Le métal jaune évolue dans une fourchette étroite, tiraillé entre une géopolitique explosive et des anticipations monétaires de plus en plus hawkish. Lundi, l’once s’est établie à 4.452,18 dollars, quasi stable sur la séance, après avoir touché 4.442,92 dollars en cours de journée — soit un repli de 0,3 %. Sur une semaine, la dégringolade atteint 4,5 %, une respiration bienvenue après un mois d’août flamboyant.
La guerre d’Iran ne profite pas à l’or
L’escalade au Moyen-Orient aurait dû profiter au refuge par excellence. Dans la nuit de dimanche à lundi, les forces américaines ont frappé des mouilleurs de mines iraniens dans le détroit d’Ormuz ; Téhéran a riposté par des missiles contre des bases américaines en Jordanie, interceptés par la défense antiaérienne. Résultat : le trafic pétrolier dans cette artère stratégique ne représente plus qu’environ 22 % de son niveau d’avant-guerre, soit quelque 5 millions de barils quotidiens en juillet.
Le Brent s’est envolé, attisant les craintes inflationnistes. Mais ce choc pétrolier agit paradoxalement comme un frein pour l’or : en renforçant l’hypothèse d’une Fed résolument restrictive, il accentue la pression sur un actif qui ne verse aucun rendement. Le traditionnel réflexe de fuite vers la sécurité se trouve ainsi neutralisé par le puissant aimant des taux américains.
Des banques centrales insatiables
Pourtant, derrière la fébrilité des marchés spéculatifs se dessine une réalité plus profonde : l’appétit des banques centrales ne se dément pas. Selon Traden.de, les institutions officielles ont acquis 345 tonnes d’or au premier semestre 2026. La Chine, à elle seule, a ajouté 33 tonnes à ses réserves au deuxième trimestre. Un rythme qui confirme la stratégie de diversification des réserves de change, loin des considérations tactiques des traders.
Cette demande structurelle — les banques centrales achètent environ 1.000 tonnes par an, soit le double de la moyenne de la décennie précédente — constitue un plancher sous le marché. Elle compense les prises de bénéfices qui ont marqué les dernières séances, après une progression mensuelle d’environ 9 % qui a permis au métal précieux de franchir plusieurs résistances techniques majeures, porté par le reflux des prix du pétrole, des chiffres d’inflation américains plus cléments et un dollar en retrait.
Le spectre de Jackson Hole
La correction actuelle trouve son origine dans les déclarations de Kevin Warsh, le président de la Fed, lors du symposium de Jackson Hole. Ses accents hawkish ont ravivé les paris sur un tour de vis monétaire dès septembre, avec une probabilité oscillant entre 57 % et 66 % selon les enquêtes. Marc Chandler, de Bannockburn, anticipe d’ailleurs une poursuite du mouvement vers la zone des 4.360 à 4.440 dollars.
Tous les observateurs ne partagent pas cette lecture. George Goncalves, chez MUFG, juge que la banque centrale n’est pas pressée d’agir et que les données à venir — notamment l’emploi — pèseront davantage que les déclarations d’intention. Le rapport sur le marché du travail américain, attendu le 4 septembre, s’annonce comme le véritable catalyseur des prochaines séances.
Une consolidation dans une tendance haussière
Le repli actuel doit être relativisé. Certes, l’once a perdu environ 20 % depuis son record historique de 5.598,58 dollars atteint fin janvier. Mais sur les trente derniers jours, elle affiche encore un gain de 10 %. La baisse de 4,4 % enregistrée la semaine dernière s’apparente davantage à un essoufflement après une course trop rapide qu’à un retournement de tendance.
Les avis des professionnels restent d’ailleurs partagés : selon un sondage Kitco, 48 % des analystes anticipent une hausse pour la semaine à venir, 29 % une baisse supplémentaire, les autres tablant sur une stabilisation. Chez les particuliers, l’optimisme domine plus nettement, avec près de six répondants sur dix qui voient les cours se redresser.
Les voix bullistes de long terme ne désarment pas. Goldman Sachs maintient son objectif de 4.900 dollars d’ici la fin de l’année. Plus audacieux encore, Kevin Smith de Crescat Capital envisage l’or à 20.000 dollars l’once à long terme, s’appuyant sur une expansion monétaire mondiale d’environ 7 % par an et la domination fiscale persistante des États. Un scénario extrême, certes, mais qui illustre la confiance des investisseurs structurels dans la capacité du métal jaune à traverser les tempêtes conjoncturelles.
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