Le constructeur chinois a beau enchaîner les records commerciaux, c’est une question d’usine — et non de demande — qui décidera de la suite de son histoire boursière. Avec 440.293 véhicules à énergie nouvelle écoulés en août, soit une progression de 17,84 % sur un an, BYD a signé son meilleur mois de l’année. Mais le chiffre qui résume le basculement en cours est ailleurs : les ventes à l’export ont bondi de 134,5 %, quand le marché intérieur reculait de 14,3 %. Autrement dit, la firme de Shenzhen ne trouve plus sa croissance chez elle.
Cette recomposition n’est pas anodine pour les investisseurs. Depuis son plus haut de 52 semaines à 12,49 euros, atteint le 2 octobre 2025, le titre a lâché près de 29 % et évolue à 8,81 euros, soit presque 10 % sous sa moyenne mobile à 50 jours. Un RSI de 30,8 le place en zone de survente. Le paradoxe saute aux yeux : les compteurs opérationnels s’affolent pendant que la Bourse boude. C’est précisément dans cet écart que se loge la thèse d’investissement.
Une seule variable compte vraiment
Tout se ramène à la montée en cadence de la deuxième génération de la batterie Blade. Wang Chuanfu, le patron du groupe, a lui-même pointé en août le démarrage poussif de cette technologie comme la cause principale du trou d’air du premier semestre. Les comptes en portent la trace : le chiffre d’affaires a reculé de 7,13 % à 344,82 milliards de yuans, et le bénéfice net a chuté de 20,54 % à 12,33 milliards de yuans.
La direction ne cache pas ses ambitions pour autant. Selon des notes de Deutsche Bank et de Citi relayées par Reuters, BYD viserait plus de 2,5 millions de véhicules vendus à l’étranger en 2027, après un palier intermédiaire de 1,9 à 2 millions d’unités en 2026. La demande, elle, ne semble pas faire défaut : le Sealion 08, lancé le 2 septembre dans la gamme Ocean, a récolté plus de 12 000 commandes en 24 heures, et la version tout-électrique de la Denza N8L est attendue dans le courant du mois.
Ce qui plaide pour l’optimisme
Si l’outil industriel suit, BYD tient déjà son relais de croissance. Pour la première fois, les recettes réalisées outre-mer ont dépassé la moitié du chiffre d’affaires du groupe au premier semestre, à 52,57 %, avec une hausse de 33,92 % à environ 27,0 milliards de dollars. Le deuxième trimestre a d’ailleurs dégagé un bénéfice net en progression de 30 % à 8,2 milliards de yuans, malgré les goulets d’étranglement.
Les marques haut de gamme — Fangchengbao, Denza et Yangwang — confirment cette montée en valeur : 228 000 unités écoulées sur les six premiers mois, en croissance de 61 %. De quoi démontrer que le groupe sait aussi vendre cher lorsque son catalogue se déploie. À cela s’ajoute un projet d’infrastructure de 90 000 bornes de recharge rapide d’ici 2028, dont 20 000 déjà prévues avant fin 2026, un filet de sécurité pour l’expansion internationale.
Les angles morts du dossier
Le risque est symétrique. Si la Blade 2 prend du retard, les objectifs d’exportation de 2026 et 2027 risquent de rester lettre morte. Le conseil d’administration a par ailleurs renoncé à un dividende intérimaire — un choix courant chez les constructeurs chinois gourmands en capitaux en pleine guerre des prix, mais qui trahit une priorité donnée à la flexibilité du bilan et à l’investissement.
Le repli du marché chinois, avec des ventes en baisse de 14,3 % en août, demeure un problème structurel que seul l’étranger vient compenser. Que ce moteur cale, et BYD se retrouve sans amortisseur. La faiblesse récente du cours — moins 7,2 % sur sept jours, moins 10 % sur trente jours — suggère que la place intègre déjà, au moins partiellement, ce scénario.
La diversification comme second souffle
Le groupe ne mise pas uniquement sur l’automobile. Sa branche batteries FinDreams a signé début septembre un partenariat avec Changsha Fusheng Technology pour développer des systèmes Blade destinés aux locomotives industrielles et minières — la deuxième convention de ce type en quelques jours, après un projet de camions miniers électriques en Mongolie avec Zero Carbon Engine Technology. Une manière d’ouvrir des débouchés hors du marché des particuliers.
En Malaisie, BYD a renoncé à son usine d’assemblage prévue à Tanjung Malim, les autorités locales ayant durci les exigences de localisation et d’exportation. Le constructeur s’appuiera sur un façonnier local. Cela ne l’a pas empêché d’écouler environ 7 500 véhicules dans le pays entre janvier et août, conservant son rang de première marque électrique chinoise sur place.
Ce que disent les analystes
Le soutien des maisons de courtage reste entier. Morgan Stanley maintient sa recommandation de surpondération, soulignant un écosystème technologique difficile à rattraper pour la concurrence. UBS a même relevé le titre à l’achat, citant la nouvelle batterie et la technologie de recharge rapide comme catalyseurs. Une lecture qui contraste avec un cours toujours déprimé.
Les prochains rendez-vous
La commercialisation de la Denza N8L en septembre constitue le premier test concret, avant les chiffres mensuels qui diront si l’élan des exportations d’août se prolonge ou s’il ne fut qu’un feu de paille lié au lancement du Sealion 08. Tant que BYD démontre des progrès sur la Blade 2 et que les ventes à l’étranger gardent leur rythme, l’objectif intermédiaire de 1,9 à 2 millions d’exportations en 2026 reste crédible — et avec lui, la base du pari plus ambitieux fixé pour 2027. À l’inverse, un nouvel accroc dans la montée en cadence creuserait des écarts de production que le marché intérieur, affaibli, ne pourra pas combler. Le dossier s’adresse donc à ceux qui acceptent de peser des avancées industrielles contre une courbe boursière mal en point.
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