La semaine s’ouvre sous tension sur les marchés des matières premières. Entre frappes israéliennes intensifiées au Liban, incident naval dans le détroit d’Ormuz et nouvelles sanctions américaines visant Téhéran, le week-end a accumulé les facteurs de risque. L’or en tire immédiatement profit : le métal précieux s’échange autour de 4.432 dollars l’once ce lundi, après avoir déjà gagné 0,6 % vendredi en clôture. Le statut de valeur refuge du lingot rejoue pleinement son rôle.
Un contexte géopolitique qui ravive la prudence
L’accumulation des foyers de tension redessine la carte des risques pour les investisseurs. Les frappes israéliennes au Liban nourrissent la crainte d’un embrasement régional, tandis que l’incident naval entre l’Iran et l’Arabie saoudite dans le détroit d’Ormuz — par où transite une part majeure de l’approvisionnement pétrolier mondial — ajoute une couche d’incertitude supplémentaire. Dans ce climat, la couverture des portefeuilles contre de nouveaux chocs devient une priorité, et l’or en est le bénéficiaire naturel.
Parallèlement, la diplomatie américaine durcit le ton. Donald Trump a annoncé de nouvelles sanctions économiques d’envergure contre l’Iran, dans l’objectif affiché de contraindre le régime à des concessions politiques.
Des statistiques américaines qui changent la donne
Au-delà de la géopolitique, c’est aussi du côté des indicateurs économiques que le métal jaune puise sa vigueur. Les ventes au détail et la confiance des consommateurs américains ont déçu les attentes des analystes, confirmant les signes d’un ralentissement conjoncturel. Ces chiffres fragilisent le scénario d’un maintien prolongé de taux élevés.
Le baromètre CME FedWatch l’atteste : la probabilité d’une hausse des taux en septembre est retombée à environ 31-33 %, contre près de 50 % il y a une semaine. Or, l’or ne verse aucun intérêt — la réduction des coûts d’opportunité qui en découle joue mécaniquement en sa faveur. Les regards se tournent désormais vers le symposium de Jackson Hole, où les investisseurs guetteront les moindres inflexions dans le discours des banquiers centraux.
Un marché à deux vitesses
Le tableau serait incomplet sans évoquer la physionomie singulière de la demande. Tandis que les particuliers et les acheteurs de bijoux se montrent plus circonspects, les banques centrales poursuivent inlassablement leurs acquisitions. Au deuxième trimestre, les retraits des ETF aurifères ont atteint 45 tonnes et la demande mondiale de joaillerie a chuté de 17 %, selon le World Gold Council. En Chine, les achats d’or d’investissement auraient plongé d’environ 60 %, dans un contexte de baisse du prix du bijou, passé de 1.600-1.700 yuans le gramme en début d’année à 1.340-1.370 yuans.
À l’inverse, les institutions monétaires font preuve d’un appétit soutenu. La Pologne a étoffé ses réserves de 51 tonnes au deuxième trimestre, pour atteindre 632 tonnes, quand la Chine a ajouté 33 tonnes à son stock, désormais porté à 2.346 tonnes. Seule la Russie a cédé du terrain, avec des ventes de 22 tonnes sur la même période. Ce comportement divergent entre demande officielle et privée explique en grande partie la dynamique actuelle des prix : les achats structurels des banques centrales agissent comme un socle qui soutient le cours, même lorsque l’intérêt des particuliers s’étiole.
Entre sommet historique et consolidation
Le parcours de l’or reste marqué par une volatilité remarquable. Après avoir touché un sommet historique aux alentours de 5.600 dollars l’once en début d’année, le métal précieux avait dévissé de plus de 20 % pour passer sous la barre des 4.000 dollars fin juin. Depuis, la reprise s’est opérée : le cours actuel affiche environ 9 % de gain sur un mois.
Reste que le chemin vers les sommets est encore long. Le prix évolue à près de 21 % sous son plus haut sur 52 semaines, établi à 5.586,20 dollars le 29 janvier 2026, et manque encore environ 2,5 % pour retrouver sa moyenne mobile à 200 jours. Les prises de bénéfices ont freiné l’élan ces dernières semaines, même si la tendance haussière de fond engagée en juillet demeure intacte.
Les prévisions des grandes banques traduisent cette incertitude. JPMorgan table sur 5.243 dollars fin 2026, ANZ vise 5.600 dollars, tandis que Goldman Sachs anticipe 4.900 dollars d’ici décembre. Citi se montre nettement plus prudente, avec un objectif de 4.300 dollars à trois mois. Cette fourchette large reflète les interrogations sur la trajectoire monétaire américaine et la capacité des banques centrales à compenser durablement la faiblesse du secteur privé.
Dans l’immédiat, les investisseurs surveilleront la publication des minutes de la dernière réunion du FOMC, susceptible d’éclairer les débats internes de la Réserve fédérale et d’orienter les prochains mouvements des anticipations de taux.
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