Le titre Carbios poursuit sa glissade. À 5,97 euros vendredi, l’action du spécialiste du recyclage enzymatique du PET perd 7,87 % sur la séance et s’enfonce de 48,58 % depuis le début de l’année. Sur les sept derniers jours, la chute atteint même 27 %. Le cours frôle désormais son plus bas depuis un an (5,75 euros). En cause : une conjonction de retards qui ébranle la confiance des investisseurs.
Benoît Grenot, qui a pris la direction générale le 1er juin 2026, hérite d’un agenda chargé. L’ex-numéro deux, fort d’une expérience en Chine, doit à la fois boucler le financement de l’usine française de Longlaville et gérer le report du projet commun avec le chinois Wankai. Deux dossiers où les délais se resserrent.
Le projet chinois à Haining (province du Zhejiang) accuse le coup le plus visible. La mise en service de l’installation est repoussée au premier semestre 2028, soit environ un an de retard. Carbios évoque des adaptations techniques supplémentaires pour aligner son procédé sur les spécificités du site. Dans la foulée, l’augmentation de capital de 5 millions d’euros prévue avec Wankai est reportée : sa clôture, initialement fixée au 2 juin 2026 à un prix d’émission de 8,09 euros par action, interviendra désormais au plus tard le 31 décembre 2026. Les autorisations administratives chinoises se font toujours attendre.
De l’autre côté, le chantier français de Longlaville concentre toutes les attentes. Carbios vise un bouclage financier complet d’ici le troisième trimestre 2026. Le coût total du site est estimé à 230 millions d’euros, dont 42,5 millions déjà acquis sous forme de subventions publiques. Le reste doit être assemblé via des prêts bancaires garantis, des apports de partenaires hexagonaux et les propres apports de Carbios (capital et propriété intellectuelle). Les discussions sont qualifiées de « constructives » par la direction, mais aucun accord n’est encore signé. L’horizon de production, lui, reste fixé au premier semestre 2028.
Sur le plan commercial, la demande suit pourtant. Carbios a déjà signé des contrats de précommercialisation pour près de 50 % de la capacité future de Longlaville – avec des clients issus des cosmétiques, des boissons et des textiles pour pneus. L’ambition affichée est d’atteindre 70 % à court terme. Mais sans financement verrouillé, ces engagements peinent à rassurer le marché.
La trésorerie offre une marge de manœuvre limitée mais réelle. À fin 2025, Carbios disposait de 59 millions d’euros de liquidités. La dérive de trésorerie prévue pour 2026 est d’environ 20 millions d’euros, hors Longlaville. De quoi tenir au-delà de douze mois, selon les calculs du groupe. Le financement de l’usine française reste donc le levier crucial pour éviter un trou d’air.
Sur le plan technique, le signal est également négatif. Depuis le plus haut annuel de 15,79 euros atteint en décembre 2025, la valeur a perdu 62,19 %. Le RSI évolue à 29, en zone de survente, et le cours évolue nettement sous sa moyenne mobile à 200 jours. La pression vendeuse ne faiblit pas.
Les prochaines échéances s’imposent comme autant de tests. L’assemblée générale du 18 juin 2026 à Paris sera la première de Benoît Grenot. Il devra y convaincre les actionnaires que les jalons – autorisations chinoises, financement de Longlaville, démarrage des travaux – sont tenables. Le rendez-vous suivant est fixé au 24 septembre, avec la publication des résultats semestriels. D’ici là, le nouveau patron n’a guère de répit pour inverser la dynamique.
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