L’action BYD évolue dans un climat de tensions croissantes, tiraillée entre une expansion internationale ambitieuse et des vents contraires politiques et réglementaires. Ce mercredi, le titre a cédé 1,38 % pour clôturer à 9,83 euros, tandis que jeudi, il reculait de 2,10 % à 9,77 euros, plombé par les révélations d’une enquête surprise en Hongrie. Le titre reste ainsi environ 8 % sous sa moyenne mobile à 200 jours de 10,61 euros, même s’il s’est nettement éloigné de son plus bas sur 52 semaines de 8,03 euros. Sur un an, la dégringolade atteint 31,75 %, loin du sommet de 14,61 euros touché en juillet 2025. Sur les trente derniers jours, le rebond de 15,80 % témoigne toutefois d’une certaine résilience.
Perquisition inopinée à Szeged
Le 21 juillet 2026, les autorités hongroises ont débarqué sans préavis dans l’usine BYD de Szeged, première unité de production européenne du groupe. Selon le South China Morning Post, les inspecteurs ont passé au crible les permis de séjour, les justificatifs de sécurité sociale et les contrats de travail des employés. L’affaire prend une tournure politique délicate : l’ancien ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó, qui avait lui-même signé l’accord d’implantation de BYD en Hongrie, occupe désormais un poste de directeur des relations extérieures chez le constructeur chinois. Le Premier ministre Péter Magyar a annoncé un réexamen complet de toutes les subventions, exonérations fiscales et autorisations liées à cet investissement. Transparency International a dénoncé un effet de « porte tournante » classique entre politique et affaires, d’autant que la Hongrie n’impose aucun délai de carence aux ministres quittant leurs fonctions.
Secret jusqu’en 2051
La controverse s’est encore alourdie lorsque le Comité de sécurité nationale hongrois a classé secret jusqu’au 31 décembre 2051 les détails du dossier Szijjártó–BYD, rapportent Rúzs online et Startlap. Le comité envisage de convoquer l’ex-ministre. Le parti Tisza a précisé que ce n’est pas BYD en soi qui constitue un risque pour la sécurité, mais le fait qu’un ancien ministre ayant eu accès à des informations classifiées travaille désormais pour le groupe. Des responsables chinois en Hongrie redoutent, selon Portfolio.hu, que cette affaire ne nuise à l’ensemble des entreprises chinoises présentes dans le pays. Outre l’usine BYD, un fournisseur chinois de batteries a également été contrôlé.
Le site de Szeged revêt une importance stratégique majeure : en produisant localement, BYD contourne le droit compensateur de 17 % imposé par Bruxelles sur les véhicules électriques importés de Chine. Le constructeur s’était engagé à financer des projets de recherche à hauteur d’environ 246 millions d’euros sur place, notamment dans la conduite autonome et les technologies de motorisation. Des sources industrielles n’excluent pas un retard de production dû à cet audit en cours.
Pékin resserre la vis sur la guerre des prix
Parallèlement, en Chine, les autorités intensifient leur pression sur le secteur automobile. Mardi, Shanghai a convoqué 15 grands constructeurs – dont BYD, SAIC Motor, Tesla, Xiaomi, Xpeng, Nio et Li Auto – à une réunion de crise. Plus de 80 groupes de concessionnaires ainsi que les plateformes Bilibili et Xiaohongshu étaient également invités. Organisée par plusieurs administrations municipales (cyberespace, commerce, surveillance du marché), cette réunion visait à imposer des règles de transparence sur les prix de production, les stratégies tarifaires et la vente. Les autorités ont exigé des autocontrôles et enjoint les entreprises à cesser les pratiques de marketing en ligne douteuses. Pékin et les autorités locales tentent depuis des mois d’enrayer la guerre des prix ruineuse qui sévit sur le marché chinois de l’électrique, jusqu’ici avec un succès limité : les constructeurs adaptent leurs tactiques sans renoncer aux rabais agressifs.
Xperi et DTS AutoStage : le pari du radio
Au milieu de ces turbulences, BYD avance ses pions technologiques. Le groupe a conclu un partenariat exclusif avec Xperi pour intégrer DTS AutoStage comme plateforme multimédia embarquée dans ses véhicules. Destinée aux marchés d’Europe, d’Asie-Pacifique, d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Afrique, cette solution audio et vidéo sera déployée à partir du quatrième trimestre 2026. BYD devient ainsi le 14e constructeur automobile à adopter cette plateforme, déjà présente dans plus de 16 millions de véhicules dans plus de 150 pays – contre environ 8 millions en 2024. Chris Lang, directeur Chine de Xperi, voit dans cet accord un signe des temps : l’industrie automobile chinoise passe, selon lui, du simple volume d’exportation à une quête de leadership mondial en matière d’expérience utilisateur.
Fait notable, BYD fait le choix explicite d’inclure la radio traditionnelle dans son offre, via le système Xperi, alors que Tesla et Rivian l’ont purement et simplement bannie, et que BMW, Mazda, Polestar, Volkswagen et Volvo ont au moins supprimé la bande AM.
Expansion tous azimuts
Sur le plan opérationnel, BYD continue de grandir. À Shenshan, le groupe a lancé une campagne de recrutement de plus de 9 000 postes, avec des salaires mensuels compris entre 5 000 et 20 000 yuans. Au Kazakhstan, le groupe Astana prévoit d’installer une chaîne de montage BYD pour véhicules particuliers à partir de 2027, en parallèle du lancement d’une nouvelle marque locale de bus et du déploiement d’un réseau de recharge rapide. En Afrique du Sud, le financier Absa a élargi son offre de financement BYD avec un taux d’intérêt de prime moins un pour cent et une garantie de valeur résiduelle, s’appuyant sur un partenariat existant depuis 2025.
L’action BYD reste suspendue à l’évolution de l’enquête hongroise et à son impact potentiel sur la montée en cadence de Szeged. La croissance opérationnelle du groupe – embauches, innovations technologiques, conquête de nouveaux marchés – n’est pas remise en cause, mais le volet politique européen est devenu un facteur de risque supplémentaire que les investisseurs surveilleront de près dans les semaines à venir.
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