdement sur l’ensemble.
Une valorisation proche du plancher annuel
Le marché a déjà intégré ces précautions. L’action LVMH se négocie à 419,00 euros, soit seulement 3,4 % au-dessus de son plus bas sur douze mois de 405,05 euros, touché il y a quelques jours à peine. Par rapport au plus haut annuel de 654,40 euros de novembre dernier, l’écart atteint 36 %. Le titre figure ainsi parmi les plus mal orientés du segment européen du luxe cette année.
Les comptes semestriels publiés cet été fournissent la base fondamentale de cette prudence accrue. Au premier semestre 2026, le chiffre d’affaires a progressé de 2 % en organique, à 38,6 milliards d’euros. Fait notable : la division Mode et Maroquinerie est revenue en territoire positif après sept trimestres consécutifs de recul — mais d’un seul pour cent.
Le bénéfice net est resté stable à 5,70 milliards d’euros, dépassant le consensus de 5,22 milliards. Le résultat opérationnel a en revanche fléchi de 4 %, à 8,69 milliards d’euros, pour une marge opérationnelle de 22,5 %.
Les autres divisions ont affiché des performances contrastées : Montres et Joaillerie a progressé de 11 % en organique, Vins et Spiritueux de 5 %, tandis que Parfums et Cosmétiques a cédé 1 %.
Rachats d’actions et prix de créateurs
En dépit de cette conjoncture morose, le groupe poursuit son programme de rachat d’actions. LVMH a déclaré à l’Autorité des marchés financiers des transactions portant sur la semaine du 24 au 28 août. De tels dispositifs signalent habituellement la confiance du management dans la valeur de long terme de l’entreprise, même s’ils peinent à contrer la pression baissière de l’humeur sectorielle.
Hors des chiffres, le groupe s’est aussi illustré sur le plan créatif. Début septembre, la 13e édition du prix LVMH des jeunes créateurs de mode a couronné la styliste Julie Kegels, lors d’une cérémonie à la Fondation Louis Vuitton à Paris, où un jury réunissant notamment Delphine Arnault et Pietro Beccari a délibéré. Ces distinctions soulignent le rayonnement culturel du groupe, sans guère peser en Bourse.
Rendez-vous le 20 octobre
Les investisseurs ont désormais les yeux rivés sur le 20 octobre, date de publication des prochains résultats. Il s’agira de vérifier si le ralentissement diagnostiqué par Bernstein se matérialise effectivement chez LVMH, ou si la légère reprise du pôle mode observée au premier semestre se maintient.
D’ici là, l’ambiance reste fragile : les prévisions revues à la baisse rencontrent un titre qui évolue nettement sous sa moyenne mobile à 200 jours de 510,01 euros — un écart de 18 % qui illustre la persistance de sa phase de faiblesse. Et les avis contradictoires de HSBC et Santander rappellent que le marché ne discerne aucune direction unique pour le géant du luxe. Pour les porteurs du titre, LVMH demeure le baromètre de la vitesse à laquelle la consommation chinoise se redressera vraiment — ou pas.
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