Le marché retient son souffle. Nvidia a livré des résultats qui dépassent les attentes les plus optimistes, mais la question qui taraude désormais les investisseurs n’est plus de savoir si la demande existe — elle est de savoir si l’entreprise pourra physiquement y répondre. Entre pénurie de mémoire haute vitesse, rumeur d’acquisition à 12,9 milliards de dollars et menaces réglementaires américaines, le géant des puces évolue sur un fil.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Le deuxième trimestre de l’exercice 2027 s’est soldé par un chiffre d’affaires de 96,2 milliards de dollars, en hausse de 106 % sur un an. La division centres de données a contribué à hauteur de 89 milliards, soit une progression de 117 % et environ 92 % des revenus totaux du groupe. Le bénéfice par action de 2,22 dollars a nettement dépassé le consensus, qui tablait sur 2,09 dollars.
Pour le trimestre en cours, Nvidia vise environ 108 milliards de dollars de revenus, hors activité chinoise — un objectif supérieur aux anticipations des analystes. Surtout, la directrice financière Colette Kress a évoqué une croissance d’environ 70 % pour le prochain exercice, là où le consensus plafonnait à 45 %. Une déclaration audacieuse, appuyée par des informations selon lesquelles Amazon aurait doublé ses commandes de GPU Nvidia pour ses propres centres de données, passant d’un à deux millions d’unités.
La mémoire, maillon faible de la chaîne
Mais cette ambition se heurte à une contrainte physique : les approvisionnements en mémoire à haute bande passante resteront tendus au moins jusqu’à l’exercice 2028, a prévenu Colette Kress. Le groupe a déjà augmenté ses engagements de livraison de 160 milliards de dollars pour tenter d’absorber la demande, mais la capacité des fournisseurs à suivre le rythme demeure incertaine.
La marge brute illustre cette pression : après 75 % au deuxième trimestre, elle devrait reculer à 71-72 % d’ici le quatrième trimestre, pénalisée par la hausse des coûts de stockage. Un signal que les investisseurs ne peuvent ignorer, même s’il n’ébranle pas fondamentalement la trajectoire de croissance.
Une acquisition qui fait rêver, mais qui n’est pas signée
Les spéculations autour d’un rachat de Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars alimentent les discussions. La plateforme, qui revendique plus de 13 millions de développeurs et des millions de modèles d’IA en accès libre, représenterait pour Nvidia un moyen de verrouiller l’écosystème open source — DA Davidson y voit d’ailleurs une manœuvre défensive.
Reste que ces négociations n’ont été confirmées par aucune des deux parties, et qu’une première offre de Nvidia aurait été rejetée fin 2025. Intégrer cette opération dans ses hypothèses de valorisation relève donc, pour l’heure, de la spéculation pure.
Le marché joue la carte de l’optimisme prudent
Le titre évolue autour de 190 euros, soit environ 6 % sous son plus haut sur 52 semaines de 202,50 euros atteint en mai, tout en conservant une avance de 12 à 13 % sur sa moyenne mobile à 200 jours. Les analystes, eux, restent majoritairement confiants : Phillip Securities a relevé son objectif à 300 dollars, le consensus se situe autour de 323 dollars, et Raymond James s’est distingué vendredi avec une cible de 515 dollars — la plus élevée parmi les grandes banques — fondée sur un multiple de 22 appliqué aux bénéfices attendus pour 2028. Evercore ISI, JPMorgan, Citi et Morgan Stanley ont également revu leurs objectifs à la hausse.
Le partenariat avec SB Energy dans l’Ohio, qui doit garantir 4,25 gigawatts de capacité informatique pour un locataire OpenAI, renforce par ailleurs la base d’infrastructure à long terme.
Les zones d’ombre qui pourraient tout changer
Plusieurs facteurs de risque assombrissent néanmoins le tableau. Le département américain du Commerce plancherait sur des règles visant à interdire aux entreprises chinoises l’accès à distance aux puces H100 et GB300 via des centres de données situés dans des pays tiers comme la Thaïlande ou Singapour — une mesure non finalisée, mais dont l’impact pourrait être significatif.
Les ventes d’initiés interrogent également : plus de 664 millions de dollars d’actions ont été cédés cette année selon les déclarations réglementaires, dont 445,6 millions pour le seul administrateur Mark Stevens. Sans constituer un signal d’alarme en soi, ces transactions alimentent le doute sur la perception qu’ont les dirigeants de la valorisation actuelle.
Le prochain rendez-vous est fixé au 18 novembre, avec la publication des résultats du troisième trimestre de l’exercice 2027. Ce jour-là, le marché saura si la promesse de 108 milliards de dollars de revenus a été tenue malgré les goulets d’étranglement — et si la machine Nvidia peut réellement tenir son propre rythme.
Publicité
Actions Nvidia: Acheter, conserver ou vendre ?
Téléchargez gratuitement votre analyse de Nvidia et obtenez la réponse que vous cherchiez ! À quelle adresse e-mail pouvons-nous vous envoyer votre analyse gratuite ?
Obtenir une analyse de Nvidia entièrement gratuite : En savoir plus ici !

