Jamais le wolfram n’a valu si cher. L’ammonium parawolframate, indicateur clé du marché, s’échange désormais à 3 040 dollars par unité de tonne métrique, contre 920 dollars au début de l’année. Pour Almonty Industries, l’un des rares producteurs occidentaux indépendants, cette envolée intervient au moment même où l’entreprise termine la première phase de sa mine sud-coréenne Sangdong. Et le calendrier réglementaire américain ajoute une pression supplémentaire : à compter du 1er janvier 2027, les nouvelles clauses DFARS 252.225-7052 interdiront l’usage de wolfram originaire de Chine, de Russie, d’Iran et de Corée du Nord dans les chaînes d’approvisionnement de la défense des États-Unis.
L’impact se lit déjà dans les comptes du premier trimestre 2026. Le chiffre d’affaires a bondi de 221 % pour atteindre 25,4 millions de dollars, tiré par le prix spot du concentré de wolfram et la bonne tenue de la mine portugaise Panasqueira. La perte nette a été ramenée de 34,6 millions à 5,3 millions, un chiffre grevé par 8,4 millions de coûts de réévaluation non décaissés sur dérivés incorporés et obligations liées aux bons de souscription. Hors ces éléments, le signal est clair : l’EBITDA ajusté s’établit à 6,1 millions, et le flux de trésorerie opérationnel est devenu positif à 9,7 millions. La trésorerie disponible atteint 260 millions de dollars, de quoi financer sereinement les prochaines étapes.
Du côté opérationnel, Sangdong tourne. La cérémonie d’inauguration officielle a eu lieu le 17 mars 2026, et l’installation de traitement traite déjà environ 640 000 tonnes de minerai par an, produisant quelque 2 300 tonnes de concentré de wolfram. L’objectif est de couvrir près de 40 % de la demande mondiale hors Chine. Une seconde phase, doublant la capacité à 4 600 tonnes annuelles, est calée pour 2027. Au Portugal, Panasqueira n’est pas en reste : un programme de forage pour l’extension L4 est en cours, avec un démarrage de la production prévu début 2027.
C’est dans ce contexte que la direction financière change de visage. Depuis le 1er juin, Jorge Beristain occupe le poste de directeur financier. Ce titulaire du CFA arrive de Ryerson Holding Corp, négociant en métaux de près de 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, où il était vice-président Finances. Auparavant, il a dirigé l’analyse des métaux et des mines pour les Amériques chez Deutsche Bank Securities. Un profil taillé pour un groupe qui monte en puissance sur les marchés de capitaux.
L’assemblée générale du 9 juin 2026 sera l’occasion pour les actionnaires de valider la continuité. Sept administrateurs sont proposés à la réélection, le conseil recommande à l’unanimité leur reconduction. Le vote par procuration doit être reçu avant le 5 juin à 10 heures ET. Le cabinet Sodali & Co a été mandaté comme conseil en proxy. Sur le marché, l’action évolue à 28,07 dollars canadiens, soit environ 16 % en dessous de son plus haut annuel de 33,35 CAD. Pourtant, le titre affiche une progression de plus de 500 % sur un an et se négocie 70 % au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours.
Les analystes restent confiants. DA Davidson vise 25 CAD, B. Riley Financial a relevé son objectif de 17 à 23 CAD, et Oppenheimer table également sur un maintien des prix élevés du wolfram. Dès le 29 juin, l’entrée dans les indices Russell 1000 et Russell 3000 devrait attirer des flux institutionnels. Le management, qui envisage des rachats d’actions grâce à l’amélioration du cash-flow, aura l’occasion de détailler sa feuille de route après l’assemblée. La transformation d’Almonty, portée par le prix du minerai et le durcissement des règles américaines, semble entrer dans une phase d’accélération.
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