Rare dissonance sur le dossier LVMH. En l’espace de vingt-quatre heures, deux banques ont rendu des verdicts diamétralement opposés sur le géant français du luxe. HSBC a abaissé sa recommandation de « Buy » à « Hold » mercredi, ramenant son objectif de cours de 600 à 490 euros. Le même jour, Santander a relevé sa note à « Outperform ». Un tel écart de vues entre deux établissements illustre le brouillard qui enveloppe aujourd’hui le secteur.
Le titre collé à ses plus bas annuels
La sanction boursière a été immédiate : selon Reuters, l’action LVMH a lâché environ 2 % le jour de l’annonce, entraînant dans son sillage l’ensemble du luxe européen, Burberry compris. Le mouvement s’inscrit dans une série de séances négatives. Dès le 3 septembre, le titre avait reculé de 2,3 % en Bourse européenne, puis de 1,8 % lors d’une autre séance, chaque fois sous la pression d’un secteur miné par les doutes sur sa reprise.
Vendredi, le cours a clôturé à 414,55 euros après un gain journalier de 2,2 %. Un rebond qui ne masque pas l’ampleur des dégâts : sur trente jours, la valeur abandonne 10 %, et depuis le 1er janvier, elle a perdu 35 %. Le titre évolue ainsi à seulement 2,3 % au-dessus de son plancher de 52 semaines, établi à 405,05 euros le 10 septembre, et accuse un repli d’environ 37 % par rapport au sommet de 654,40 euros touché le 13 novembre. La moyenne mobile à 200 jours se situe 19 % plus haut, signe d’une tendance de fond toujours baissière.
Visibilité et comparatifs : les arguments de HSBC
Au cœur de la dégradation d’HSBC figurent deux éléments : une visibilité limitée sur le second semestre 2026 et des comparatifs de plus en plus exigeants pour l’ensemble de la profession, qui compliqueront le retour aux rythmes de croissance antérieurs. Ce jugement prolonge une prudence installée depuis plusieurs semaines à l’égard du redressement du luxe.
Le dossier chinois reste le grief récurrent des sceptiques. La baisse des ventes en Chine, déjà documentée, pèse sur le cours depuis près d’un mois. Début septembre, l’abaissement par Bernstein de sa prévision de croissance organique du secteur pour le troisième trimestre — justifié par un affaiblissement des tendances de consommation en Chine — avait déjà assombri l’ambiance, sans toutefois entamer la recommandation « Outperform » de la maison sur LVMH.
Bernstein coupe ses estimations mais maintient sa recommandation
Le bureau d’analyse a en effet réduit ses projections de bénéfices pour LVMH tout en conservant son opinion positive, assortie d’un objectif de cours de 570 euros. Un contraste saisissant avec la position nettement plus prudente d’HSBC, révélateur de la divergence croissante des analystes sur le dossier.
Le testament Armani ravive la piste d’une acquisition
À ce débat sur la dynamique sectorielle s’ajoute un volet stratégique. Reuters rapporte que le testament de Giorgio Armani cite LVMH parmi les acquéreurs potentiels de la maison de mode. Le groupe aurait déjà examiné un possible investissement. Une telle opération ouvrirait à LVMH l’accès à une grille supplémentaire de premier plan, mais aucune annonce concrète n’a été faite à ce stade, et le calendrier comme l’ampleur d’une éventuelle transaction restent inconnus.
Un RSI proche de la zone de survente
Du côté des indicateurs techniques, le RSI à 14 jours s’établit à 31,3, tout près du seuil de survente, ce qui pourrait expliquer le rebond récent sans invalider la tendance de moyen terme. Certains intervenants y voient un argument en faveur d’une stabilisation.
Pour les investisseurs, la lecture reste ambivalente : HSBC met en avant l’effritement de la visibilité et la difficulté des comparatifs, tandis que Santander — et, dans une moindre mesure, Bernstein — estiment la valorisation suffisamment solide pour justifier une position plus constructive. Ces jugements contradictoires traduisent l’incertitude qui entoure le rythme et l’ampleur de la reprise attendue dans le luxe.
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