La stratégie de BYD prend une ampleur inédite. Entre le lancement commercial du Racco au Japon, une offensive électrique en Australie, des records techniques spectaculaires et une percée dans les classements européens des hybrides rechargeables, le constructeur chinois multiplie les fronts. L’action, qui s’échangeait autour de 9,95 euros lundi, a grappillé 1,92 % dans la journée, mais reste distante de 30 % par rapport à son sommet annuel de 14,25 euros atteint en juillet 2025. La reprise est réelle — elle a gagné 20,55 % en trente jours —, mais elle part de bas.
Le Racco entre dans l’arène japonaise
C’est une attaque directe dans le cœur du marché nippon. BYD a lancé ce lundi au Japon la commercialisation du « Racco », un véhicule électrique de catégorie Kei, reconnaissable à ses portes coulissantes. Le segment est l’un des plus disputés de l’archipel, traditionnellement dominé par les constructeurs locaux. Le prix officiel du modèle n’a pas encore été dévoilé, mais l’enjeu est clair : s’imposer dans un univers où les normes de gabarit et de motorisation sont strictement réglementées.
La Da Han promet l’autonomie record
Sur le plan technologique, BYD ne ménage pas ses efforts. La limousine haut de gamme Da Han, qui doit faire ses débuts publics en août au salon de Chengdu, affiche une batterie de 102 kWh et une autonomie annoncée de 1 008 kilomètres selon le cycle CLTC. Un chiffre qui place le modèle en concurrence directe avec les ténors du segment D électrique. Le précédent du SUV Da Tang, qui avait engrangé plus de 30 000 précommandes en 24 heures en juin, donne une idée de l’appétit du marché pour ces modèles.
Parallèlement, BYD a dévoilé les premières images officielles du Seal 06 EV millésime 2027. La berline gagne 150 millimètres pour atteindre 4 870 millimètres de long, et ses motorisations passent de 110/160 kW à 120/240 kW. L’ajout d’un capteur LiDAR sur le toit doit améliorer le système d’aide à la conduite « God’s Eye ». Le modèle actuel s’est déjà écoulé à 10 080 unités en juin.
Un record de vitesse qui fait le tour du monde
La démonstration de force ne s’arrête pas là. La version Track du super-sportif Yangwang U9 a atteint 472,41 km/h sur le circuit ATP Papenburg en Allemagne, établissant un nouveau record de vitesse pour un véhicule électrique de série. Propulsé par quatre moteurs développant 2 220 kW, l’engin revendique une autonomie de 450 kilomètres. Un chiffre qui renforce le discours technologique du groupe.
L’Australie, relais de croissance majeur
En Australie, BYD a conclu un partenariat stratégique avec Smart, un prestataire de services de paie. L’accord ouvre l’accès au Novated Leasing — un mécanisme de location avec option d’achat via salaire — à 2,5 millions d’employés du secteur public, de la santé, de l’éducation et des entreprises. La filiale australienne vise une place dans le top trois des marques automobiles du pays d’ici 2026. Les chiffres plaident en sa faveur : 52 335 véhicules vendus depuis le début de l’année, soit plus du double de la même période en 2024, et une progression de 120,1 % sur le seul exercice en cours. En juin, les véhicules électriques représentaient 23 % des immatriculations neuves en Australie.
L’Europe entre adoption et résistance
En Europe, BYD confirme son emprise sur le segment des hybrides rechargeables. Au premier semestre 2026, les Seal U et Atto 2 ont trusté les premières places des ventes de PHEV, reléguant le Volkswagen Tiguan à la quatrième position, selon InsideEVs. Les marques chinoises détiennent désormais 28,3 % du marché européen des hybrides rechargeables, et 9,5 % du marché automobile total, avec environ 686 000 véhicules écoulés. Cette progression n’est pas passée inaperçue : le patron de Volkswagen, Oliver Blume, a réclamé des droits de douane plus élevés sur les PHEV chinois, et la Commission européenne examine l’opportunité de taxes additionnelles.
Les zones d’ombre : subventions hongroises et tensions politiques
L’expansion de BYD suscite aussi des controverses. En Hongrie, le chantier de l’usine de Szeged fait l’objet de critiques. Selon Velkey György László, secrétaire d’État du gouvernement Tisza, l’administration précédente aurait accordé au site plus de 70 milliards de forints d’aides aux infrastructures et près de 10 000 permis pour travailleurs détachés. Le montant des subventions directes, tenu secret, serait comparable à celui accordé à l’usine CATL de Debrecen. Deux accidents mortels ont eu lieu sur le chantier cette année, et l’ancien ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó travaillerait désormais pour BYD. Une affaire qui alimente le débat sur les conditions de l’implantation chinoise en Europe.
Les prochains rendez-vous
Les investisseurs ont désormais deux échéances en ligne de mire : le salon de Chengdu en août, où la Da Han sera dévoilée au public, et la fixation du prix du Racco au Japon. Deux événements qui diront si l’offensive produits se traduit en volumes concrets, dans un contexte où les risques géopolitiques — droits de douane européens, controverses hongroises — pèsent sur la valorisation.
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