Les investissements massifs des géants technologiques mondiaux dans leurs infrastructures réseau offrent un vent porteur considérable à Schneider Electric. Le spécialiste français de l’électrotechnique et de l’automatisation a bouclé le troisième trimestre sur un chiffre d’affaires record de 11,46 milliards d’euros, en progression organique de 16,9 % sur un an. Un niveau qui dépasse nettement le consensus des analystes, établi à 11,13 milliards d’euros, comme l’a rapporté Reuters. En données publiées, la hausse des revenus ressort à 17,9 %.
La demande liée aux centres de données a constitué le principal moteur, avec un volume plus que doublé d’une année sur l’autre. Les grands fournisseurs de cloud américains en particulier multiplient les commandes d’équipements d’alimentation et de contrôle pour étendre leurs capacités de calcul. Ces opérateurs doivent simultanément relever la puissance électrique raccordée de leurs architectures et améliorer le refroidissement de leurs installations.
Une dynamique présente sur tous les continents
La croissance s’est étendue à la quasi-totalité des grands marchés, avec une vigueur plus marquée outre-mer. La zone Chine et Asie de l’Est a enregistré un bond organique de 26,1 %, l’Amérique du Nord affichant pour sa part 19,9 %. En Europe, le métier historique de la gestion de l’énergie a confirmé son rôle de locomotive, l’automatisation industrielle apportant un complément de progression. La demande de solutions d’efficacité énergétique a soutenu l’activité sur l’ensemble du périmètre.
La ventilation par famille de produits dessine des trajectoires contrastées :
- Systèmes : 35 % du chiffre d’affaires total, pour une croissance organique de 22 %.
- Produits : 48 % des revenus, en hausse organique de 17 %.
- Logiciels et services : 17 % du chiffre d’affaires trimestriel, avec une progression organique de 7 %.
Objectifs annuels relevés
Porté par cette accélération, le management a rehaussé vendredi ses ambitions pour l’exercice 2026. Le groupe vise désormais une croissance organique de son chiffre d’affaires comprise entre 12 et 14 %, contre une fourchette de 10 à 13 % précédemment communiquée. Pour l’EBITA ajusté, la direction table sur une hausse organique de 18 à 21 %, alors que la précédente prévision s’établissait à 14-19 %. Une amélioration organique de la marge pouvant atteindre 120 points de base reste par ailleurs en ligne de mire.
Cette solidité opérationnelle offre au groupe des marges de manœuvre pour financer sa stratégie de long terme. L’entreprise cible en priorité les segments portés par l’électrification et la digitalisation des procédés industriels.
PTC, Apple et rachats d’actions
Il y a une bonne vingtaine de jours, Schneider Electric a annoncé le rachat de l’américain PTC. L’offre ressort à 205 dollars par action en numéraire, valorisant les fonds propres de l’éditeur de logiciels à environ 22,6 milliards de dollars. L’opération doit renforcer le savoir-faire du groupe dans les logiciels d’automatisation industrielle, au prix d’un engagement financier substantiel. Le financement envisagé, via de la dette nouvelle et une émission d’actions, avait un temps alimenté les craintes de dilution.
En parallèle des acquisitions, le groupe a dévoilé le 13 octobre un thermostat connecté développé conjointement avec Apple, destiné à la collection Apple Home, ainsi qu’un support mural assorti. La commercialisation de l’appareil et des capteurs de pièce associés aux États-Unis et au Canada est prévue pour le début de l’année 2027. Côté retour aux actionnaires, Schneider Electric a racheté 190 654 de ses propres titres entre le 5 et le 9 octobre, pour un montant total de 50 228 769 euros.
Des vents contraires persistants
Malgré cet élan commercial, plusieurs facteurs freinent les perspectives à court terme. La direction a signalé que des perturbations au Moyen-Orient pourraient peser sur les chaînes d’approvisionnement au quatrième trimestre et raviver les tensions inflationnistes. Les frictions géopolitiques le long des principales routes commerciales compliquent un peu plus l’approvisionnement en matières premières de l’industrie mondiale.
Le groupe poursuit en outre la restructuration de son appareil industriel européen. La fermeture du site français de Chasseneuil-du-Poitou, dans la Vienne, est programmée pour mars 2028, menaçant 145 emplois. Cette décision illustre la pression qui s’exerce sur les implantations traditionnelles, contraintes d’adapter leurs capacités à l’évolution des besoins produits.
Le marché reste à distance
La Bourse n’a pour l’instant intégré que partiellement ces performances opérationnelles. Vendredi, le titre Schneider Electric a clôturé en baisse de 2,7 %, à 250,00 euros, soit environ 20 % sous son plus haut sur douze mois de 313,15 euros. La prudence des investisseurs s’explique aussi par l’ampleur des chantiers à venir, à commencer par le rachat de PTC.
Les comptes annuels détaillés seront publiés le 18 février 2027. De son côté, la banque d’affaires britannique Barclays a ramené vendredi son objectif de cours de 356 à 326 euros, tout en maintenant sa recommandation à « Overweight ». Malgré cet ajustement, les analystes continuent donc d’afficher leur confiance dans le développement à moyen terme du groupe tricolore.
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