À la veille de la publication des résultats du troisième trimestre 2026, prévue le 28 octobre, BNP Paribas concentre l’attention sur deux fronts bien distincts. D’un côté, un projet de transfert de risque portant sur un portefeuille de crédits aux entreprises d’environ 16 milliards d’euros, révélé par Bloomberg. De l’autre, une note de Jefferies qui, la veille, a confirmé sa recommandation d’achat tout en relevant son objectif de cours de 135 à 139 euros.
Un montage encore à l’état d’étude
Selon l’agence américaine, la banque réfléchirait à céder la première tranche de pertes de ce portefeuille, soit 5 % de son volume, c’est-à-dire la portion qui absorbe les premiers défauts. Aucune annonce officielle n’a été faite à ce stade. Il convient donc de ne pas confondre une piste explorée avec un accord signé : ni le bouclage de l’opération, ni l’allègement effectif du bilan, ni sa contribution au résultat ne peuvent être déduits du seul article de Bloomberg. La confirmation de la banque et le détail des conditions seront déterminants pour l’interprétation du dossier.
Jefferies anticipe un trimestre au-dessus du consensus
L’analyste Joseph Dickerson table sur un bénéfice net de 3,6 milliards d’euros pour le troisième trimestre 2026, soit environ 12 % de plus que le consensus. Il prévoit des revenus de 13,8 milliards d’euros, supérieurs de 2 % à la référence Visible Alpha, tout en estimant les coûts 2 % en dessous des attentes du marché. La recommandation d’achat ne repose pas uniquement sur cette dynamique : le professionnel met aussi en avant la faible valorisation du titre et la solidité du capital, avec un ratio CET1 de 13 %. À ses yeux, la France n’a représenté que 10 % du résultat avant impôts de BNP Paribas en 2025.
Les prévisions du consensus restent plus prudentes, sans pour autant tabler sur une stagnation. Les analystes attendent 13,50 milliards d’euros de revenus et 3,23 milliards d’euros de bénéfice net. Un simple progrès sur un an ne suffirait donc pas à créer la surprise ; l’évolution des coûts et les perspectives seront scrutées avec autant d’attention que le résultat lui-même. Plusieurs bureaux d’analyse comptent sur la banque de détail et de financement des entreprises ainsi que sur les activités de marché pour soutenir la performance, sans anticiper de secousse majeure du côté des fonds propres.
Le dossier français reste en filigrane
Le climat s’est détendu sur la dette souveraine tricolore. Moody’s a maintenu samedi la note de la France à Aa3, avec une perspective négative, écartant ainsi l’abaissement redouté par les opérateurs. Le rendement de l’OAT à dix ans a reculé de onze points de base, à 4,91 %, et l’action a gagné 3,2 % la veille. Cette embellie a toutefois ses limites : la perspective négative subsiste, et l’apaisement ne suffit pas à lever toutes les interrogations sur la signature française.
JPMorgan juge l’impact direct de l’élargissement des spreads souverains français limité sur le bilan, mais alerte sur des effets de second tour, notamment sur la composition des dépôts et la qualité du crédit. Jefferies partage cette lecture d’un risque obligataire contenu. Les deux maisons distinguent donc les charges immédiates liées aux titres d’État des conséquences d’un environnement économique plus dégradé. Au-delà du niveau de bénéfice, les investisseurs guetteront tout signal sur le coût du financement ou sur une détérioration des prêts.
Reste à savoir si la banque confirmera ses réflexions sur le transfert de risque et si la copie trimestrielle validera la thèse de Jefferies. Un chiffre supérieur aux attentes, sans nouvelle alerte sur la qualité des actifs, donnerait une assise opérationnelle à l’optimisme affiché. Un bénéfice en hausse, à lui seul, ne suffirait pas à dissiper les réserves formulées par JPMorgan.
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