Lundi, l’action Nvidia a subi une sévère correction, perdant entre 5,02 % et 5,44 % selon les places de cotation, pour s’établir aux alentours de 172,50 euros. Ce repli a eu une conséquence immédiate : le géant des semi-conducteurs a cédé à Apple le titre d’entreprise cotée la plus valorisée au monde. Pourtant, la même journée, le groupe dirigé par Jensen Huang a multiplié les annonces stratégiques, dévoilant des partenariats majeurs en Corée du Sud et dans le domaine de l’intelligence artificielle sécurisée.
Un milliard de dollars pour verrouiller la Corée
Nvidia a officialisé un investissement d’un milliard de dollars dans le géant sud-coréen de l’internet Naver, prenant une participation de 4,5 % au capital. Parallèlement, l’investisseur Brookfield s’est engagé à apporter jusqu’à neuf milliards de dollars de financement de projet pour transformer le centre de données GAK Sejong de Naver en un mégaprojet d’IA. Cette infrastructure sera alimentée par les puces Blackwell de Nvidia et sa future plateforme Vera Rubin. L’ambition est claire : faire passer la capacité du site de 55 à 200 mégawatts d’ici 2028, avec un objectif à long terme d’un gigawatt.
Cette opération s’inscrit dans la stratégie dite de « souveraineté numérique » (Sovereign AI) que Nvidia déploie à l’échelle mondiale. En devenant copropriétaire de ses clients, le fabricant de puces sécurise des débouchés à long terme pour ses composants les plus chers, tout en diversifiant sa base de clients au-delà des hyperscalers américains. La SK Group figure déjà parmi les partenaires de ce type de projets.
Une autre alliance, cette fois avec un laboratoire sans revenus
Dans le même temps, Nvidia a noué un partenariat stratégique avec Safe Superintelligence Inc. (SSI), le laboratoire de recherche fondé par Ilya Sutskever, ancien scientifique en chef d’OpenAI. Si le montant exact de l’investissement n’a pas été divulgué, l’accord prévoit que SSI accède à la plateforme Vera Rubin. Son cofondateur Daniel Levy estime que la capacité de calcul du laboratoire pourrait être multipliée par dix en l’espace de douze mois. Un pari audacieux, puisque SSI ne dispose à ce jour d’aucun produit commercialisé ni de chiffre d’affaires.
Le groupe a également participé à la création de l’Open Secure AI Alliance, aux côtés de Microsoft, IBM, Cisco et SAP. Cette initiative vise à développer des outils open source pour sécuriser les agents d’IA et protéger les modèles ouverts, en standardisant les formats de poids de modèles et les correctifs logiciels signés numériquement.
Les doutes du marché : une demande qui s’autofinance ?
La correction boursière de lundi trouve son origine dans une information qui a refroidi les investisseurs : selon plusieurs rapports, Nvidia négocierait une garantie de financement de 250 milliards de dollars pour un gigantesque projet de centre de données dans l’Ohio. Cette nouvelle a ravivé les craintes d’un marché où la demande serait en partie artificiellement soutenue par Nvidia elle-même, qui agirait comme prêteur en dernier ressort pour ses propres clients.
Les analystes s’interrogent : ces injections de capitaux, si elles sécurisent des commandes, pèsent-elles sur les marges opérationnelles ? Chaque milliard investi dans des participations est un milliard qui ne finance pas la production de puces. Le titre a chuté de près de 15 % par rapport à son plus haut annuel de 202,50 euros atteint en mai, et se situe désormais 4,20 % en dessous de sa moyenne mobile à 50 jours (180,46 euros). La volatilité annualisée sur 30 jours reste élevée, à 36,06 %.
Les indicateurs techniques en zone d’incertitude
D’un point de vue technique, le tableau est contrasté. L’action conserve une marge de 4,03 % au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours (166,18 euros), un niveau qui fait office de support clé. Le RSI, à 43,3, suggère une phase de consolidation plutôt qu’un véritable retournement baissier. Si le seuil des 166 euros tient en clôture hebdomadaire, le scénario haussier structurel porté par les projets d’IA souveraine reste valide. En revanche, une rupture de ce niveau ouvrirait la voie à une correction vers le plus bas annuel de 139,78 euros.
La semaine décisive des géants du cloud
Les prochains jours seront déterminants pour l’action Nvidia. Microsoft et Alphabet publient leurs résultats trimestriels cette semaine. Les investisseurs guetteront un signe : les dépenses d’investissement massives des géants de la tech se traduisent-elles concrètement par des commandes fermes pour les systèmes Blackwell et Vera Rubin ? Sans cette confirmation, la pression sur le titre pourrait s’accentuer.
Le prochain rendez-vous majeur pour Nvidia lui-même reste la publication des résultats du deuxième trimestre de l’exercice 2027, attendue pour fin août 2026. Trois questions domineront alors les débats : les partenariats internationaux d’IA souveraine commencent-ils à générer des revenus significatifs ? Les calendriers de déploiement de Blackwell et Vera Rubin sont-ils tenus ? Et surtout, les marges brutes résistent-elles à l’accumulation d’investissements stratégiques ?
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