Nvidia ne se contente plus de vendre des puces : le groupe californien entend désormais verrouiller chaque maillon de la chaîne, de la fonderie jusqu’au centre de données. Deux annonces récentes illustrent cette stratégie en deux temps. D’un côté, un projet d’extension des superclusters d’Oracle Cloud Infrastructure (OCI) à plusieurs gigawatts, articulé autour de la plateforme Vera Rubin NVL72. De l’autre, une série d’accords industriels et financiers destinés à sécuriser l’amont comme l’aval.
Oracle : la technique est prête, l’ampleur reste à construire
Les systèmes Vera Rubin NVL72 et les processeurs Vera sont désormais généralement disponibles sur OCI, ont indiqué Nvidia et Oracle. La question pour les investisseurs n’est donc plus de savoir si l’infrastructure existe, mais si le déploiement annoncé — plusieurs gigawatts de superclusters — se traduira en revenus réellement comptabilisés. Une disponibilité produit ne vaut pas encore montée en charge d’un supercluster achevé, et l’objectif affiché ne peut être assimilé ni à un chiffre d’affaires déjà engrangé, ni à une contribution bénéficiaire immédiate.
C’est précisément sur ce point que l’annonce du 21 octobre prend tout son sens. Nvidia a dévoilé, avec ses partenaires de production, des plans d’extension de capacités portant sur les substrats, le packaging avancé, les tests et les composants optiques. Amkor Technology et IBIDEN figurent parmi les entreprises impliquées. Les deux dossiers se répondent : un projet d’infrastructure de cette taille exige une chaîne d’approvisionnement à la hauteur. Tant que ces capacités restent à l’état de projet, elles ne prouvent pas que les goulots d’étranglement sont levés.
Meta et KYEC : sécuriser la demande et les tests
La veille, Nvidia avait annoncé un élargissement de son partenariat avec Meta, qui prévoit un recours accru à Vera Rubin et aux processeurs Vera, ainsi qu’aux technologies réseau Spectrum-X et BlueField-4. L’accord ne porte donc pas sur un seul composant, mais sur plusieurs briques de l’infrastructure d’IA. Nvidia envisage par ailleurs d’investir 3 milliards $ dans l’offre d’actions de Meta — une intention annoncée, non une opération finalisée.
En parallèle, le groupe a prévu une avance de 1,1 milliard $ à King Yuan Electronics (KYEC) pour réserver de la capacité de test, destinée à de nouvelles installations de test de semi-conducteurs aux États-Unis. La production de masse sur le nouveau site doit démarrer en avril 2027. Nvidia anticipe un doublement de sa capacité de test totale entre 2026 et 2027. D’autres segments doivent suivre : l’objectif est de porter la capacité de substrats à 2,5 fois son niveau actuel en trois ans, tandis qu’Amkor vise une croissance de plus de 300 % de sa capacité de packaging avancé d’ici fin 2028. Autant de cibles de déploiement, pas de production déjà disponible.
Des applications qui débordent du seul calcul
La disponibilité générale des systèmes sur OCI pourrait faciliter la prochaine phase d’extension : Nvidia n’aurait plus à franchir le premier obstacle de la mise à disposition de ses produits. Un élargissement des usages viendrait renforcer cette dynamique. Reuters rapportait ainsi que Cadence Design Systems a présenté ses modèles Maestro pour la conception de puces assistée par IA, qui s’appuient en partie sur le modèle Nemotron de Nvidia et sur sa technologie de sécurité OpenShell. La coopération ne concerne donc pas seulement la fourniture de puissance de calcul, mais aussi son exploitation dans le processus de développement.
Le 21 octobre, d’autres pistes ont émergé dans les télécoms : selon Nvidia, T-Mobile a réalisé le premier appel AI-RAN sur un réseau commercial, tandis que BT, Deutsche Telekom et Elisa ont annoncé des projets pilotes reposant sur des logiciels Nokia exécutés sur des plateformes de calcul Nvidia. Reste que des pilotes ne suffisent pas à établir un volume de revenus futurs.
Le module DSX POD et ses 14 jours
Côté déploiement, Nvidia a présenté le DSX POD, un design de référence modulaire fondé sur Vera Rubin, dont les systèmes partenaires sont attendus début 2027. Le groupe affirme que l’installation sur des sites déjà préparés pourrait ne prendre que 14 jours, contre six mois habituellement. La nuance est de taille : ce délai ne s’applique pas à n’importe quel nouveau projet de centre de données.
Ce qu’il faut surveiller
Le vrai point de bascule reste la concrétisation du chantier Oracle. Si le rythme de déploiement des superclusters OCI et l’extension des capacités de production avancent de concert, le scénario favorable tient : Nvidia ancrerait ses systèmes dans une infrastructure nettement plus vaste, soutenue par des usages complémentaires. Si l’exécution patine, l’ampleur annoncée devra être réévaluée à la baisse — et de nouveaux partenariats ne compenseront pas l’absence de progrès vérifiables. Intention de participation, réservation de capacité et livraison effective demeurent trois étapes distinctes.
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