Chez LVMH, la question n’est plus de savoir si le groupe progresse, mais si ses différentes activités finissent par avancer au même rythme. Car le géant du luxe affiche certes une croissance, mais celle-ci reste portée par des moteurs qui ne sont pas ceux que les investisseurs surveillent de près. Et c’est précisément là que le bât blesse.
Sur les neuf premiers mois de 2026, le chiffre d’affaires a atteint 57,1 milliards d’euros, en hausse de 2 % en organique. Un chiffre qui, lu isolément, plaide pour une dynamique intacte. Sauf qu’en données publiées, les revenus reculent de 2 % sur la même période. Deux lectures d’un même ensemble, deux réalités distinctes : voilà pourquoi il faut dissocier la croissance à périmètre comparable de l’évolution comptable brute.
Le prêt-à-porter, talon d’Achille du groupe
Le troisième trimestre 2026 résume à lui seul la tension interne. La progression organique du groupe s’est limitée à 1 %, tandis que le pôle mode et maroquinerie a reculé de 5 % sur la même base. Le contraste est net, et il ne date pas d’hier.
Plus gênant encore : ce repli de 5 % est venu déjouer les pronostics, qui tablaient sur une contraction de seulement 1,8 %. L’écart compte. Une contre-performance anticipée peut être digérée par le marché ; une contre-performance pire que prévu ébranle la crédibilité des scénarios de redressement. C’est exactement ce qui s’est produit.
Les analystes n’ont pas tardé à réagir. Selon Reuters, cinq d’entre eux ont abaissé leurs objectifs de cours dans les jours qui ont suivi la publication des comptes trimestriels, avec une moyenne de 7 % de réduction. Un mouvement collectif, pas l’humeur isolée d’un bureau d’études.
Zenith : un chantier lancé, pas un résultat acquis
En parallèle, la maison horlogère Zenith a entamé une consultation du personnel portant sur une réorientation stratégique. L’objectif affiché : recentrer l’offre sur des montres de luxe plus rentables. Le périmètre potentiel est conséquent — jusqu’à 100 postes au site de Le Locle et environ 100 autres au sein des activités internationales, toujours d’après Reuters.
Un point de méthode s’impose ici : la consultation est ouverte, rien n’est décidé. Aucune réduction d’effectifs n’est actée à ce stade, et il serait hasardeux de parler d’un plan social abouti. De même, il ne s’agit en aucun cas d’une coupe clairsemée à l’échelle du groupe : le sujet concerne Zenith, et uniquement Zenith.
Le dirigeant de la marque, Benoît de Clerck, a par ailleurs indiqué, selon des médias, que la majeure partie des collections actuelles serait probablement retirée très rapidement. La refonte ne touche donc pas seulement les effectifs, elle embrasse aussi le catalogue. Reste à voir si cette orientation débouchera sur une amélioration tangible des marges — pour l’heure, c’est une intention, pas un résultat comptable.
Ce qui ferait vraiment basculer le dossier
Le scénario favorable n’exige pas un retour immédiat à une croissance vigoureuse. Il suffirait que la baisse des ventes en mode et maroquinerie s’atténue, pour peu que le reste des activités tienne bon. Le groupe dépendrait alors moins des mouvements contraires entre ses pôles.
La nature de l’amélioration compterait tout autant que son ampleur. Un recul moins prononcé constituerait un signal de stabilisation, pas la preuve d’une reprise pleinement engagée. Pour les investisseurs, le débat se déplacerait : de la profondeur de la chute, on passerait à la solidité de la reprise. Encore faudrait-il que les prochains comptes confirment cette trajectoire.
À l’inverse, si la pression sur la mode et la maroquinerie perdure, la croissance globale continuera de brosser un tableau incomplet. Les actionnaires devront alors arbitrer entre la tenue du chiffre d’affaires total et l’absence de redressement du pôle le plus scruté. Une nouvelle déception face aux attentes ne ferait qu’accentuer ce doute.
L’avancement de la consultation chez Zenith constitue un jalon concret : son issue précisera l’ampleur des changements de personnel et rendra une partie de l’exécution plus lisible. Mais pour LVMH dans son ensemble, ce ne serait qu’une pièce supplémentaire — pas un substitut à de meilleurs chiffres d’exploitation.
La confirmation décisive viendra du prêt-à-porter et de la maroquinerie. Tant que la pression ne s’y relâche pas, la distinction entre ambition stratégique et progrès mesurable restera le fil conducteur pour les porteurs du titre.
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