Le constructeur chinois de véhicules électriques vit un paradoxe saisissant. Jamais ses livraisons à l’étranger n’ont été aussi élevées, et pourtant le titre continue de descendre. En cause : un marché domestique qui s’effondre et une expansion européenne bloquée par le refus catégorique de Renault de céder le contrôle à Pékin.
La Chine, talon d’Achille
Les dernières données du gouvernement chinois sont impitoyables. Les ventes au détail du secteur électrique ont dégringolé de 9 % en juin, à peine plus d’un million d’unités écoulées. L’ensemble du marché automobile chinois a chuté de près d’un quart sur un an. BYD, qui écoule la majeure partie de ses voitures dans le pays, subit de plein fouet ce marasme.
Sur le seul premier semestre 2026, le groupe a livré 1,81 million de véhicules dans le monde, soit un recul de 15 % par rapport à la même période de 2025. Le pire vient de l’intérieur : les ventes sur le marché chinois se sont effondrées d’environ 40 %. Un chiffre que les prouesses à l’export ne parviennent pas à masquer.
L’export explose, mais insuffit
La Chine a exporté en juin 153 % de voitures électriques de plus qu’un an plus tôt. BYD a contribué à ce bond avec environ 175 000 véhicules livrés à l’étranger, un record mensuel. Les cinq premiers mois de cette année ont déjà vu plus de 100 000 autos quitter le pays. L’Europe est la destination privilégiée : le constructeur y a écoulé près de 188 000 unités l’an passé.
Mais ces réussites extérieures ne compensent pas la chute du marché intérieur. La croissance mondiale reste négative, et les investisseurs s’inquiètent de la capacité du groupe à inverser la tendance.
L’Europe se barricade
Pour contourner les droits de douane et satisfaire aux règles locales, BYD cherche à implanter une usine en Europe de l’Ouest. La voie la plus rapide, un rachat de participations dans Renault, a été barrée à deux reprises. Le premier essai remonte à 2024, le second à l’automne 2025. À chaque fois, l’Élysée a mis son veto.
Le deal proposé prévoyait un échange de technologies : les batteries BYD contre l’accès aux usines françaises. Mais le constructeur chinois voulait le contrôle, ce que Renault a jugé inacceptable. Luca de Meo, le directeur général du Losange, a préféré renforcer l’alliance avec le concurrent Geely, déjà actionnaire de filiales en Corée et au Brésil.
Plan B : une usine en propre
La stratégie de repli est désormais claire. BYD évalue des sites existants en Espagne et en France. Alfredo Altavilla, conseiller pour l’Europe, a révélé que deux équipes étudient actuellement des options concrètes. Une décision est imminente.
Le constructeur dispose déjà d’une première implantation sur le continent, à Szeged en Hongrie. La construction avance à plein régime et la production en série doit démarrer au quatrième trimestre 2026. L’enjeu est crucial : disposer d’une capacité locale pour échapper aux nouvelles contraintes douanières de l’Union européenne.
Le titre en souffrance
L’action BYD cote actuellement 9,30 €, après avoir perdu 2,51 % jeudi dernier. Depuis le début de l’année, le repli atteint 15 %, et sur douze mois, il frôle les 29 %. Le cours reste sous sa moyenne mobile à 200 jours (10,71 €) et sous celle à 50 jours, signe d’une dynamique toujours fragile. La volatilité demeure élevée, alimentée par l’attente des prochains chiffres de livraison, attendus début août. Ce rapport sera déterminant pour juger si l’essor à l’export peut durablement éponger les pertes en Chine. Une annonce positive sur un nouveau site européen pourrait toutefois redonner un peu d’air au titre.
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