Le constructeur chinois s’apprête à franchir un cap décisif. Alors que sa berline électrique Great Han — connue sur son marché domestique sous le nom de DaHan — vient d’être aperçue lors d’essais routiers, BYD affiche des ambitions claires : conquérir le segment premium et confirmer sa montée en puissance à l’international. Une stratégie qui se double d’une reconnaissance symbolique, puisque le groupe a fait son entrée dans le top 100 du classement Fortune Global 500, à la 91e place, le 28 juillet 2026.
Un titre qui se redresse, sans effacer la prudence du marché
L’action BYD évolue actuellement autour de 10,40 euros, après avoir touché un plus bas sur 52 semaines à 8,03 euros. Le rebond est net : +27,26 % en un mois, et même +19,84 % sur les trente derniers jours selon les dernières cotations. Pour autant, le titre accuse toujours un repli de 3,05 % depuis le début de l’année et demeure environ 21 % sous son record historique d’août 2025.
Cette déconnexion entre la vigueur opérationnelle et la performance boursière traduit les interrogations persistantes des investisseurs, tiraillés entre les succès à l’export et les difficultés du marché chinois.
La Great Han, fer de lance du repositionnement
La future limousine électrique doit être officiellement dévoilée au salon de l’automobile de Chengdu, qui se tiendra du 21 au 30 août 2026. BYD confirme une autonomie de 1 008 kilomètres par charge pour ce modèle, premier du segment D au sein de la famille Dynasty. Le véhicule avait déjà fait l’objet d’une homologation par le ministère chinois de l’Industrie, qui l’avait inclus dans une liste de véhicules électriques récemment approuvés.
Lu Tian, le patron de la gamme Dynasty, promet d’ailleurs « d’autres surprises » pour l’occasion. La Great Han succède au Da Tang, premier SUV du segment D de la série, commercialisé depuis la mi-juin. Avec cette berline haut de gamme, BYD entend bousculer la hiérarchie établie dans le premium, un terrain jusqu’ici dominé par les constructeurs occidentaux et japonais.
L’export, moteur de la croissance
La pression sur le marché intérieur explique en grande partie cette offensive. En juin, les ventes mondiales de BYD ont progressé de 5,5 % à 403 472 véhicules, portées par un bond spectaculaire des ventes à l’étranger : +94,7 %, à 175 349 unités. Dans le même temps, les livraisons en Chine se sont effondrées de 22 %.
Sur le premier semestre 2026, le déséquilibre est encore plus marqué. Les ventes domestiques ont chuté d’environ 39,6 %, tandis que les exportations atteignaient 792 256 véhicules, en hausse de 70,6 % sur un an. Les ventes hors de Chine représentent désormais 43,8 % du total — une proportion impensable il y a seulement quelques années. Le groupe a d’ailleurs relevé son objectif d’exportation pour 2026, de 1,3 million à 1,5 million de véhicules.
Cette dynamique a permis à BYD de livrer 557 090 véhicules 100 % électriques au deuxième trimestre, un volume en retrait sur un an mais probablement suffisant pour reprendre à Tesla le titre de premier vendeur mondial de voitures électriques pures.
Des fondamentaux solides, un marché chinois sous tension
Le classement Fortune repose sur des résultats 2025 solides : un chiffre d’affaires de 804 milliards de renminbi (environ 101 milliards d’euros) et un bénéfice net de 32,6 milliards de renminbi. Les dépenses de recherche ont progressé de 17 % à 63,4 milliards de renminbi, signe d’une stratégie technologique offensive. Sur les six premiers mois de 2026, le groupe a écoulé plus de 1,8 million de véhicules dans le monde.
La contrepartie tient à la faiblesse persistante du marché chinois. La fin des subventions, la crise immobilière et des stocks élevés chez les concessionnaires pèsent sur la demande. La China Passenger Car Association table désormais sur un recul de 11 % des ventes automobiles cette année, contre une prévision initiale de 1 %. Leapmotor, Li Auto et Xiaomi subissent les mêmes pressions, dans un contexte de guerre des prix généralisée.
L’Asie du Sud-Est comme terrain de reconquête
C’est dans cette région que BYD concentre ses efforts. Le constructeur vient de présenter en Malaisie le Sealion 7 Dynamic, un SUV électrique proposé à partir de 163 800 ringgits. Les versions premium et performance du Sealion 7 bénéficient par ailleurs d’une mise à niveau technique : architecture 800 volts, batterie de 91,39 kWh et puissance de charge rapide pouvant atteindre 230 kW. Un positionnement qui confirme la volonté de BYD de rivaliser sur la technologie, et non plus seulement sur les prix.
Le salon de Chengdu servira de test grandeur nature. Entre la montée en gamme incarnée par la Great Han et la nécessité de stabiliser un marché intérieur fragilisé, le groupe joue une partie décisive. Les prochains chiffres de ventes diront si l’équilibre est tenable.
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