Le constructeur chinois BYD traverse une phase singulière : ses ventes à l’étranger atteignent des sommets historiques, l’Europe s’arrache ses véhicules, et pourtant l’objectif annuel paraît de plus en plus hors de portée. Les chiffres de juillet illustrent parfaitement ce paradoxe.
Avec 419.211 véhicules écoulés le mois dernier, le groupe affiche une progression de 21,8 % sur un an — un troisième mois consécutif de croissance, confirmé par Reuters. Mais ce dynamisme repose presque entièrement sur les exportations : 179.841 unités ont quitté la Chine, soit un bond de 124,3 % et près de 43 % des ventes totales. Sur le marché intérieur, la réalité est moins flatteuse : les livraisons ont reculé d’environ 9 %, à 239.370 véhicules.
Un objectif annuel qui s’éloigne à grands pas
Le calcul est implacable pour les investisseurs. BYD vise entre 5 et 5,5 millions de New Energy Vehicles pour 2026. Or, après sept mois, le cumul s’établit à 2.227.722 unités, en repli de 10,54 % par rapport à la même période de l’an dernier. Pour atteindre la borne inférieure, il faudrait écouler en moyenne 554.456 véhicules par mois d’ici décembre — soit 32 % de plus que le résultat de juillet. Même avec l’élan actuel des exportations, plusieurs observateurs du secteur jugent cet objectif quasi inatteignable.
Le volet exportation, lui, reste dans les clous : avec 972.097 véhicules expédiés depuis janvier, BYD se rapproche de sa cible annuelle de 1,5 million d’unités. La rentabilité, en revanche, inquiète. Le bénéfice net du premier trimestre s’est effondré de 55 %, à 4,08 milliards de yuans, preuve que les volumes ne suffisent plus à garantir les marges.
L’Europe, moteur inattendu de la reprise
La percée européenne constitue sans doute la meilleure nouvelle du semestre. Les immatriculations de BYD dans l’Union européenne ont bondi de 168 % au premier semestre, à 130.743 véhicules. Le contraste avec Tesla est saisissant : tandis que le constructeur américain a perdu environ 23 % en Bourse le mois dernier, le titre BYD a gagné près de 22 % sur la même période. Une divergence rare entre les deux géants de l’électrique.
Le contexte joue en faveur du chinois. Les ventes de véhicules électriques ont chuté de 20 % aux États-Unis au premier semestre, et de 13 % en Chine, à 4,73 millions d’unités. Seule l’Europe résiste. BYD en profite, avec des modèles adaptés comme le petit Racco, lancé au Japon à 2,145 millions de yens, fort d’une batterie de 22,4 kWh et d’une autonomie de 210 kilomètres. Aux Pays-Bas, les ventes ont plus que doublé sur un an, à 4.379 unités.
Tout n’est pas rose pour autant. Le chantier de l’usine hongroise, pièce maîtresse de la stratégie européenne pour contourner les droits de douane, est retardé au quatrième trimestre 2026 après une enquête du gouvernement local. Un coup de frein dans une expansion par ailleurs méthodique.
Le titre respire, les analystes restent confiants
Côté Bourse, la tendance s’est nettement améliorée. L’action a gagné 18,73 % sur les trente derniers jours de séance, pour clôturer vendredi à 10,30 euros. Elle s’éloigne de son point bas annuel de 8,03 euros touché le 30 juin et évolue désormais 8 % au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours (9,53 euros). Il manque encore 2,4 % pour retrouver la moyenne à 200 jours (10,55 euros), et 22,18 % pour revenir au sommet des 52 semaines atteint le 26 août 2025. L’indicateur RSI, à 61,7, suggère une proximité avec la zone de surachat sans y être encore.
Les analystes, eux, ne bronchent pas. La recommandation consensuelle sur l’action cotée à Hong Kong reste « Strong Buy » : 24 des 27 analystes couvrant le titre recommandent l’achat, trois le maintien et un seul la vente. L’objectif de cours moyen à douze mois s’établit à 124,91 dollars hongkongais, soit un potentiel de hausse de près de 32 %.
La distribution du dividende final pour l’exercice 2025, versée le 31 juillet, n’a guère changé la donne pour les investisseurs en quête de revenus. Le rendement atteint à peine 0,4 %, contre 2,6 % pour la moyenne du secteur. BYD demeure une valeur de croissance, pas une action de rendement.
Le prochain rendez-vous est fixé à fin août 2026, avec la publication des résultats semestriels pour la cotation hongkongaise. D’ici là, la question reste entière : les exportations suffiront-elles à combler le vide laissé par un marché chinois atone, ou le poids du marché domestique finira-t-il par peser plus lourd que les succès européens ?
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