L’industriel ferroviaire français a revu jeudi ses ambitions à la baisse de façon spectaculaire. En cause, les déboires du programme Coradia Max et de plusieurs contrats allemands, qui pèsent à la fois sur la rentabilité et sur la trésorerie du groupe. La sanction boursière n’a pas traîné : le titre reculait de 11 % en préouverture.
Une marge opérationnelle qui s’effondre
Pour l’exercice 2026/27, Alstom ne table plus que sur une marge opérationnelle ajustée d’environ 1 %, contre quelque 6,5 % anticipés jusqu’ici. La claque est sévère. Sur le seul premier semestre, d’avril à septembre 2026, cette marge ressort à environ −4 %, alors qu’elle atteignait encore 6,4 % un an plus tôt. Les chiffres dévoilés sont provisoires et non audités.
Le nœud du problème se situe du côté de l’industrialisation et de l’homologation du Coradia Max. Les difficultés ne s’arrêtent pas à ce modèle : selon Reuters, six contrats allemands portant sur ce train à deux niveaux sont concernés, pour une valeur cumulée d’environ 5 milliards d’euros. Les délais allongés compliquent l’exécution des projets, et Les Echos évoque des échéances de livraison critiques assorties de possibles pénalités financières.
Baden-Württemberg au cœur des retards
C’est dans le Bade-Wurtemberg que le décalage des calendriers est le plus visible. Alstom et la SFBW doivent élaborer un dispositif de substitution afin d’assurer le trafic ferroviaire avec des véhicules de remplacement jusqu’à l’arrivée des nouvelles rames. Le ministère régional des Transports a fait savoir que la confiance accordée à Alstom était « considérablement affectée ».
La livraison des Coradia Max à deux étages ne devrait finalement débuter qu’en 2028, rapporte la Badische Zeitung, alors qu’une mise en service progressive était initialement prévue dès décembre 2026. Le constructeur invoque des problèmes de production imprévus et des obstacles dans la procédure d’homologation.
La production tourne au ralenti
Les conséquences ne se limitent pas aux recettes différées. Au premier semestre, la production est tombée à 1 860 voitures, soit un recul de 8 %. Pour l’ensemble de l’exercice, Alstom ne vise plus qu’environ 4 000 voitures, loin des 4 400 à 4 500 envisagées auparavant. La prévision de croissance organique du chiffre d’affaires a elle aussi été rabotée, désormais attendue dans une fourchette de faible à moyen single digit.
Le contraste avec la demande reste frappant. Sur le semestre, les commandes ont atteint 11,0 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 9,3 milliards, en hausse de 3 % en données publiées. Le carnet dépasse donc les revenus. Mais les nouvelles prises de commandes ne règlent ni les problèmes de production, ni les retards d’homologation et de livraison.
Un plan de désendettement pour amortir le choc
Face à l’hémorragie de liquidités, le groupe contre-attaque. Le flux de trésorerie disponible s’est établi à −1,248 milliard d’euros au premier semestre, et Alstom anticipe désormais −1,5 milliard sur l’exercice, là où il promettait un solde positif.
D’où le plan annoncé : réduire l’endettement d’environ 2 milliards d’euros d’ici septembre 2027, via des cessions supplémentaires, des économies de coûts et une réorganisation. Selon la presse, un processus de vente portant sur des actifs non précisés aurait déjà été lancé, sans qu’aucun produit ni transaction conclue ne soit pour l’instant communiqué. La veille, le groupe avait par ailleurs négocié une nouvelle ligne de liquidité de 2,0 milliards d’euros, sans covenant financier.
À fin septembre, la dette nette s’élevait à 1,1 milliard d’euros et la trésorerie à 1,65 milliard. Ce matelas financier ne remplace toutefois pas une amélioration opérationnelle.
Un second semestre sous haute tension
Pour redresser la barre, Alstom mise sur une nette accélération de la seconde moitié de l’exercice, avec une marge opérationnelle ajustée attendue autour de 6,5 %. Une prévision, pas encore une preuve que les programmes allemands repartent comme prévu. Le groupe situe une normalisation de ses performances à partir de l’exercice 2027/28 seulement.
Les investisseurs scruteront donc l’exécution : stabilisation des chaînes de production, fiabilité des calendriers de livraison et maîtrise du décaissement. La publication des résultats semestriels complets, le 17 novembre 2026, constituera le prochain rendez-vous pour mesurer l’ampleur des charges et la portée des mesures annoncées.
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